Épisode2

1240 Mots
La voiture filait dans la nuit, avalant les rues de Manhattan sous une pluie qui ne cessait de tomber. À l’intérieur, l’atmosphère était tendue. Isabella gardait les mains crispées sur son sac, comme si elle pouvait encore protéger le secret qu’il contenait. À ses côtés, Dante Valerio était assis, parfaitement immobile, le regard fixé sur l’obscurité qui défilait derrière la vitre teintée. Isabella avait l’impression que le temps s’était arrêté. Chaque battement de son cœur résonnait trop fort dans sa poitrine, et pourtant, aucun mot ne franchissait ses lèvres. L’homme qui se trouvait à côté d’elle n’était pas un simple inconnu. Elle l’avait reconnu au moment même où il était sorti de la voiture : Dante Valerio. Ce nom, elle l’avait déjà entendu dans des murmures, des conversations à voix basse, comme une légende urbaine dont il ne fallait pas trop parler. « Où m’emmenez-vous ? » finit-elle par demander d’une voix tremblante, incapable de supporter plus longtemps le silence. Il tourna la tête vers elle, ses yeux gris acier l’observant avec une intensité troublante. « Dans un endroit sûr, » répondit-il simplement. — Sûr ? répéta-t-elle en fronçant les sourcils. Vous m’avez enlevée sous la pluie, après avoir tiré sur un homme, et vous osez parler d’un endroit sûr ? Un léger sourire apparut au coin de ses lèvres. Pas un sourire aimable. Plutôt celui d’un prédateur amusé par la résistance de sa proie. « Tu es encore en vie grâce à moi, Isabella. Je pense que tu devrais me remercier, plutôt que de douter. » Elle baissa les yeux, mordant nerveusement sa lèvre. Il avait raison. Sans lui, elle serait peut-être déjà morte dans cette ruelle. Mais elle n’arrivait pas à accepter cette vérité aussi facilement. La voiture ralentit enfin et franchit un immense portail en fer forgé. Isabella releva les yeux, stupéfaite. Devant elle s’élevait une vaste demeure, un manoir moderne fait de verre et de pierre sombre, illuminé par des projecteurs qui mettaient en valeur ses lignes imposantes. Tout respirait la puissance et la richesse. La voiture s’arrêta sous le porche. Un majordome vêtu de noir ouvrit immédiatement la portière. Dante descendit en premier, puis tendit la main vers Isabella. Elle hésita. Ses instincts lui criaient de fuir, mais quelque chose dans son regard l’empêcha de refuser. Elle posa timidement sa main dans la sienne et se laissa guider à l’intérieur. Dès qu’elle franchit le seuil, elle fut frappée par la beauté du lieu. Le hall était immense, avec un sol de marbre noir brillant et des lustres en cristal qui diffusaient une lumière dorée. Des œuvres d’art modernes ornaient les murs, et tout respirait un luxe discret mais écrasant. « Vous vivez ici ? » demanda-t-elle, la voix encore teintée de stupeur. « Ici, et partout, » répondit-il en avançant sans ralentir. Il l’entraîna jusqu’à un salon spacieux aux fauteuils de cuir sombre. Il fit un signe de la main, et deux hommes en costume apparurent presque aussitôt. « Sécurisez les alentours, » ordonna-t-il d’une voix ferme. « Personne ne doit approcher ce soir. » Les hommes s’inclinèrent et disparurent aussitôt. Isabella les suivit du regard, impressionnée par la discipline qui régnait ici. Dante s’installa dans un fauteuil et croisa les jambes. Son regard se posa sur elle, comme une lame qui tranche dans le silence. « Assieds-toi. » Elle hésita, mais finit par s’installer en face de lui. Son sac toujours serré contre elle, comme une barrière fragile. « Tu sais qui je suis, Isabella ? » demanda-t-il soudain. Elle déglutit. Bien sûr qu’elle savait. Mais dire son nom à voix haute lui donnait l’impression de signer un pacte. « Vous êtes… Dante Valerio, » murmura-t-elle. Un léger sourire étira ses lèvres. « Exact. Et toi, Isabella Cruz… qu’est-ce qu’une employée de bureau fait avec une clé USB que même mes ennemis n’arrivent pas à obtenir ? » Elle tressaillit. Comment pouvait-il savoir ? « Je… je ne savais pas ce que c’était, » balbutia-t-elle. « Je ne voulais pas… » « Ne mens pas. » Sa voix claqua, sèche, impitoyable. Elle se recroquevilla légèrement, mais ne détourna pas les yeux. « Je ne mens pas ! » dit-elle avec une force qu’elle ne se connaissait pas. « J’ai trouvé ça par hasard, dans un dossier. Quand j’ai compris que c’était dangereux, j’ai voulu m’en débarrasser, mais… ils m’ont suivie. » Un silence tomba. Dante la fixait, ses yeux d’acier sondant chaque recoin de son âme. Puis, contre toute attente, il se pencha légèrement en avant. « Tu aurais pu mourir ce soir, Isabella. Et tu aurais disparu sans laisser de trace. » Elle frissonna. « Pourquoi m’avoir sauvée alors ? » Un éclat étrange traversa son regard. « Parce que tu m’intrigues. » Le cœur d’Isabella fit un bond. Elle détourna aussitôt le regard, troublée. Ce n’était pas seulement ses mots, mais la manière dont il les avait prononcés. Comme s’il venait de décider quelque chose qu’elle ne pouvait pas encore comprendre. Un majordome entra discrètement, posant un plateau avec deux verres de cristal et une bouteille de whisky ambré. Dante servit deux verres, en tendit un à Isabella. Elle hésita. Boire avec un homme pareil, dans un endroit pareil… chaque fibre de son corps lui disait de refuser. Mais une autre voix, plus profonde, murmurait que c’était trop tard pour fuir. Alors, elle prit le verre. « Tu es courageuse, » dit-il en l’observant. « Beaucoup de gens n’osent même pas me regarder dans les yeux. Toi, tu me parles, tu me tiens tête. » « Peut-être parce que je n’ai rien à perdre, » répliqua-t-elle d’une voix basse. Ses lèvres s’étirèrent à nouveau en un sourire énigmatique. Ils burent en silence, et Isabella sentit l’alcool lui réchauffer la gorge. Elle posa le verre, mais ses mains tremblaient légèrement. Dante ne manqua pas de le remarquer. « Tu peux dormir ici cette nuit, » dit-il soudain. « Demain, nous parlerons de ce que tu as trouvé. » Elle écarquilla les yeux. « Vous voulez que je reste ? » « Je ne veux rien. Je décide. Et ce soir, je décide que tu restes. » Elle voulut protester, mais les mots restèrent coincés dans sa gorge. Il n’avait pas crié, pas menacé. Pourtant, sa voix ne laissait aucune place à la discussion. Un domestique l’accompagna jusqu’à une chambre d’amis. Isabella resta seule un instant, regardant autour d’elle. La pièce était magnifique, avec un lit immense aux draps soyeux, des rideaux lourds et des lampes diffusant une lumière douce. Rien ne manquait. Tout respirait le confort, mais elle n’arrivait pas à se sentir à l’aise. Elle s’approcha de la fenêtre. La pluie tombait encore, martelant les vitres. Au loin, elle distinguait les projecteurs éclairant le jardin et les silhouettes d’hommes armés patrouillant discrètement. Un frisson la traversa. Elle n’était plus dans son monde. Elle était entrée dans celui de Dante Valerio. De son côté, Dante se tenait toujours dans le salon, son verre de whisky à la main. Il fixait les flammes dans la cheminée, pensif. Cette femme… Isabella Cruz. Elle n’était pas comme les autres. Elle avait eu peur, oui, mais elle n’avait pas cédé. Elle avait osé lui répondre, le regarder droit dans les yeux. Peu de personnes osaient le faire. Un sourire presque imperceptible passa sur son visage. « Intéressant… » murmura-t-il. Pour la première fois depuis longtemps, Dante Valerio se surprenait à attendre le lendemain avec une certaine impatience.
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