CHAPITRE 2 Une rencontre stratégique

1060 Mots
La lumière du matin baignait la Médina, mais pour Nafi, la journée commençait sous un autre éclairage : celui des néons froids d’un petit salon de beauté. Modou avait insisté pour qu’elle commence par soigner son apparence. — Pour entrer dans le monde d’Amadou, il faut être irréprochable. Pas seulement belle, mais élégante. Nafi soupira en observant son reflet dans le miroir craquelé. Sa peau ébène, lisse et naturellement éclatante, était déjà une arme, mais Modou était convaincu qu’elle devait aller plus loin. La coiffeuse s’approcha avec un sourire rassurant. — Tu es déjà magnifique, ma sœur. Quelques touches ici et là, et tu seras prête à conquérir le monde. Nafi laissa les femmes du salon s’occuper d’elle, transformant ses cheveux en une coiffure sophistiquée et appliquant un maquillage subtil qui rehaussait ses traits. Lorsque tout fut terminé, elle se redécouvrit. Modou, qui l’attendait à l’entrée, écarquilla les yeux. — Incroyable, Nafi. Même Amadou aura du mal à détourner le regard. Mais il ne s’agissait pas seulement d’apparence. Modou avait aussi prévu de l’entraîner à se comporter comme une femme de la haute société. — Tu dois marcher avec assurance, parler avec élégance et maîtriser des sujets de conversation variés. Les jours suivants furent un véritable marathon. Modou l’emmenait dans des lieux qu’elle n’aurait jamais osé fréquenter seule : des boutiques luxueuses pour choisir des vêtements, des restaurants huppés pour observer les riches et leurs manières, et même des cours particuliers avec une professeure de diction qui lui apprit à moduler sa voix. Nafi se sentit souvent ridicule, mais elle comprit vite que ce n’était pas un simple jeu. Pour réussir, elle devait devenir une autre version d’elle-même, une version capable de rivaliser avec les femmes qui gravitaient déjà autour d’Amadou. Une semaine plus tard, vêtue d’une robe longue rouge qui épousait parfaitement ses formes, Nafi se tenait devant la grande porte d’un club privé à Mermoz. Modou lui avait donné un nom d’emprunt : Madame Diagne, consultante en affaires internationales. — Tu es prête ? murmura Modou à ses côtés. Elle inspira profondément et hocha la tête. — Prête. En entrant, elle sentit tous les regards se poser sur elle. L’ambiance tamisée, le son d’un saxophone en arrière-plan, et les murmures admiratifs lui donnèrent une poussée d’assurance. Elle balaya la salle du regard, et son cœur rata un battement lorsqu’elle aperçut Amadou Diouf. Assis près de la scène, un verre de jus à la main, il écoutait la musique, l’air absorbé. Il était encore plus impressionnant en personne : grand, bien bâti, et doté d’un charisme qui semblait commander l’attention de tous. Nafi savait que c’était le moment. Elle ajusta son sourire et s’avança vers lui, chaque pas calculé, chaque mouvement empreint de grâce. Elle arriva à sa table, feignant une hésitation. — Excusez-moi, cette place est-elle libre ? demanda-t-elle doucement. Amadou releva les yeux, un léger sourire sur les lèvres. — Pour une femme aussi élégante ? Absolument. Nafi prit place en face d'Amadou, sa respiration contrôlée, mais son cœur battant la chamade. Elle s’efforça de rester calme, consciente que tout se jouait dans les premières minutes. La table, un petit îlot de bois verni, semblait contenir un monde de possibilités – ou de pièges. Amadou l'observait attentivement, ses yeux sombres reflétant une curiosité qu'il n’essayait pas de cacher. Il prit une gorgée de son verre avant de poser une question simple, mais calculée : — Vous venez souvent ici ? Un sourire doux illumina le visage de Nafi, un sourire qu’elle avait longuement pratiqué devant le miroir. — C’est la première fois. Je cherchais un endroit où je pourrais me perdre dans la musique… et je crois que j’ai trouvé. Amadou inclina légèrement la tête, appréciant la réponse. — Vous aimez le jazz, alors ? — Absolument. Il y a une certaine magie dans cette musique, comme une conversation entre des âmes. Amadou esquissa un sourire. — Poétique. C’est rare de trouver des gens qui comprennent le jazz ainsi. Je suis Amadou Diouf. — Madame Diagne, répondit-elle, tendant sa main avec élégance. Il serra doucement sa main, son regard ne quittant pas le sien. — Vous êtes en affaires, n’est-ce pas ? demanda-t-il, son sourire s’élargissant. Nafi cacha sa surprise derrière une façade sereine. — Vous êtes bien perspicaces, monsieur Diouf. Je suis Consultante en Affaires Internationales répondit-elle avec un petit rire. —Vous savez, dans notre monde, on se reconnait assez vites. Nafi sentit une tension monter dans l’air, mais elle ne montra rien. — C’est vrai. Mais cela ne fait-il pas partie du charme de notre époque ? Deviner, interpréter, découvrir ? Amadou la regarda longuement avant de hocher la tête. — Une perspective intéressante. Alors dites-moi, Madame Diagne, qu’est-ce qui vous amène à Dakar ? Travail ou plaisir ? — Un peu des deux. Parfois, il faut savoir allier les deux pour ne pas perdre son équilibre, répondit-elle. Elle dirigea habilement la conversation vers des sujets plus légers, évitant les détails personnels. Ils discutèrent de musique, de voyages, et même des meilleurs endroits pour déguster un bon thieboudienne à Dakar. Mais au fond d’elle, Nafi savait qu’Amadou la jaugeait, pesant chacune de ses réponses. Il était attentif, peut-être trop attentif. Après un moment, Amadou posa son verre et la regarda avec une intensité troublante. — Vous êtes intéressante, Madame Diagne. Différente. J’espère que ce ne sera pas la dernière fois que nous aurons l’occasion de parler. Nafi sentit une chaleur monter dans ses joues, mais elle conserva son calme. — Moi aussi, monsieur Diouf. Qui sait ce que l’avenir nous réserve ? Amadou lui tendit une carte de visite. — Appelez-moi si vous avez envie de poursuivre cette conversation. Elle prit la carte, effleurant ses doigts au passage, et lui offrit un dernier sourire avant de se lever. — Bonne soirée, monsieur Diouf. Alors qu’elle quittait le club, elle sentit son téléphone vibrer dans son sac. C’était Modou. — Alors ? Comment ça s’est passé ? — Il m’a donné sa carte. La première étape est franchie. — Parfait. Maintenant, il faut jouer serrer, cousine. Gagne sa confiance, mais surtout, ne te laisse pas avoir. Ce type est plus dangereux qu’il n’y paraît. Nafi raccrocha, le cœur encore battant. Elle venait de poser le premier jalon de leur plan, mais elle ne pouvait s’empêcher de se demander : Jusqu’où serais-je prête à aller ?
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