Ryan.
La chambre est plongée dans une pénombre bleutée, seulement rompue par la respiration régulière d'Adeola. Elle s'est endormie contre moi, son front scellé à ma peau encore moite de notre étreinte. Ses cheveux, éparpillés en une soie sombre sur mon torse, exhalent un parfum entêtant de beurre de karité et de savon frais. Son bras repose sur mon ventre.
Je reste immobile, les muscles contractés, les yeux rivés sur le miroir du plafond. J'aimerais que son calme soit contagieux, que sa chaleur agisse comme un baume pour effacer les pensées . Mais le silence ne m'apporte aucune paix.
J'entends encore l'écho de ses gémissements étouffés à mes oreilles. Je sens toujours les frissons de ses soupirs quand j'étais en elle, quand son corps s'est enroulé dans au tour de moi, m'accueillant comme son propriétaire légitime.
Je lui ai menti.
Je l'ai serrée dans mes bras alors qu'elle me réclamait juste des réponses.
Garder des secrets n'a jamais été mon fort mais cette fois, il le faut. Au moins pour le moment.
Mes doigts effleurent ses tresses avec une lenteur comme si ce simple contact pouvait porter le poids d'un pardon que je n'ai pas encore mérité.
Elle mérite de savoir. Je le sais.
Mais que pensera-t-elle, une fois mon trouble exposé ?
Si je parle, je perds le contrôle. Sur ses pensées. Sur son regard. Sur la place que j'occupe encore dans son cœur.
Et cette idée me terrifie.
Je ne veux pas risquer qu'elle se méprenne sur mes intentions ou mes sentiments. Qu'un fantôme du passé viennent hanter nos nuits créant des disputes et des non-dits inutiles.
Ade pardonne difficilement encore moins lorsque cela touche à ses attentes ou ses sentiments. Alors je choisis le silence.
Les morts emportent leurs secrets , les vivants ne veulent que comprendre et apprendre à vivre avec.
Je préfère encore ses reproches ou qu'elle me boude que de risquer de la voir me regarder avec cette déception que je ne saurais pas supporter.
Je ferme doucement mes paupières. Elle bouge légèrement dans son sommeil, son souffle venant mourir contre ma gorge. Ma main resserre sa taille, une étreinte possessive, presque désespérée. Mon cœur se comprime dans ma cage thoracique.
Je l'aime à en avoir mal, et c'est précisément le fait de savoir ce amour réciproque que je ne veux ni fissurer ni perdre.
Le monde m'a déjà pris une part de moi alors je ne permettrai plus d'en perdre un autre.
J'ouvre les yeux et les baisses sur elle. Ses traits sont lisses , sa bouche entrouverte. Elle est belle. Je la serre un peu plus fort, cette promesse que je me suis fait à moi même me revient en mémoire :
« Celui de la protège, et de faire ce qui est possible ou non pour la garde juste près de moi »
Je dépose un b****r sur son front, une caresse légère, presque honteuse, avant de m'extraire avec précaution de la chaleur des draps. Je les remonte sur ses épaules nues, l'enveloppant pour la protéger de ma propre absence. Je saisis mon téléphone sur la table de nuit, l'écran m'aveuglant une seconde.
Un message rapide à mon secrétariat, puis je lance l'appel. Atlas décroche après deux sonneries, la voix ensablée de sommeil.
— Ouais... ?
— On va à Pretoria demain, lâché-je, la voix basse mais inflexible.
Un silence pesant s'étire. J'entends le froissement de papier à l'autre bout du fil, puis son souffle, long et dubitatif.
— Tu es sûr de toi, Ryan ? Aller là-bas maintenant... c'est remuer la cendre.
— Il me faut les idées claires, Atlas. Sinon je risque de planter un couteau à Amane si je le croise , juste pour le plaisir de le voir saigner
— D'accord.... d'accord, finit-il par lâcher avec une sorte de résignation protectrice. Dans quelques heures, alors.
— Oui. À toute.
Je repose le téléphone. Demain, je vais lui briser le cœur un peu plus , lui annonçant que je n'irai pas à Cape Town avec elle.
Il me faudra redoubler d'efforts pour apaiser sa colère ou pour étouffer sa déception qu'elle ne manquera pas d'exprimer.
Je m'allonge à nouveau au près d'elle. Elle bouge, cherche ma chaleur dans son sommeil et vient nicher sa tête au creux de mon épaule. Son corps nu près du mien. L'idée de faire des bêtises me traverse mais je me ressaisis.
La réveiller pour mes affaires serait un plaisir égoïste, et une trahison qu'elle ne manquera pas d'exprimer en maudissant pour commencer mes ancêtres avant de ne plus m'adresser la parole pendant une année entière.
Un sourire passe sur mes lèvres. Elle adore vraiment me punir avec la parole en même temps, je suis sensible à ses silences. C'est presqu'un traumatisme.
Je soupire. M'allongeant confortable pour espérer trouver le sommeil.
La lumière filtre à présent à travers les rideaux, une pâle caresse dorée qui s'invite sur le lit, dessinant une b***e tiède sur les draps.
Je n'ai pas pu dormir.
Mon bras repose toujours autour de sa taille. J'appréhende comme si je voulais la retenir, la clouer contre moi encore un peu.
Elle bouge , papillonne des paupières et se retourne lentement. Quand son regard croise le mien, j'ai presque envie de feindre le sommeil. Pour qu'elle ai l'impression de me réveiller mais c'est déjà trop tard.
— Tu es réveillé depuis quand ? chuchote-t-elle, la voix douce, encore alourdie de sommeil.
— Un moment, je souffle.
Un sourire se dessine sur ses lèvres , déclenchant également le mien. J'ai envie de l'embrasser mais je me retient. Elle par contre vient se blottir contre moi. Sa chaleur maligne m'envahit. Je ressens un peu plus mes bras autour d'elle.
— Ryan , murmure t'elle contre ma peau... on pourrait passer un peu de temps seuls après l'inauguration. Ça nous ferait du bien. Et pour dire vrai, tu me manques...je sais que ton travail est important mais...j'arrive plus a être compréhensif...sur le sujet. Ça devient douloureux....
Je la serre un peu plus fort comprenant ou elle veux en venir. Ma femme n'a toujours voulu que moi et rien de plus.
Je pose un b****r sur ses cheveux espérant pouvoir la réconforter.
Cape Town. Juste nous deux. Le sable, la mer de janvier . L'idée est belle. Déjà que nous n'avions pas fêté la nouvelle année à deux.
D'ici là , j'aurais déjà mis de l'ordre dans mes propre pensée. Et je pourrais m'excuser pour tous
_ D'accord...souffle je doucement en posant un léger b****r sur son frond.
Je la sens sourire contre ma peau. Je ferme les yeux un instant. Elle regarde vers l'avenir, et moi je me retourne vers le passé. Je sens déjà la trahison que mes mots vont provoquer. Mais je n'ai plus le luxe de me taire.
Je détourne le regard vers le plafond, comme si la réponse y était écrite.
Alors je tranche.
— Adeola... je ne pourrai pas venir avec toi demain...disons que je dois fai un détour avant.
Le silence s'écrase, brutal.
Je sens son corps se raidir contre le mien. Elle s'écarte légèrement et redresse ; mon cœur bat plus vite, je crois presque l'entendre cogner qu'elle l'entend . Son regard me reproche déjà ce que je n'ai pas encore expliqué.
— Ryan... tu avais promis.
Ses mots me traversent de part en part. Je ferme les yeux, me frotte le visage de mes deux paumes.
Oui. J'ai promis.
Je le sais.
Alors je sors ces phrases préparées, rationnelles, que j'ai polies toute la nuit dans ma tête :
— Et je suis désolé. Mais si je pars comme ça, avec des choses non réglées, je serai incapable d'être entièrement présent pour toi. Alors mon amour, s'il te plaît accorde moi ce surcis .
Elle soupire . Une part d'elle comprend. L'autre me juge déjà coupable.
Elle hoche doucement la tête avant de murmurer :
— Alors tu t'envas quand ?
Le choix de ses mots est horrible.
J'ai l'impression qu'elle retire, un à un, les fils invisibles qui la retiennent à moi .
Je tends la main, attrape les siennes, enroule mes doigts autour des siens. Un contact dérisoire, mais que j'espère pouvoir la calmer.
— Je ne vais pas au bout du monde...juste à Pretoria . J'ai juste quelques détails à régler, et je te rejoins. Et si tu m'attends, je te promets deux semaines de libre après l'inauguration. Juste nous.
Mensonge ou vérité ? C'est question que me pose son regarde.
Je baisse doucement le regard. C'est vraiment j'ai abusé légèrement de mes dernières réserves de pitié qu'elle m'accorde.
Je serre sa main, comme si ce geste pouvait suffire à me racheter. Pourtant, je sais déjà que lorsqu'elle la lâchera, elle restera avec ses doutes et moi avec mes secrets.
Et c'est exactement ce qui se produit.
Elle retire sa main la première, souffle un léger :
— Okay...
Puis elle se tourne, rabat la couverture, se lève.
Je la suis du regard. Elle attrape un peignoir posé au pied du lit, couvre son corps, et disparaît dans la salle de bain.
La porte se referme doucement. Je reste seul, dans cette chambre soudain trop grande, dans ce lit devenu étranger.
Je finis par me lever à mon tour, gagne le dressing et commence à faire ma valise comme si ce geste pouvait réparer quelque chose, comme si me voir préparer mes affaires pouvait la rassurer.
Mais lorsqu'elle revient, une serviette nouée autour du corps, son silence suffit à achever mes illusions.
Ma femme est m'en veux vraiment .