Chapitre 8

1148 Mots
Jay avait toujours fait preuve d’une étonnante attention à ce qui l’entourait. C’est ainsi qu’il remarqua aussitôt l’odeur médicinale qui émanait de sa mère. Il leva la main pour effleurer son visage, mais Nicole se déroba. — Maman… est-ce que tu es sortie pour chercher papa, à cause de moi ? Depuis qu’il avait l’âge de comprendre, Jay savait qu’il n’était pas comme les autres enfants. Tandis que ses camarades vivaient entourés de deux parents, il n’avait connu que sa mère. Même si l’oncle Fang se montrait toujours bienveillant à son égard, il n’avait jamais douté qu’il ne fût pas son véritable père. Aussi brillant fût-il, il restait un enfant, et le désir d’avoir une famille complète s’était ancré profondément dans son jeune cœur. Pourtant, il refusait que sa mère souffre à cause de lui. Il ne voulait pas être la raison d’un mauvais choix ou d’un sacrifice inutile. La question, posée avec une sincérité désarmante, fit surgir dans l’esprit de Nicole le visage impassible de Kerr et ses paroles glaciales concernant l’enfant qu’elle portait autrefois. Elle secoua la tête presque malgré elle. — Quelle idée absurde… Ne dis pas n’importe quoi. Je suis simplement allée travailler, répondit-elle d’une voix douce mais ferme. Elle installa Jay dans son lit, le recouvrit soigneusement de la couette, puis s’assit près de lui. Son regard s’attarda longuement sur les traits fins de son fils. Elle remarqua alors une légère ride entre ses sourcils. Elle ne l’avait jamais vue auparavant. Cette expression inquiète lui rappela étrangement celle qu’elle avait observée plus tôt sur le visage de Kerr. Mais l’instant d’après, le pli disparut, et le visage de l’enfant retrouva sa sérénité habituelle. — Maman, je n’ai pas besoin de papa. Toi, c’est tout ce qu’il me faut. Ses grands yeux clairs la fixaient avec une innocence bouleversante. — Mon petit idiot… Ne te fais pas tant de soucis. Dors maintenant, tu as école demain. Elle lui caressa doucement la joue. Peu après, la respiration de Jay se fit régulière. Un sourire attendri aux lèvres, Nicole déposa un b****r sur son front avant de quitter la chambre. Dans la salle de bain, elle alluma la lumière et observa son reflet. Les rougeurs avaient presque disparu, et l’enflure s’était atténuée. Ses craintes concernant le lendemain s’étaient légèrement apaisées, mais une angoisse persistante demeurait. Les pensées liées à Kerr revenaient sans cesse, telles une menace silencieuse enfouie dans son cœur. Dehors, assis dans sa voiture, Kerr leva les yeux vers la fenêtre où la lumière venait de s’allumer. Il resta là, immobile, plongé dans ses réflexions. Nicole lui inspirait un sentiment étrange, familier, sans qu’il parvienne à en déterminer l’origine. Il avait une confiance absolue dans les compétences de Jared, pourtant même lui n’avait trouvé aucune information sur elle. Une telle absence de données n’avait qu’une seule explication : elle dissimulait quelque chose. Et Kerr était résolu à découvrir quoi. — Rentrez, ordonna-t-il au chauffeur. Derrière son apparente froideur, son esprit était en désordre. Il ne comprenait pas lui-même pourquoi il l’avait suivie jusqu’ici, ni pourquoi il avait tenu à s’assurer qu’elle rentrait saine et sauve. Cette résidence sécurisée appartenait à la famille Gu, un lieu réservé à l’élite, réputé pour son niveau de protection irréprochable. Il n’y avait aucune raison logique à son comportement, aucune nécessité de la voir entrer, ni d’observer la lumière s’allumer dans sa chambre. Pendant ce temps, Nicole passa une nuit agitée, perdue dans ses inquiétudes. La peur que Kerr découvre la vérité et lui enlève son fils l’empêcha de trouver le sommeil avant l’aube. Le lendemain matin, elle ne se réveilla pas à temps. Lorsque le réveil sonna, elle dormait encore profondément. Jay, déjà prêt, se tenait près du lit. Voyant sa mère froncer les sourcils en dormant, il éteignit l’alarme avec précaution, soupira doucement, puis la programma de nouveau. Il laissa un mot sur la table de nuit, à côté du baume médicinal. Après avoir observé une dernière fois le visage endormi de sa mère, il attrapa son petit cartable et partit pour l’école sans la réveiller. En réalité, son intelligence dépassait largement le niveau requis pour l’école primaire. Mais Nicole craignait qu’il ne se sente exclu parmi les enfants de son âge. Pour ne pas l’inquiéter, Jay acceptait chaque jour de se mêler à leurs jeux naïfs, oubliant parfois qu’il n’était encore qu’un enfant. Lorsque le réveil retentit à nouveau, Nicole l’éteignit machinalement, prête à se rendormir. La lumière du matin l’éblouit soudain, et une sensation étrange la traversa. Elle ouvrit brusquement les yeux et consulta l’horloge : huit heures trente. — Ah ! Son cri résonna dans l’appartement silencieux. À peine levée, elle aperçut le baume et le petit mot. « Maman, ne sois pas en retard au travail. Je suis déjà parti à l’école. Pense à manger le petit-déjeuner sur la table et à mettre le baume. Maman idiote, ne te fais plus mal. » Ces mots simples et tendres lui réchauffèrent le cœur. Malgré tout ce qu’elle avait enduré, Jay restait le plus précieux des cadeaux que la vie lui avait offerts. Elle se prépara en un temps record, attrapa son sac et emporta le sandwich sans le manger. À 8 h 59 précises, elle franchit les portes de l’entreprise. Assise à son bureau, elle laissa échapper un soupir de soulagement. Elle sortit un petit miroir, ôta le foulard qui dissimulait son visage et se hâta d’appliquer un peu de maquillage. — Monsieur Gu, Mademoiselle Ning est arrivée, annonça Jared. L’expression sombre de Kerr s’adoucit légèrement. — Faites-la entrer. Peu après, Jared se rendit devant le bureau de Nicole. La porte étant entrouverte, il poussa doucement… et la surprit en train de mordre dans un sandwich. Elle leva aussitôt la tête, avala précipitamment et demanda, comme si de rien n’était : — Que puis-je faire pour vous, Monsieur Jared ? — Monsieur Gu souhaite vous voir. C’était la première fois qu’il voyait quelqu’un prendre son petit-déjeuner pendant les heures de travail. Le groupe Gu, connu pour sa rigueur absolue, n’autorisait aucun écart. Nicole Ning venait pourtant de briser cette règle. Elle se leva aussitôt et, en passant près de lui, murmura avec un sourire coupable : — Je n’ai pas retardé mon travail… Vous ne lui direz rien, d’accord ? Avant qu’il ne puisse répondre, elle était déjà entrée dans le bureau de Kerr. — Vous m’avez demandé, Monsieur Gu ? Il lui tendit un dossier. — Voici les informations concernant notre collaboration avec le groupe Chu. Préparez un plan au plus vite. Puis il se leva, s’approcha d’elle, le regard fixé sur le coin de ses lèvres. — Qu’y a-t-il ? — Vous avez pris votre petit-déjeuner au bureau, Nicole. Qu’avez-vous mangé ? — Un sandwich… — Apportez-le. Résignée, elle alla chercher ce qu’il restait et le posa devant lui. — C’est vous qui l’avez préparé ? demanda-t-il, sans la quitter des yeux.
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