Un jour, alors que Muléma donnait des cours à Eding, celle ci vit un cahier dans ses affaires. Mais il était plutôt étrange ce cahier car jamais encore elle ne l'avait vu.
- C'est pour quelle matière ce cahier? demanda Muléma à Eding qui se tenait juste en face d'elle.
- Touche pas, c'est mon cahier de poèmes, j'y écris tout ce que je ressens mais en essayant de faire des rimes. Et crois moi, c'est pas terrible !
- Des poèmes avec des rimes! j'adore, je peux y jeter un coup d'œil, s'il te plaît ? rétorqua Muléma avec une mine de petit chiot abandonné.
- Tu peux, mais pas de commentaires négatifs. répliqua Eding.
Muléma, ne se priva pas d'y jeter un coup d'œil. Coup d'œil qui se transforma d'ailleurs en des minutes entières de profonde lecture. C'était clair qu'elles en avaient fini avec les cours pour ce jour là, vu que Muléma avait focalisé toute son attention sur le cahier de poèmes de son amie. Au fur et à mesure qu'elle lisait ces poèmes, elle avait de plus en plus la conviction de ne pas assez connaître Eding. Ses poèmes étaient si profonds et diffusaient une émotion si forte. Il faut avouer qu'elle ne connaissait pas du tout cette facette là d'Eding. Mais de tous les poèmes qu'elle avait lu, voici celui qui l'a le plus ému:
Pourquoi ton regard est il si vide?
Pourquoi ton visage n'a t-il aucune expression ?
N'as tu pas trouvé quelle est ta mission ?
ta vie est elle de sens avide?
Seul au monde tu te sens
comme perdu dans un océan
entouré par le néant
Qui suis je?
pourquoi suis je?
Suis je pour les autres une source de bonheur ou de malheur?
Tu te demandes sans cesse
Mais sache que Seul toi définis qui tu es
Et pourquoi tu es
Il te suffit, dans ton cœur de chercher.
En lisant ce poème, on aurait dit que Muléma s'y identifiait. C'était comme si Eding était entrée dans son cœur et avait transcrit et traduit toute la peine et la douleur qu'elle gardait enfouis. Elle garda le silence pendant tellement longtemps qu'Eding s'en inquiètait.
- Héooo, Muléma, tu vas bien ? demanda t-elle.
- Ça va, t'inquiète. C'est juste que j'ai trouvé ce poème si puissant! Quand l'as tu écris? Dit Muléma à Eding en lui montrant de quel poème elle parlait.
- Bah, je l'ai terminé il y'a quelques semaines, mais j'ai commencé à l'écrire il y'a deux ans. En fait, je pensais l'avoir terminé mais quand je l'ai relu il y'a quelques semaines, j'ai estimé qu'il était incomplet.
- Comment ça ? où s'arrêtait il avant?
- Je l'avais en fait arrêté à " Tu te demandes sans cesse", mais en le relisant il y'a peu, je me suis dit que ça ne correspondait plus à mes sentiments d'aujourd'hui donc, je l'ai complété.
- Qu'entends tu par " sentiments d'aujourd'hui"?
- En fait, avant, j'en voulais à toute la terre, je me sentais seule et je faisais tout pour attirer l'attention. Je me sentais mal aimé. Mais le jour où t'es venue chez moi pour la première fois et que tu m'as traitée d'égoïste, j'ai commencé à me remettre en cause. Et j'ai réalisé que t'avais en fait raison. Je réclamais tout l'amour du monde sans même me rendre compte que je l'avais déjà.
En disant cela, la mine d'Eding avait changé, elle avait l'air heureuse. En la regardant, Muléma était surprise. Depuis qu'elles étaient amies, ce n'était qu'à cet instant là que Muléma se rendit compte du changement d'Eding.
- Donc je suis la cause de ce changement ? demanda Muléma à Eding.
- Oui tu l'es, et merci, merci beaucoup.
Bien qu'elle ne connaissait rien du passé d'Eding, Muléma en lisant ses poèmes était à la fois étonnée et heureuse d'avoir aider quelqu'un bien que ce fût sans s'en rendre compte. Cette conversation avait tellement ému Muléma qu'elle se mit a pleurer. Étonnée de la voir ainsi, Eding se précipita pour l'enlacer. Mais l'émotion était tellement grande que même Eding se mit à pleurer en essayant de réconforter son amie. Il est vrai qu'elles s'étaient beaucoup rapprochées ces derniers mois mais ce jour là, elle se sont en quelques sortes connectées l'une à l'autre.
Il était déjà l'heure pour Muléma de s'en aller et comme chaque jour à son départ, le chauffeur de la famille Billé la raccompagna jusqu'à chez elle. Mais arrivée à la maison, Muléma trouva toujours la même routine. son père toujours absent, sûrement dans un bar de la place et sa mère toujours contrariée. Aucun d'eux ne se demandait d'où leur fille prenait de l'argent pour subvenir à ses petits besoins, pourquoi elle ne mangeait presque pas à la maison ou même ce qu'elle faisait de ses journées. Muléma était même sûre qu'ils ne se rendraient même pas compte de son absence si un jour elle découchait. D'habitude, savoir ses parents désintéressés l'attristait mais ce jour là, après avoir eu cette discussion avec Eding, elle était heureuse de voir ses parents. Elle alla dans sa chambre, pris un bain et se coucha. Mais elle n'arrêtait pas de penser à ce poème. Donc elle se leva, prit sa guitare et composa une mélodie. En fait, Muléma aimait tellement la musique qu'elle voulait l'étudier dans une école bien spécialisée. Elle se disait que puisque seule la musique savait embaumer ses blessures, si elle en pratiquait, elle n'aurait sûrement plus de chagrins. Mais vu qu'elle était très pauvres, cela n'était pas possible. Dans le quartier il y avait un petit groupe de musique que Muléma aimait aller voir répéter. Elle était tellement fascinée par la guitare, que le guitariste du groupe lui apprenait quelques trucs de temps en temps. Et quand celui ci c'était acheté une nouvelle guitare, il offrit à Muléma son ancienne guitare. Cette guitare est devenue pour Muléma l'objet le plus précieux qu'elle possèdait.
Après avoir composé cette mélodie, Muléma avait hâte de voir Eding demain et de partager avec elle sa melodie. Hors mis cela, elle avait eu une idée brillante. "Vivement que demain arrive vite" se disait la jeune fille.