Chapitre 4

2905 Mots
D'accord, récapitulons. J'étais à présent assise sur un lit, enfermée dans la chambre de laquelle je venais de m'enfuir. La menace de me « bouffer » si je reprenais les mots de Mister c*****d, en tentant une nouvelle fois de partir, me tenait pour l'instant au calme. Le clan Negan qui réunissait cette belle brochette de fous furieux me retenait. En sauvant un de leur membre qui était apparemment le frère du chef tyran, je m'étais donné le titre de collaboratrice de cette meute, faisant de moi l'ennemie d'une meute rivale. C'était cette meute rivale qui avait blessé puis traqué le frangin que j'avais trouvé par le plus grand des bonheurs dans cette ruelle glauque. Vue comme un point faible et une personne facile à débusquer pour prendre avantage sur la meute, je m'étais faite enlever. J'imagine que la torture aurait été une des fins qui m'aurait attendue s'ils étaient parvenus à leur fin. Je serai les dents face à cette pensée. Pour l'instant, j'étais vivante, quelques blessures mais toujours vivante. Il fallait croire que depuis de nombreuses années le clan Negan et le clan Greson se déchirait dans une guerre de territoire. Ce que je ne comprenais toujours pas, c'est qu'est-ce que je faisais encore ici ? Mes hôtes auraient tout aussi pu me laisser me faire embarquer par les loups garous rivaux. Je ne savais et ne sais rien de ces hommes et n'aurai rien relevé qui puisse être un levier pour affaiblir le clan Negan. Même après avoir été informé du bourbier dans lesquels j'étais, les loups qui me gardaient désormais prisonnière, n'avaient aucun intérêt à me garder ici. Et je doute que ce soit par sentiment de bienveillance. J'avais appris que l'homme qui s'était enfuis de chez moi après avoir vidé mon frigo s'appelait Noa Negan. Tout juste 20 ans, il semblait être le seul à compatir un tant soit peu à ma situation. Un des deux gorilles s'appelait Jack, de ce que j'avais pu voir à son attitude, c'était le beta de la meute, soit le bras droit et l'exécutant du chef. Une armoire à glace au regard vif, encadré par des boucles rousses. Le second, plus petit dégageait une aura de prédateur qui m'avait mise tout de suite mis mal à l'aise. J'avais l'impression d'être un bout de steak au bout de sa fourchette lorsqu'il me regardait. Ses yeux étirés en deux fentes et son sourire tordu lui donnaient une tête de vilain dans un film super-héros. Et enfin, le meilleur pour la fin, le chef alpha de cette b***e d'escrocs, une belle raclure ; Liam Negan. L'aura qu'il dégageait était impressionnante. N'étant pourtant qu'une sorcière, je pouvais tout de même percevoir son pouvoir. Il m'avait tout de suite fait comprendre, qu'il n'était pas des plus ravi de m'avoir dans ses pattes. Il m'aurait laissé tomber entres les griffes du clan Greson si ça ne tenait qu'à lui. Je ne connaissais que les bases sur la race des loups garous. Des êtres mi hommes mi loups. Ils vivaient sous la protection de la déesse de la Lune, et leurs transformations étaient en partie soumises au cycle de pleine lune. Des créatures avec des capacités physiques incroyables et un métabolisme les rendant quasi invincibles. Des coups discrets à ma porte me sortirent de mes réflexions. Noa passa la tête dans l'embrasure de la porte. -Je peux ? - Aux dernières nouvelles, je suis chez vous, donc je ne pense pas être en position de refuser là tout de suite, lui répondis je platement. Il tenait dans ses mains, une corbeille remplie de fruits qu'il déposa sur le lit. A ce moment-là je réalisais qu'embarquée dans cette mésaventure, je n'avais pas mangé depuis un bout de temps. Le grognement de mon ventre confirma mes pensées. - T'as besoin de quelque chose ? demanda-t-il timidement. - Laisse moi réfléchir, mon appart et ma vie tranquille. J'était pleine de ressentiments et malheureusement cela tombait sur lui, le seul qui faisait preuve d'un peu de gentillesse avec moi. Je soupirai avant de lui dire finalement non. Je l'observais rester dans la chambre debout à me regarder. Oui ? - Tu resteras ici quelques jours sous notre protection, le temps que les choses se tassent. Si tu retourne en ville, tu seras prise pour cible et ne tiendra pas longtemps. - Je peux très bien me débrouiller toute seule, je fais ça depuis un certain temps maintenant. Dans ma tête, j'étais moins confiante. En effet, je ne ferais pas le poids contre des loups garous. Ils savaient où j'habitais et sauraient me retrouver. - Pourquoi vous faites ça ? - Faire quoi ? - Ok, je t'ai peut-être sorti d'une mauvaise passe, mais ton frère et les autres n'ont aucune raison de me protéger. Je ne représente pas un danger pour vous et ne sais rien de compromettant que je pourrai dire à vos ennemis. - C'est plus compliqué que ça. Lorsque tu m'as sauvé, une dette s'est instaurée. Chez les loups garous, lorsqu'un homme en sauve un autre, une dette de vie se créée. J'aurai dû mourir si tu ne nous avais pas caché. Je suis encore là grâce à toi. Lorsque nos vies sont prolongées grâce à l'intervention d'une personne, nous lui dédions cette deuxième partie de notre vie. - Houlà, non merci, tu n'as pas de reconnaissance à avoir, j'ai fait ce qu'il me semblait le plus juste à faire sur le moment. Tu ne me dois absolument rien, le freinai-je. Il rit d'un air gêné. - Si ça pouvait être aussi simple. Les loups garous vivent en meute. Les loups solitaires sont très rares, ils sont considérés comme des parias. Au sein d'une meute, chaque loup à sa place et son importance. L'alpha est là pour mener et rassembler ses congénères. Tout le pouvoir qu'il détient lui vient de sa meute et de la force qu'il lui confère. Sans eux, ses loups betas, omégas, chasseurs, un alpha n'a pas de raison d'être. Ce ne sont pas justes conceptions fantaisistes. Et tout cela est construit sur le lien de meute. Chaque loup d'une même meute est relié entres eux par un lien. -Une sorte d'énergie mystique tu veux dire ? -Oui, on peut dire ça comme ça. On le présente souvent aux louveteaux comme un fil qui nous relie tous. Un lien qui nous permet d'avoir conscience plus ou moins de chacun. Selon les relations qu'entretient les loups d'une meute, leur lien est différent. Un alpha sentira beaucoup plus ces liens et les émotions qu'il peut ressentir à travers eux. - Attend ça veut dire que si tu pleures ? l'autre grognon s'en rendra compte. Ça laisse aucune place à l'intimité ! - Non bien sûr, rigola-t-il. Les émotions doivent être fortes pour qu'elle se fasse ressentir à travers le lien. Lorsque j'étais en train de me vider de mon sang dans cette ruelle, Liam pouvait ressentir toute ma détresse par exemple. -Mais du coup je ne vois pas où tu veux en venir, quel est le rapport avec moi ? - Quand tu m'as sauvé, un lien s'est créé malgré toi, un lien de dette qui me rattache à toi. Je le regardais les yeux ébahis, mon cerveau mis en pause forcée. - Mais je ne fais pas partie de votre meute, et je suis encore moins un loup garou ! m'exclamais-je. Comment ça se fait qu'un lien comme ça existe entre nous ? - Je suis aussi embêté que toi, ça n'arrive pas souvent, très rarement plutôt. Encore moins avec une sorcière. N'étant pas une louve, le lien doit être plus tenu. - Et comment je fais pour m'en débarrasser ? D'autant que je ne le vois pas et ne ressens rien de particulier depuis que je t'ai sauvé... Il passa sa main dans sa tignasse blonde, signe qu'il était gêné. - C'est bien là le problème. Je ne sais pas vraiment, il faudrait que je cherche dans les vieux livres qui régissent nos codes et qui font trace de nos histoires. C'est la seule piste que j'ai à l'heure actuelle. Mais comme toute dette, si celle-ci est « remboursée » je pense que cela devrait te délivrer de ce lien. - Donc si je comprends bien, faut que tu me sauves la vie. -Probablement, mais il faut faire attention avec ces choses-là. Ces liens sont très puissants, de nombreux loups sont devenus fous ou sont devenus comme vide après qu'un lien fort leur ai été arraché. Un lien n'est pas simplement un catalyseur d'émotions et de consciences. Il est en quelque sorte rattaché à nous même, c'est quelque chose d'immuable. Un peu comme le fil du destin, qui joue sur la vie et la mort. - Si je meurs, cela pourrait t'arriver ? Mourir je veux dire... lui demandais je en le regardant fixement. Son haussement d'épaule et son regard flou ne me dit rien qu'il vaille. Je lâchais un long soupir et m'affalais sur le lit. Quel merdier. Moi qui avais quitté mes sœurs afin de devenir libre, de ne plus faire de mal ni être maltraité par mon peuple, je me retrouvais prisonnière autrement. Noa ne m'avait pas l'air méchant. J'aurai pu tomber sur bien pire comme personne avec qui partager ce lien si particulier. Cependant j'étais mal à l'aise. Comme plongée dans un univers qui me dépassait et dont les cartes n'étaient pas entres mes mains. Je m'étais bien gardée de croiser des êtres surnaturels qui étaient souvent éléments à problème et je me retrouvais à vivre parmi cette meute. Comme un boulet. - Pourquoi ton frère me déteste ? - Il ne te déteste pas, il t'est d'ailleurs reconnaissant pour m'avoir sauvé la vie. Je relevai un sourcil dubitatif à l'entente de ces mots. -Je ne suis pas sûr que je puisse je te le dire à sa place. Ça ne me concerne pas vraiment et ... -Et je suis une étrangère, le coupais-je. -On peut dire ça. Il a juste connu une sorcière avec qui de mauvaises choses lui sont arrivé. - Ouais bah il sera gentil de pas me prendre pour elle et de pas me traiter comme un pestiféré. -Oh tu sais, il fait un peu ça avec tous les gens qui ne font pas partis de la meute, dit-il en s'asseyant sur le bord du lit. Je fixais le plafond. Ma vie venait de prendre un tournant auquel je ne m'attendais pas et pour le moins effrayant. J'étais contrainte de rester chez des loups garous qui ne voulaient pas de moi dans leur maison, j'étais la cible de personnes qui ne me voulaient pas forcément du bien et je me retrouvais enchainée avec une personne via un lien magique obscure. -Elana au fait. Je connais ton nom, ça me paraît équitable que tu saches le mien. Noa me regarda avec un sourire puis répéta à voix basse mon prénom. -m***e, criais-je en me relevant subitement. Ben ! -Quoi c'est qui ça Ben, fit Noa. - C'est mon ami, je bosse aujourd'hui et il va s'inquiéter si je ne suis pas là ! lui lançai-je à toute vitesse. Impossible de savoir qu'elle heure nous étions, mais j'étais à peu près sûr que nous étions vendredi. Si je n'allais pas travailler avec la menace qui pesait sur moi, il fallait au moins que je prévienne Ben de mon absence. Mon sac qui contenait mon téléphone devait sans doute être tombé dans mon appart lorsque je m'étais fais surprendre par les loups du clan Greson. T'as un téléphone, faut que je l'appelle ! demandais-je rapidement à Noa. - Ouais, il doit être en bas, dit-il en se levant à son tour. Je le suivais et nous descendîmes les escaliers pour tomber sur Mister c*****d dans le salon. Il s'entretenait avec des personnes que je n'avais pas encore vues. Ils étaient penchés sur des papiers et la conversation semblait des plus sérieuse. Je le vois difficilement lâcher des blagues celui-là, me dis-je. A mon arrivée, je vis son regard se relever sur moi et se faire dur. -Qu'est ce qu'elle fait ici celle-là ? Toujours aussi aimable depuis ce matin celui-là. -Quoi, mon périmètre de survie est restreint à la chambre, voir la salle de bain ? grinçais-je. -Elana doit appeler quelqu'un, amorça Noa voyant l'ambiance se charger d'électricité. J'allais m'en faire une carpette de ce cabot me dis je en le fixant d'un air mauvais. Les deux personnes qui m'étaient inconnues assistèrent à l'échange avec un air amusé. -Quelqu'un ? fit-il l'air dubitatif. - Oui quelqu'un répondis-je agacé. Ça te pose un problème, tu veux lui passer le bonjour, tant que je l'ai au bout ? C'était plus fort que moi. Je me sentais tellement attaqué lorsqu'il me parlait que je ne pouvais que prendre un ton agressif avec lui. - Fais attention ce que tu lui dis, pas la peine de lui raconter les derniers évènements. Ok, ça sonnait comme une menace. Si je parlais de la meute et du lien, ce croque mitaine allait me bouffer. - C'est quoi le numéro de ton ami ? changea de sujet Noa en ayant pris son téléphone posé sur le buffet. -Donne je m'en charge. Je pris le téléphone qu'il me tendit et m'éloignais loin de leurs oreilles. - Ben ? demandai-je, après avoir composé le numéro de mémoire. - El, bah alors qu'est ce que tu fous, t'es tombée malade ? - Nan désolé, j'ai eu un petit problème... familial. J'ai dû régler ça en urgence et je crèche chez un oncle pas loin, le temps que les problèmes se calment. Si je peux, je passerai choper le matos et le bois pour avancer sur le buffet que je dois faire. Désolé pour l'absence, lui répondis-je piteusement. - Ah d'accord, j'espère que ce n'est pas trop grave et que les choses vont vite rentrer dans l'ordre. Si besoin tu m'appelles et je débarque. -Ahah merci t'es adorable. Ne t'inquiète pas et puis la baraque est sympa. Bon mon oncle est comme je m'y attendais, c*n et encore plus grincheux que la dernière fois que je l'ai vu, mais ça va le faire, lui dis-je en tournant mon regard vers le chef grognon. Je crus même l'apercevoir se tendre à ma dernière phrase. Et oui je pense à toi en disant ça mon pote, pensais-je. - Tu veux que je vienne calmer ton oncle en prenant mon air d'ours mal luné ? Fit-il en tentant de prendre un air sérieux. - Oh laisse tomber tu lui ferais trop peur, ça ne vaut pas le déplacement, plaisantais-je. Il a beau grogner mais il ne mord pas ! Oh par contre j'ai une faveur à te demander. Si tu acceptes, t'es le meilleur et je te paierais un coup en rentrant !! lui dis en prenant un ton suppliant. Une pensée inquiétante venait de me traverser. - Vas-y dis pour voir ? - Mon départ à été précipité, mon appart est sans dessus dessous et j'ai réussi à arracher ma serrure sans le vouloir... Priez pour qu'il y croit. - T'as arrachée ta poignée ? entendis à l'autre bout du fil, comment t'as réussi ton coup ?! - Me demande pas, tu sais comment la poisse me colle parfois. -Ok si tu le dis... tu veux que j'y passe pour voir si tout vas bien dans ton appart et bricoler ta serrure ? Mon dieu, cet homme était le plus génial de l'univers. - Oui, s'il te plait. - ça marche, je passerai après le taf alors. - Merci tu me sauves la vie, et prend pas peur en voyant l'intérieur, j'étais en mode tornade lui dis je en pensant à mon canapé éventré et mes affaires éparpillées un peu partout. - Je fermerai les yeux alors ! D'ailleurs, c'est quoi ce numéro ? Oh oui, mince c'était le portable de Noa. - C'est celui de mon cousin, le mien à la batterie HS et je n'ai pas pris de chargeur en partant. - Et ils n'en ont pas ta famille ? - Mon oncle vit un peu de façon arriérées, une vraie sauvage ! Donc pas de chargeur chez lui. Mon dieu, j'étais tellement naze pour mentir. - Bah ma vieille, je ne savais pas que t'avais une partie de ta famille comme ça ! Tu n'imagines pas mon pauvre... Bon je te laisse, je dois faire la cuisine avec Anna. Prend soin de toi et on se voit bientôt ! me lança Ben. - D'accord, dis-lui bonjour pour moi et à tout ! Je raccrochais exténuée, trop de pirouettes à faire dans cette conversation. Je revins dans le salon après ça. - Désolé fallait que je prévienne mon ami que je ne pourrai pas lancer des sorts sur les petits enfants et voler sur un balai avec lui, déclarai-je. J'étais soulagé de savoir que Ben allait passer chez moi pour vérifier l'état de mon appartement. Mister c*****d semblait bizarrement encore plus renfrogné. - C'est bon t'as finie, tu vas pouvoir nous laisser ? grogna-t-il. Qu'est-ce qu'il avait encore celui-là. - Aller vient Elana, laissons l'oncle c*n et grognon travailler, pouffa Noa en me tirant par le bras pour remonter en haut. Les autres à part le principal concernés, éclatèrent de rire à l'entente de cette phrase lancée à l'intention de leur alpha. Oups, en effet, toujours penser que les loups garous ont une ouïe très développée et qu'il faudrait être discrète à partir de maintenant.
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