Décidément, ces conteneurs étaient bien pratiques. En plus de servir de planques, ils étaient parfaits pour transporter toute en discrétion un grand blessé. Bon les quelques regards appuyés des passants dans ma direction me firent penser que je ne passais pas aussi inaperçue que je le pensais. Aller prend un air naturel Elana.
Après avoir transporter le poids mort (enfin pas encore tout à fait mort j'espère) jusqu'à l'ascenseur et être monté au 4ème étage de mon palier, je l'installais sur mon canapé. Le voyage avait au moins permis de réveiller monsieur, et à l'instar, les grognements de douleurs reprirent.
- Ok, ok je gère, surtout ne vous endormez pas, dis-je tout haut, plus à moi-même qu'à l'homme qui reposait dans mon salon. Me précipitant dans la salle de bain, je sortis tout ce qui pouvait ralentir l'hémorragie. Des compresses, des b****s, du sparadrap, de l'alcool à 90 et du bazar plus tard, je revins vers le jeune homme. Bon on va faire la base.
-Serre les dents ça va plus que piquer, lui dis-je en saisissant le flacon d'alcool.
En effet, le cri à peine étouffé qu'il fit me le confirma. Ses poings s'étaient resserrés et s'évertuaient à étrangler mes pauvres coussins. J'avais mal pour lui. Sa blessure prenait toute la place sur son torse en commencent de son pectorale et s'arrêtant sur ses cotes. Mes maigres connaissances en soins humains n'allaient pas me suffire. Attachant mes cheveux et calmant ma respiration bien de trop agitée je me concentrais sur ma tâche. Je plaçais mes mains au-dessus de sa blessure et laissais faire le reste. Une énergie et une chaleur se dégageaient de mes mains alors que mes pouvoirs se concentraient en elles. Mes yeux devaient en ce moment même luire d'une faible lumière jaune. Voir une sorcière en action était toujours fascinant. Une ambiance à la fois électrique et pesante se dégageait de la scène. Passant mes mains tout le long de sa blessure, celle-ci se refermait peu à peu. Les bords rosirent jusqu'à laisser une belle cicatrice. Le temps ferait le reste pour effacer toute trace de la blessure.
Sur le canapé, le jeune homme s'était apaisé, la douleur ayant disparus. Il allait surement dormir jusqu'au lendemain, si ses rêves n'étaient pas tourmentés par ses mésaventures.
Me levant pour aller chercher de quoi rendre son sommeil calme, un mal de tête me prit. Toute magie avait sa contrepartie, et j'en subissait désormais les conséquences.
Fouillant dans les placards de ma cuisine je repoussais la cannelle et le poivre de cayenne pour me saisir de mélisse et de graines de pavot. J'écrasais le tout en y rajoutant ma pointe de sorcellerie et y mit le feu pour en dégager une fumée. Je plaçais ma préparation près du blessé afin que sa nuit lui soit réparatrice. Toute sorcière se respectant savait préparer ces petites combustions aux effets réparateurs ou destructeurs.
Grimaçante et vidée de mon énergie, je me dirigeais vers ma chambre et m'effondrais sur mon lit. L'idée que le « gang » qu'avait aperçu Lili puisse être les gens qui cherchaient l'homme endormis sur mon canapé effleura mon cerveau. Mais celle-ci s'évanouit aussitôt dans un bâillement. Après avoir combattu ma fatigue pour au moins enlever mes chaussures et mon pantalon, je sombrais dans un sommeil lourd.
Le lendemain matin, après midi plutôt, lorsque j'émergeais d'un sommeil fumeux, la première idée qui me vint fut celle de prendre une douche. Mes aventures de la veille m'avaient en effet éreinté et du sang séché collait encore à mes vêtements. Mon mal de tête était un lointain souvenir, signe que j'avais récupéré de mes expériences de sorcière. Passant la tête par la porte du salon, je vis qu'il était vide.
-Faut croire qu'il s'est bien remis ou alors c'est un grand timide pour être partit comme ça, maugréais-je. Un soupir de soulagement me prit. Je n'aurai pas à expliquer ou comprendre ce qui s'était passé cette soirée-là. Par contre ce que je voyais bien c'est que mon canapé était à jeter d'après les taches sombres d'hémoglobine qui le bariolait. Bon je verrai ça plus tard, d'abord une douche.
Une douche plus tard, avec l'esprit plus clair.
- Oh l'enfoiré !
Mon frigo avait été dévasté, toutes mes courses de la semaine avaient disparues ! Il ne s'était pas gêné pour taper dans mes provisions celui-là ! Je refermai mon frigo désormais inutile et fouillait dans mes placards. Ce n'est pas possible, il avait embarqué de quoi faire à manger pour sa famille ou quoi ?
Rageusement, je partis le ventre vide à mon travail.
20 minutes plus tard, je garai mon bon vieux pickup Chevrolet. J'adorai les vieilles choses, l'histoire qu'elles avaient derrières elle me fascinait. Mon pickup en avait vu des belles, que ce soit avec moi ou mes prédécesseurs, et c'est ce que j'adorai.
Je passais les portes de l'entrepôt et saluait Ben.
- Salut beau gosse, ça avance ta table ?
Je vis ledit Ben relevé la tête de son œuvre et épousseter ses vêtements de copeaux de bois.
- Salut El, ouaip je viens à bout des finitions et elle sera enfin finie. Ben était un grand gaillard, aux cheveux toujours en bataille. Il avait la tête du gentil bûcheron avec qui on se voit boire une bière et rigoler à gorge déployer. Il vient à ma rencontre pour m'ébouriffer les cheveux comme à son habitude.
- Et toi alors t'attaques quoi aujourd'hui ?
- J'ai le buffet pour la famille Milton à commencer, je vais en avoir pour un bon mois je pense vu l'ampleur du travail. Il va être magnifique ! lui dis-je avec joie en me recoiffant à la va vite.
Je posais mon sac dans le petit bureau de l'entrepôt et enfilait ma tenue de travail.
- Fred, n'est pas là ? lui demandais-je
-Nan, il est avec un client sur l'extérieur.
- Yes, ça veut dire qu'on n'aura pas de Mariah Carey toute la journée ?!
- Ahaha non, vas-y tu peux lancer la musique que tu veux !! me répondit-il les yeux rieurs.
Aller hop, Lucky Peterson pour commencer le travail ! Petit déhanché sur les notes qui s'élevaient, petit pas de côté, et j'attaques.
Une bonne journée à sculpter le bois me changera les idées !!
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Une clope à la bouche, je discutais tranquillement avec Ben avant de se dire au revoir.
-Ça va Anna, pas trop mal au dos avec le petit ? lui demandai-je
- Si, en plus elle me le reproche. Enfin j'ai plutôt l'impression qu'elle a des reproches à faire à la Terre entière en ce moment. Un vrai dragon.
- J'aimerai te dire que c'est les hormones mais vu qu'elle avait déjà un caractère de chien avant la grossesse, je ne peux que te souhaiter bonne chance pour la suite. Plaisantai-je
- Mon dieu cette femme va avoir ma peau... pleurnicha -t-il. Et toi alors ?
- Moi quoi ? J'ai l'air d'être enceinte, c'est ce que t'es en train de me dire ? répondis-je vaillamment.
- Nan, t'inquiètes-tu ne t'es pas encore transformé en dragon, dit-il en rigolant. Je ne sais pas, ça avait l'air de bien se passer entre le gars de l'autre soir et toi ? me dit-il en me lançant un rapide regard.
Ben faisait référence au soir où avec Lili et lui nous avions fait la tournée des bars de Ashland. On devait être au troisième bar de notre marathon quand nous étions tombés sur Stiles. Belle gueule, avenant aux premiers abords. En effet, le courant était bien passé, il rigolait à mes blagues pourries et il m'avait accroché avec son regard doux. Mais s'en était resté là. Je ne sais pas trop pourquoi, le jeu de séduction était bien entamé entres nous deux mais je m'étais rendue compte que je n'en attendais rien ensuite. Mon envie s'était dégonflée. Ne m'étais resté que mes 2 grammes dans le sang et mes amis qui riaient près de nous. Je m'étais sentie tellement seule, incapable de franchir le pas. Il s'était ensuite évaporé dans la nature.
- Pas mon genre, lui répondis je platoniquement en évitant son regard. J'écrasais ma cigarette pour mettre un terme à la conversation et avançait vers mon pick up. Aller rentre voir ta femme avant qu'elle ne se mette à cracher des flammes !!
- T'inquiètes je contrôle encore un minimum la situation me répondit-il en attrapant sa veste et en partant de son côté.
Je fis le chemin du retour, la tête dans les nuages, ailleurs.
Après avoir garé mon bolide en bas de mon immeuble, je montais à mon étage pour découvrir la porte de mon appartement ouverte. C'était quoi encore ce bordel ? Au temps pour moi, la porte n'était pas ouverte, la serrure avait été arrachée. Je fermais les yeux un instant, pour prier tous les dieux que je connaissais pour que mon appartement soit comme par magie intacte lorsque j'y rentrerai. Je poussai lentement la porte en passant précautionneusement la tête à l'intérieur. À tout moment je m'attendais à trouver d'éventuels cambrioleurs.
Mon salon était dans un sale état, les rideaux étaient arrachés, mon canapé éventré et plus d'un objet était cassé au sol. Aucune trace des voleurs. Je rentrais doucement dans le salon et constatais que les autres pièces n'avaient pas été épargnées. m***e, pourtant je n'avais rien de valeurs, sauf si on comptait mon veux tourne disque qui déraillait un morceau sur deux. Je relâchais mon souffle que je m'aperçus avoir bloqué. Rien ne semblait avoir disparus, signe qu'ils n'avaient pas trouvé ce qu'ils cherchaient ou étaient simplement des fouteurs de m***e.
Une main s'abattue alors sur ma bouche. Crier fut mon premier réflexe qui se perdit dans un son étouffé. Paniquée je tentai de marcher sur le pied de mon agresseur et le frapper comme je le pouvais. Mais mes mouvements étaient trop restreints. Je me débâtis en criant de rage sous la poigne de mon agresseur. Je me sentis tirer en arrière. Ils me traînèrent jusqu'au rez de chaussé sans que je puisse me dégager. Tentant de faire le plus de bruit possible afin de prévenir mes voisins rien n'y fit, je sentis seulement les bras de mon kidnappeur se serrer davantage. Je m'aperçus qu'ils étaient 3 lorsque l'on me retourna pour me faire rentrer dans une voiture garée devant la porte de mon immeuble. Où ils pensaient m'amener ses tarés ?! Mes yeux roulaient comme des fous dans mes orbites à la recherche d'un moyen de m'en sortir ou d'être aidé, mais tout se passait trop vite. Forcé de rentrer dans la voiture, je vis les portes se claquer et mon espoir de m'en sortir s'évanouit.