Le choc de la coque contre le sable me projeta en avant, mes mains s'écrasant contre le bois vermoulu du bastingage. Le Santa Maria venait de rendre son dernier soupir dans un fracas de fibre de verre déchirée et de métal hurlant. Ce n'était pas un accostage, c'était un naufrage consenti. Le moteur, qui avait lutté contre les courants du détroit pendant des heures dans un râle d'agonie, s'éteignit brusquement, laissant place à un silence si dense qu'il en devenait assourdissant. Seul le crépitement du métal chaud et le ressac de l'Atlantique venaient lécher les flancs de notre carcasse de fortune. L'air du Maroc me frappa au visage comme une gifle physique. Il n'avait rien de la fraîcheur saline de Gibraltar ; il était lourd, saturé d'une odeur de terre brûlée, de sel séché et d'une poin


