Chapitre 19 Il est des moments où le Tout-Puissant compatit aux souffrances humaines, au fardeau et aux servitudes des labeurs répétitifs qui nous enchaînent – du moins pour ceux que le purgatoire du travail protège encore de l’enfer du chômage –, et c’était le cas ce lundi matin. Le vent avait forci et viré au sud, augurant d’une ligne d’orages que l’odeur nauséabonde des canaux et un ciel filandreux laissaient déjà présager. Ainsi ceux qui bossaient pourraient-ils le faire sans aucun regret. Ils occuperaient commerces, bureaux et ateliers avec la même insouciance qu’ils avaient occupé la plage, la digue, les terrasses des cafés et les jardins publics au week-end. Les barbecues avaient empesté l’atmosphère un peu partout de fumées grasses et grisâtres, parfumées à la merguez et la bière


