Chasse le naturel, il revient toujours au galop

2423 Mots
~~~MADELAINE SYLLA Je bouillais de rage pendant tout le trajet qui nous ramenait à Dakar. Je n'arrivais pas à oublier la scène qui s'était déroulée à Saly. Makhtar et sa femme Ndellah m'avaient gâché mon séjour. Cette dernière m'avait humiliée et insultée devant tout le monde. Elle m'avait fait passer pour une maîtresse, une briseuse de ménage, une sans-cœur. Lors de notre dispute, j'avais préféré garder le silence pour ne pas me rabaisser à leur niveau, mais je jure sur ce que j'ai de plus cher que si je les revois un jour, ils sauront vraiment de quel bois je me chauffe. -Calme-toi Madelaine. Franchement, ça ne sert à rien de t'énerver, me dit ma sœur en posant sa main sur mon épaule. Elle essayait de me consoler, mais elle ne comprenait pas ce que je ressentais. Elle ne savait pas à quel point j'étais blessée et en colère. Elle ne savait pas à quel point je détestais Makhtar et Ndellah. Depuis que je suis au Sénégal, ils sont les principales causes de tous mes problèmes. Ils ont ruiné ma réputation, ma confiance en moi, ma joie de vivre. Je les hais de tout mon cœur ! Arrivées à la maison, ma mère fut surprise de nous voir rentrer aussi tôt. Elle nous accueillit avec un sourire chaleureux, mais elle devint vite inquiète en voyant nos mines déconfites. -Les filles, pourquoi êtes-vous rentrées maintenant ? Vous étiez censées revenir demain, non ? Nous demanda-t-elle avec sollicitude. -Non, ne t'inquiète pas maman. Nous avons juste eu un imprévu, c'est pourquoi nous sommes rentrées aussi tôt que prévu, mais rassure-toi, il ne se passe absolument rien, mentis-je avec un sourire forcé avant de rejoindre ma chambre, suivie de ma jumelle. Je n'avais vraiment pas la tête à bavarder, voire même à m'expliquer avec ma mère. Je n'avais pas envie de lui raconter ce qui s'était passé à Saly. Je n'avais pas envie de lui faire part de ma souffrance. Je voulais juste être seule dans ma chambre. Je voulais juste oublier cette histoire. ~~~CHAM'SDINE FAYE Je ne comprends vraiment pas depuis quand Madelaine est devenue aussi rancunière. La manière dont elle m'a parlé la dernière fois m'a profondément blessé. J'avais préféré ne pas lui dire que je comptais l'épouser, car je craignais sa réaction. Je comprends qu'elle soit en colère contre moi, mais ce n'était vraiment pas la peine de me parler comme ça. Elle m'a traité de menteur, de manipulateur, de lâche. Elle m'a dit qu'elle ne voulait plus jamais me voir ni m'entendre. Elle m'a dit qu'elle me détestait. Fatigué de rester cloîtré sur mon lit à penser incessamment à elle, j'ai pris la décision de descendre pour parler avec ma mère. J'avais besoin de ses conseils, de sa sagesse, de son soutien. -Bonjour Maman ! m'exclamai-je en la rejoignant dans le salon. Elle était assise sur le canapé, en train de regarder la télévision. -Bonjour mon fils ! Comment tu vas ? Et la matinée ? fit-elle en souriant de ses plus belles dents. Que j'aime ma chère et tendre mère ! -Je vais bien, Maman, et toi ? -Je vais bien aussi. Sinon, comment se porte Madelaine ? Ça fait longtemps que je n'ai pas eu de nouvelles d'elle, hein. -Ah elle... dis-je tout simplement en soufflant d'exaspération. -Il s'est passé quelque chose avec elle ? -Non, maman... Enfin si. -Comment ça ? Je me suis mis à lui expliquer toutes nos disputes incessantes. Je lui ai raconté comment elle avait réagi quand j’ai lui ai fait cette crise de jalousie à cette soirée. Ça m'a d'ailleurs permis de me libérer, car j'avais vraiment envie de partager ça. -Ah, mon fils, il faut que tu essaies toi aussi de la comprendre, car ce n'est vraiment pas facile de savoir que notre conjoint ne nous fait pas confiance. Tu vois, Madelaine est une très bonne personne et elle est tout ce qu'il te faut pour être heureux. Ce n'est pas en restant fâchés sans se parler que vos problèmes vont se régler. Il faut que l'un d'entre vous baisse sa garde, et je pense que c'est à toi de le faire. Tu l'aimes et tu es prêt à en faire ta femme, alors pourquoi ne pas aller la voir ou l'inviter quelque part pour lui faire part de tes intentions ? Je peux te jurer que si tu laisses cette fille te filer entre les mains, tu ne pourras jamais, au grand jamais, en avoir une autre comme elle. Une autre qui t'aimera comme elle et qui te comblera également comme elle. Pendant tout le monologue de ma mère, je l'ai écoutée religieusement et j'avoue qu'elle a parfaitement raison sur toute la ligne. Je ne vois vraiment plus pourquoi jouer à l'orgueilleux. Je vais parler avec elle comme un vrai homme. -Merci beaucoup maman de m'avoir ouvert les yeux. Je t'aime beaucoup. -Moi encore plus chéri, fit-elle en souriant. Je suis ensuite retourné dans ma chambre pour appeler Madelaine. Il fallait que je lui parle et j'espérais juste qu'elle mettrait son orgueil de côté et me donnerait l'occasion de lui dire le motif de mon appel. Je soufflai longuement avant de composer son numéro. Quand elle a répondu, je n'y croyais même pas. -Allô Madelaine. -Oui, fit-elle sèchement. -J'aimerais vraiment te parler d'une chose assez importante. -Je t'écoute. -Pourrait-on se voir ? -Je n'ai pas la tête à sortir de cette maison, Cham's. -D'accord, je viens chez toi alors. -Ok, je t'attends, dit-elle avant de raccrocher. La froideur de cette fille me mettait hors de moi, mais cette fois-ci il fallait à tout prix que je lui parle. (...) Après avoir roulé pendant une demi-heure, j’arrivai enfin devant la maison de Madelaine. Je frappai à la porte et j’attendis quelques instants. C’est sa mère qui vint m’ouvrir, le visage illuminé par un large sourire. -Ah Cham’s, c’est toi ? -Oui, ma tante, bonjour. Comment allez-vous ? Ça fait longtemps que je ne vous ai pas vue. -Oui, ça fait longtemps. Entre donc, je t’en prie, dit-elle en s’écartant de la porte pour me laisser entrer. Je la suivis et elle me conduisit au salon où Madelaine était assise sur le canapé, occupée à manipuler son téléphone. Sa mère nous servit des boissons fraîches et nous laissa seuls pour discuter. -Alors, comment vas-tu ? lui demandai-je en sirotant mon verre. -Je vais bien, et toi ? -Je vais bien aussi. Écoute, je suis venu te parler d’une chose très importante pour moi. Je voulais te le dire au téléphone l’autre jour, mais j’ai préféré attendre de te voir en face. -Qu’est-ce que c’est ? -Eh bien, je voulais te dire que.. Je n’eus pas le temps de finir ma phrase que son téléphone sonna sur la table basse. Un message venait d’arriver. Poussé par une curiosité malsaine, je saisis le téléphone pour lire le message. «Salut ma belle, c’est Makhtar. Je sais que tu m’en veux beaucoup pour ce qui s’est passé à Saly et qu’on n’a pas pu se parler depuis, mais je te jure que je regrette vraiment ce qu’a fait Ndellah. J’espère que tu vas bien et que tu me pardonneras un jour. Allez bisous.» Je sentis une rage incontrôlable monter en moi et je lançai le téléphone par terre avec violence. -MAIS TU ES MALADE OU QUOI ? TU AS VU COMMENT TU AS CASSÉ MON TÉLÉPHONE ? -Tu me dégoûtes Madelaine… tu me dégoûtes profondément. Donc tu étais à Saly avec ce type ? Il a ton numéro et il se permet de t’envoyer des messages d’amour ? Il te traite de “ma belle” et il te fait des “bisous” ? -Mais Cham’s, tu délires complètement ! Pourquoi tu ne me fais pas confiance ? -Tu as perdu ma confiance le jour où tu as accepté de sortir avec un homme marié. Je voulais te demander ta main aujourd’hui, mais après avoir vu ce message, je n’ai plus envie de m’engager avec une femme qui me trompe sans scrupule. -Tu sais quoi Cham’s ? La confiance est essentielle dans un couple et si tu n’es pas capable de me faire confiance, alors il vaut mieux qu’on arrête tout. -C’est exactement ce que je pensais. C’est terminé entre nous Madelaine. -Tant mieux Cham’s. Répliqua-t-elle, furieuse. Je me levai et je sortis précipitamment de la maison, le cœur brisé. ~~~MAKHTAR MALADO NDIAYE Aujourd’hui, j’ai pris une décision difficile. J’ai convoqué une réunion de famille pour annoncer une nouvelle qui risque de bouleverser ma vie. J’ai longuement pesé le pour et le contre, mais je n’ai pas trouvé d’autre issue. Je n’en pouvais plus de supporter Ndellah. Depuis quelque temps, elle était devenue insupportable avec ses crises de jalousie à répétition, ses reproches incessants et ses caprices infantiles. Ça me rendait fou ! Je savais que ma mère ne serait pas d’accord avec mon choix, mais après tout, c’était ma vie, pas la sienne ! -Bonjour maman, dis-je timidement. -Ne me salue pas dh. Non mais Makhtar, tu te prends pour qui ? Tu as besoin de moi kay, pourquoi ne pas venir à la maison ? Où a-t-on vu un cadet qui déplace ses aînés ? Tchiippp ! Je gardai le silence, car je savais que si je lui répondais, elle allait faire un scandale. Peu après, Ndellah et ma mère firent leur entrée dans le salon. La mère de Ndellah me lança un regard assassin. Elle ne m’avait jamais porté dans son cœur. Elle aurait préféré que je sois comme son défunt mari, un homme doux et soumis. Mais moi, j’avais du caractère et je ne me laissais pas faire. Elles s’assirent sur le canapé et ma mère me fit un signe interrogateur. Je fis semblant de ne pas le voir et je commençai à parler. -Je vous remercie d’être venues, car je sais que vous avez d’autres occupations à votre âge. -Justement nak ! Makhtar Malado Ndiaye, fais vite, j'ai des choses beaucoup plus importantes à faire que d'écouter tes charabias. -Maman.... Avant que Ndellah ne termine sa phrase, sa mère la coupa -Boulmeu nei maman dh (Il n’y a pas de maman qui tienne). Je n'ai dit que la vérité. -Bon, je vais droit au but. Ça fait maintenant deux ans que Ndellah est ma femme et je dois avouer que ça n’a pas été facile. Au début, elle était gentille et attentionnée, mais ensuite, elle a changé du tout au tout. Elle me hurle dessus, elle me soupçonne de tout et elle me manque de respect. J’ai essayé de sauver notre mariage, mais là, c’est trop. Ndellah est vraiment mal élevée, donc je voulais que vous soyez témoins de ma décision : je ne veux plus qu’elle soit ma femme. Ma mère ouvrit de grands yeux et me regarda avec colère. -ELLE EST MAL ÉLEVÉE ? OUI, MAIS TU AS SUPPORTÉ SA MAL ÉDUCATION PENDANT DEUX ANS. MAINTENANT TU DIS QUE TU NE LA VEUX PLUS ? QU’EST-CE QUI T’AS PRIS ? TU ES INGRAT ! MAIS SACHE QUE TU N’ES PAS IRREMPLAÇABLE. SI TU LA LAISSES TOMBER, TU FERAS LE BONHEUR D’UN AUTRE. hurla ma belle-mère. -S’il te plaît, ne dis pas ça. intervint ma mère. -JE DIS CE QUE JE VEUX ! JE NE VEUX PLUS ENTENDRE PARLER DE CE MARIAGE ! Elle se leva en pleurant bruyamment et sortit du salon. Sa mère me jeta un regard haineux et la suivit. -Makhtar, comment as-tu pu faire ça sans me consulter ? Tu ne te rends pas compte de la honte que tu me fais ? Pourquoi veux-tu rompre ton mariage si vite ? Dans un couple, il y a des moments difficiles, mais c’est à vous de les surmonter sans l’aide de personne. Ndellah peut être mal élevée, c’est vrai, mais vous avez partagé deux ans de vie commune, donc je ne comprends pas pourquoi tu ne pourrais pas essayer de la corriger. En tant que ta mère, je te conseille de ne pas divorcer, mais de faire des efforts pour arranger les choses. -Maman, je comprends ton point de vue, mais avec tout le respect que je te dois, je ne peux pas continuer à vivre dans ce mariage où je suis malheureux. Je suis vraiment désolé. -Je t’en prie, Makhtar. me supplia-t-elle. -Ne fais pas ça, s’il te plaît. -Pour l’amour de Dieu, Makhtar, ne la répudie pas. Après une courte hésitation, je décidai de céder. -D’accord, d’accord. -Merci. Dit-elle en soupirant de soulagement. Me voilà condamné à continuer de supporter Ndellah ! ~~~OMNISCIENT Malal se réveilla en sursaut dans la chambre de Lary. Il avait la tête qui tournait et il ne se souvenait de rien. Il fut horrifié de réaliser où il était. -Mais qu’est-ce que je fais ici ? s’écria-t-il en se tournant vers Lary qui le regardait avec un sourire narquois. -Tu ne te rappelles pas ? Tu as passé la nuit ici, avec moi. Tu as été très… généreux. rétorqua Lary. Malal secoua la tête, comme pour chasser un mauvais rêve. Il se souvint alors de son rendez-vous avec Oumou. Il bondit du lit, les yeux injectés de sang. -Lary, tu es vraiment folle ! Pourquoi tu t’acharnes sur moi ? Je t’ai dit que c’était fini entre nous, alors pourquoi tu ne me laisses pas tranquille ? LARY SÈNE, JE TE JURE SUR CE QUE J’AI DE PLUS CHER QUE SI TU OSES ENCORE UNE FOIS ME COLLER, TU VAS LE REGRETTER ! hurla-t-il, avant de sortir de la chambre et de quitter la maison en trombe. Lary ne dit rien, se contentant de sourire en pensant qu’elle venait de ruiner la nouvelle relation de Malal. Lorsqu’il monta dans sa voiture, il appela aussitôt Oumou, mais celle-ci ne décrocha pas. Il insista plusieurs fois, mais sans succès. Il lui envoya alors un message pour s’excuser. Oumou lut le message, mais décida de l’ignorer. Malal poussa un juron, puis démarra en trombe. (…) De son côté, Isseu avait commencé à travailler. Ce n’était pas facile avec une patronne aussi exigeante, mais elle s’accrochait. Heureusement, elle n’était pas la seule domestique dans cette grande maison, ce qui rendait son travail un peu plus supportable. Son objectif principal était de gagner de l’argent pour que ses enfants ne manquent de rien. Après avoir bien nettoyé la cuisine, elle rangeait les ustensiles lorsque soudain elle sentit la présence de quelqu’un. Elle se retourna et fut choquée au point que son cœur semblait vouloir sortir de sa poitrine. -Non… mais… que fais-tu ici ? bégaya-t-elle, surprise.
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