Ni Tyler ni moi ne démarrons la voiture. Nous observons la scène qui se défile sous nos yeux. Je m’attends à tout sauf ça. Les manifestants se rapprochent de la pharmacie qu’ils font exploser.
Les cagoules noires s’avancent derrière eux. Ils sont une vingtaine. L’un d’eux lance une bombe sur les civils. J’ouvre de grands yeux. La bombe explose et du sang gicle même jusqu’à notre voiture.
J’ai envie de vomir. La fumée commence à s’évaporer et je détourne le regard du cauchemar de membres déchiquetés éparpillés devant la pharmacie et sur le parking. Tyler n’attend pas plus longtemps et démarre la voiture.
Nous roulons à toute vitesse. J’ouvre les tiroirs à l’avant à la recherche d’un sac à vomi, j’en trouve un et vomis mes pâtes à la sauce tomate.
Tyler ne semble pas plus affecté par l’horrible scène à laquelle nous venons d’assister. Nous sommes passés à côté de notre mission principale : les médicaments. C’est même pire, maintenant.
Je me rappelle du journal que j’ai oublié sur le toit de la voiture. Je ne pourrais pas savoir plus sur ce qu’il se passe, alors.
- C’est ça que tu cherches ? me demande Tyler en secouant le journal sous mes yeux.
- Oh tu y as pensé ! Merci, je réponds en m’emparant du journal.
Je ne le lis pas tout de suite. Je pense avoir vu assez d’horreurs pour le moment. Après avoir vu tout ce dont les cagoules noires sont capables, qu’est-ce qu’ils pourraient infliger à Amélia, Nelly et Wyler ? Bien que je les connaisse à peine, ils ont l’air gentils, juste des adolescents perdus, comme moi…
Et aussi, ils peuvent très bien retrouver ma famille...je n’ose imaginer ce qu’ils pourraient leur faire.
- Je me demande même si au final ça s’arrêtera un jour...soupire Tyler.
- Je sais pas...je réponds vaguement.
Nous arrivons au refuge. Harry nous ouvre la grille. Il doit penser que les autres sont avec nous, qu’on a les médicaments, que tout va bien…
Mais non. C’est encore pire. Tyler gare la voiture à son emplacement avant notre départ et nous en sortons, puis ouvrons le coffre pour libérer Jessy.
Harry nous a rejoint et comprend alors qu’il y a un problème.
- Il s’est passé quoi ? Où sont les autres ? Et les médicaments ? nous demande-t-il.
- Il y a eu un gros problème, je réponds.
- Ça se voit tellement pas dis donc ! s’agace Harry.
- Ils se sont fait kidnappés par les cagoules noires ! C’est l’horreur dans les rues ! Ils deviennent tous fous ! j’explique.
Je lui tends le journal et il lit les premières lignes.
- Alors là, bravo ! On est responsables de la disparition des autres, Jessy est malade à cause d’Amélia et en plus on a rien pour la soigner donc elle va mourir ! crie-t-il presque.
Il me rend le journal. Pas de soigneur...à moins que…
- Je connais quelqu’un qui pourrait la soigner, je lâche.
- Ah bon ? Qui ?
- Ma mère. On peut aller la voir, elle habite pas loin et je lui fais confiance.
- T’es folle ! Les cagoules noires la surveillent certainement à longueur de journée !
- Bon, tu peux te calmer un peu ? Quelqu’un va t’entendre après, intervient Tyler.
- Mais vous avez pas compris que les cagoules noires sont le gouvernement ?! Ils veulent faire des expériences scientifiques sur nous ! Si on perd autant de personnes au refuge ils viendront tous nous chercher sans problème ! poursuit Harry en ignorant la remarque de Tyler.
Le gouvernement ? J’encaisse la nouvelle comme un coup de poing en plein ventre. Tout devient logique, bien sûr. Mais si c’est le gouvernement, nous sommes tous piégés. Il n’y a aucune issue.
- Mais ils veulent faire quoi comme expériences ? demande Tyler.
- Ils comptent prendre nos pouvoirs pour former des guerriers, des soldats, avec des pouvoirs dangereux, mortels ! Et ensuite ils comptent faire la guerre contre les autres continents, prendre le contrôle du monde entier ! lui répond Harry.
Il reste une issue, mais sans doute presque impossible.
- On devrait essayer de changer de continent, dis-je.
- Maintenant qu’ils ont Amélia, Nelly et Wyler, c’est mort. Le pire c’est s’ils ont vos pouvoirs, ils seront invincibles. En plus on devra prendre l’avion, et le gouvernement surveille nos moindres mouvements, alors c’est pas possible, me répond Harry.
- Et il y aura toujours cette histoire de gens fous à cause de leur pouvoir, ajoute Tyler.
- Bon, essayons d’être clairs. On va tout expliquer aux autres. On trouvera un moyen de soigner Jessy et sauver les autres, et ensuite on quittera le continent, dis-je.
- Il est déjà tard, les vingt heures sont passées...on verra demain, Jessy survivra une semaine. Il y a un couvre-feu, répond Harry.
- Je vois...on amène Jessy à sa chambre ? je demande.
- Je m’en charge, répond Harry.
- Juste, j’ai pas encore de chambre…
- Toutes les chambres après la mienne sont vides, me coupe Tyler.
- Ah, parfait.
Nous nous dirigeons vers le bâtiment en traînant Jessy. Une fois dans le hall faiblement éclairé, Harry s’arrête.
- La chambre de Jessy et la mienne est à l’opposé de celle de Tyler...on se voit demain, dit-il.
Je hoche la tête et nous partons chacun dans notre couloir.
- Je vais enfin pouvoir dormir tranquille ! je chuchote à Tyler.
- Tu m’étonnes, je suis mort aussi, me répond-il.
- C’est sûr qu’après avoir appris que le gouvernement veut nous kidnapper et faire des expériences, qu’on doit fuir tout le temps, je vais super bien dormir ! Je vais dormir quoi, une heure ou deux ? C’est un record.
Tyler a un sourire en coin.
- Personnellement j’ai hâte de me faire kidnapper ! ajoute-t-il.
Je souris aussi. Même si ce n’est pas drôle, j’apprécie pouvoir parler avec quelqu’un, et être ironique. Nous arrivons devant la chambre de Tyler.
- Bon, passe une bonne nuit, me dit-il.
- Toi aussi, je réponds.
Il entre et referme la porte derrière lui. Je vais dans la chambre d’en face. Même si je suis épuisée j’explore l’armoire déjà remplie de vêtements féminins. Peut-être que c’est bien censé être ma chambre car j’y reconnais mon style.
Je prends de quoi faire un pyjama. Il y a une autre porte au fond de la pièce, donnant sur une petite salle de bain avec une douche. Je décide de me doucher. Après ma douche je m’allonge sur le lit et m’endors presque immédiatement.
***
J’ouvre les yeux. Je suis dans le noir complet. J’entends quelque chose mais n’arrive pas à déterminer quoi. Je me lève du lit et cherche à tâtons l’interrupteur.
Je me cogne les orteils dans l’armoire mais n’ose pas lâcher un juron. Il se passe quelque chose d’anormal. Je continue ma recherche et trouve enfin l’interrupteur.
J’appuie. La lumière ne s’allume pas. Je réessaie. Toujours pas. J’entends un cri strident. Je frissonne et mon sang se glace. Je retourne vers l’armoire et prends des vêtements au hasard pour me changer.
Quoi ? Je ne vais quand même pas sortir en pyjama…
Je me dirige ensuite vers la porte en me cognant à plusieurs reprises contre divers objets. Je parviens enfin à la porte que j’entrouvre. D’abord la lumière m’aveugle, puis j’arrive à mieux voir.
Mes yeux s’ouvrent en grand. Oh non...