Les jours passaient et les attentions d'Amadou se multipliaient. Des messages, des appels, et encore des cadeaux. Nafi avait pris l'habitude de les recevoir sans réellement s'en réjouir, gardant son visage impassible. Il ne semblait qu’aucune de ses propositions ne déstabilisait son comportement. Chaque contact avec lui était soigneusement calculé, une danse entre la dissimulation et l'ouverture. Pourtant, une petite partie d’elle commençait à se poser des questions : jusqu’où irait Amadou ? Et surtout, jusqu’où pouvait-elle aller sans se faire prendre dans sa propre toile ?
Le week-end suivant, alors qu’elle marchait dans les rues de Dakar, son téléphone vibra. Un message d’Amadou.
"Je pense à toi. J’ai trouvé quelque chose pour toi, quelque chose qui te correspond parfaitement. Je t’attends au restaurant ce soir à 20 h."
Nafi sourit, un sourire furtif. Il était visiblement impatient. Mais elle ne céderait pas. Pas encore.
Elle se rendit au restaurant comme prévu, vêtue d’une robe simple, mais élégante. Lorsque qu’elle entra, Amadou était déjà là, assis à une table en bordure de fenêtre. À côté de lui, une boîte bien emballée. Lorsqu’il la vit, un sourire éclaira son visage. Il se leva immédiatement pour la saluer, avec une douceur dans le regard, presque trop calculée.
"Tu es ravissante, comme toujours." Il lui prit la main, un geste qui semblait naturel mais qui était lourd de sous-entendus.
"Merci," répondit-elle calmement, en s'installant en face de lui. Le serveur arriva presque immédiatement pour prendre leur commande, et les plats furent servis dans une ambiance calme et intime, mais Nafi restait concentrée sur la situation. Elle savait ce qu’Amadou attendait. Il voulait voir ses réactions, chercher à ce qu’elle se laisse aller. Mais elle n'était pas dupe. Elle n'était pas encore prête à céder.
"Alors, dis-moi, pourquoi ces cadeaux, Amadou ? Pourquoi tout cela ?" demanda-t-elle en brisant le silence, ses yeux fixés sur lui. Elle avait une voix douce, mais sa question était tranchante. Elle devait rester ferme dans son rôle.
Amadou haussait les sourcils, amusé, mais son regard était un peu plus intense que d’habitude. "Je t’ai déjà dit, Nafi, c’est parce que je tiens à toi. Ce n’est pas juste des objets. C’est... une façon de te montrer ce que tu mérites. Tu sembles tellement distante, je veux juste te montrer que je suis prêt à te donner ce que tu veux."
"Mais je ne veux rien," répondit-elle, sa voix ferme mais douce, comme si elle essayait de lui faire comprendre qu'il ne comprenait pas encore son jeu. "Je n'ai besoin de rien pour me sentir bien. Et je pense que tu as déjà compris que ce n’est pas avec des cadeaux que tu vas m’impressionner."
Un silence s’installa un instant, une tension palpable. Amadou n’était pas du genre à se laisser facilement remettre en place. Il se pencha légèrement en avant, son visage presque impassible maintenant.
"Tu sais, tu es difficile à lire, Nafi. Mais c’est ce qui me plaît chez toi. Peut-être que tu n’as pas besoin de cadeaux, mais je crois que tu as aussi quelque chose d’autre qui te manque. Et c’est ce que je compte te donner."
Nafi sentit une pression s'installer dans l'air. Il était de plus en plus pressant, ses paroles s’infiltrant sous sa peau, mais elle savait exactement quoi faire. Elle n’était pas encore prête à tout dévoiler. Elle jouait son rôle, pas seulement pour Amadou, mais aussi pour elle-même. Ce qu’il ne savait pas, c’est que chaque geste qu’il posait le rapprochait un peu plus de son propre piège.
Elle se leva brusquement, un sourire en coin, et dit d’un ton léger : "Je pense que je vais devoir m’en aller. J’ai encore des choses à faire."
Amadou sembla surpris, mais il se leva pour la suivre, insistant. "Reste encore un peu. Au moins, laisse-moi te montrer ce que j’ai pour toi." Il lui tendit la boîte qu’il avait soigneusement préparée.
Elle le fixa un instant, puis prit la boîte sans ouvrir. "Merci," dit-elle simplement, en déposant la boîte dans son sac à main. "Mais, comme je t’ai dit, je n’ai besoin de rien. Tu vois, Amadou, il faut du temps pour qu’une confiance véritable se bâtisse. Et ça, ça ne se résume pas à des cadeaux."
Elle tourna les talons et se dirigea vers la porte, laissant Amadou sans voix. Elle sentait son regard sur son dos, mais elle ne se retourna pas. Elle savait qu’il reviendrait. Comme toujours.