– Maudit bâtard ! dit encore le vieux. Lui aussi, comme l’autre, ne dispose que d’un petit nombre de mots, mais ce nombre lui a paru toujours bien supérieur à ses besoins. Et maintenant encore, la grande solitude où il s’est enfermé peu à peu, jour après jour, son ignorance ne saurait en mesurer la profondeur. Se peut-il qu’il soit malaisé de partager sa peine, ne fût-ce qu’une seconde, le temps de reprendre haleine ? Une parole devrait suffire peut-être, un geste. Quel geste ? Il lève naïvement et laisse retomber aussitôt ses poings énormes. L’enfant le regarde toujours. Alors il s’éloigne de quelques pas, les mains derrière le dos, puis s’approche de nouveau, tête basse. Toute sa colère est tombée, sa haine même se tait. La honte, rien que la honte, fait au fond de lui son petit bruit


