XIX Quand les bœufs vont deux à deux, le labourage en va mieux Deux heures plus tard, j’entrais dans la chambre de Tullia, qui m’attendait comme à l’ordinaire. Elle était ce jour-là vêtue avec la négligence la plus savante et la plus exquise : ses yeux noirs et brillants étincelaient de joie. – Asseyez-vous là, dit-elle en me montrant un tabouret placé à ses pieds, et contez-moi quelque chose. Je me sens ce soir de la plus belle humeur du monde. – Voulez-vous, lui dis-je, que je vous conte une histoire mélancolique ? La mélancolie, c’est mon fort. – Dites ce qu’il vous plaira. Je m’en rapporte à vous. – En ce temps-là, donc… repris-je… – En quel temps ? – Soixante mille ans avant Jésus-Christ. – Vos histoires ne datent pas d’hier. – Pas plus que l’amour, qui est toujours ancien


