1 – Contact-1

3041 Mots
1 – Contact.Je m’éveille. En réalité, on m’a éveillé, car je n’y suis pour rien. Je sais que c’est l’heure de la relève mais décide de garder encore un instant les yeux fermés, m’isolant du monde alentour et marquant ainsi ma frustration pour mon rêve interrompu. La pression infime se reproduit sur mon avant-bras, puis une ombre verticale s’interpose entre mes yeux et la lumière, un peu au-delà de mes paupières closes. Dans le silence électronique s’est insinué un frôlement indistinct, alors que vient d’apparaître en contre-jour un visage nimbé de la lueur brûlante, aveuglante, du dehors. C’est Indra, attentive et douce. Au fond de ses yeux noirs s’épanouit cette forme particulière de tendresse qui émane d’elle, telle celle d’une mère veillant son enfant. Je ne l’ai jamais entendue élever le ton, quand bien même son sourire semble parfois bien plus énigmatique et chargé de mystères que véritablement spontané. — Debout, fainéant ! susurre-t-elle, faussement sarcastique, faisant mine de contredire ainsi l’amour universel que trahit son regard de madone orientale. Encadré de nattes d’un noir de jais, son visage mat sourit largement avant de s’écarter de mon champ de vision, me livrant d’un coup l’étrange perspective du dôme, hémisphère aux parois irisées sur fond de ciel gris-bleu à l’infini. Me vient une pensée stupide, celle d’être une perle enclose dans une huître géante et translucide. Moi, une perle ? Un parasite, plutôt, qui peine à se lever. Et cette huître où je suis enfermé de mon plein gré mériterait autant que moi le nom de parasite, si l’on poussait jusqu’au bout la comparaison. — OK, OK, je me lève… Me revient en une bouffée le contexte de ma présence sous le dôme scintillant. Indra s’est relevée, s’éloignant de quelques pas, me laissant le bref délai nécessaire à ce recalage intime : éveil des sens, des perceptions, de mes facultés mentales. Sa silhouette gracile se penche vers le module de contrôle d’atmosphère dont elle relève au passage les paramètres, à l’écran. Je la vois sourire. Je devine par conséquent que tout est clair : rien à signaler. Je bâille sans complexe et observe le ciel local au travers du FSFEC, ou Film Superfluide à Tension Superficielle Électro-Contrôlable, qui nous abrite à l’image d’une tente gonflable ou, disons, d’une bulle de savon, si l’on excepte la fragilité, qui n’est pas de mise sur ce film-là. — Quoi de neuf depuis cette nuit, Indra ? Comme elle, je sais que le mot « nuit » est inadapté à la situation, qu’il n’est qu’un raccourci pratique évitant une périphrase plus lourde. Mais c’est aussi l’extrapolation la plus logique de nos biorythmes intimes. Pour ceux-ci, l’issue de huit heures de sommeil, fût-il bio-assisté, ne peut se définir qu’en référence à la transition nuit/jour, aux sens terrestre et visuel du terme. Sauf qu’il serait difficile d’être plus éloignés de la Terre que nous le sommes, ici… Indra se retourne vers moi et m’adresse un nouveau sourire à sa façon. Cela dit, j’y décèle cette fois une composante inhabituelle, une sorte de crispation, sans doute inconsciente. — Quelques soucis du côté de l’anti-sniper, me lance Alan depuis sa propre console. Rien de critique. Nous attendions ton réveil, Indra et moi, pour t’en parler. Un brin alarmé, je me lève trop brusquement et jette un regard rapide alentour. Parmi les membres de l’équipe éveillés, je suis le seul expert en systèmes électroniques, avec Jasper Van Arpen, bien sûr. Mais lui dort encore, sur un matelas senso-isolant identique au mien, puisque c’est son tour de repos, et c’est donc à moi qu’échoit la prise en charge de tout incident de cette nature. J’en déduis que la panne – ou le défaut – est très récente, puisque Jasper n’a pas eu l’occasion d’y mettre le nez avant de bénéficier de sa propre pause de sommeil. — L’anti-sniper ? Et quels sont les symptômes ? Pourquoi ne m’a-t-on pas éveillé plus tôt ? Toujours baptisé anti-sniper par référence aux usages militaires de ce genre de dispositif à la fin du vingtième siècle, le trièdre de capteurs électro-optiques est notre meilleure protection ou, plus précisément, le regard le plus affûté qui soit face à toute forme d’intrusion étrangère. Associés aux capteurs sismiques disposés sous le socle du dôme et qui, par analogie, seraient nos oreilles, les trois bulbes gris perchés sur leur monopode sont nos yeux infaillibles, capables d’identifier tout objet en mouvement, à une portée proportionnelle à l’élévation de leur mâture télescopique. Dans son « champignon » supérieur est implanté un illuminateur laser tournant dont la fréquence de balayage a conduit à retenir cette architecture de trièdre optique synchronisé, pour assurer avec une redondance suffisante la protection d’un site sensible comme l’est le nôtre. — Rien de sérieux, à mon avis, assure Alan. En fait, le réseau fonctionne toujours sur toute la gamme. Je l’ai encore testé tout à l’heure sur la mire de signaux virtuels, et Indra a simulé une sortie en occultant son stick. Tout semble fonctionner sur ce plan-là. Et puis, nous n’avons rien vu bouger dehors. J’ai la nette impression qu’il s’agit d’une fausse alarme. Le stick est un clin d’œil, presque un gag que nous auraient imposé ses concepteurs. Pour Indra Rajaashanti, le port de la pastille rouge sang au milieu du front semble naturel mais pour tous les autres, il est une sorte de badge, de passe électronique. Constellée de micro-prismes, la surface de la pastille bi-autocollante renvoie le pinceau laser de l’illuminateur, ce qui permet de nous identifier lors d’une opération extérieure c’est-à-dire de toute entrée ou sortie du dôme, à l’instar des anciens codes-barres. Or tout semble fonctionner, malgré l’alarme intempestive. Lorsqu’Indra est sortie tester le dispositif en masquant son signe de reconnaissance frontal, le contrôle a aussitôt réagi à la vue de ses pupilles, à moins que ce ne soit à une autre surface géométrique de son corps ou de sa tenue. Je me surprends d’un coup à imaginer qu’à l’occasion, ce puisse être dû à la courbure objectivement excitante de ses seins hémisphériques, sous sa combinaison gris perle semi-réfléchissante. — En as-tu parlé à Jasper ? A-t-il déjà procédé à des tests poussés ? — Non, pas encore. Le premier incident date d’à peine trois heures ; et Jasper dormait déjà à ce moment. En son absence, je n’ai pas jugé utile de pousser plus avant les investigations. C’est Séréna qui a répondu, d’un ton traînant. Elle vient d’assurer ses huit heures de quart et terminera son service dès que j’aurai pris sa suite. La règle est que trois d’entre nous au moins assurent la veille, pendant que les deux autres peuvent s’accorder du repos sous une forme ou une autre. Séréna s’est couchée sans tarder sur le matelas senso-isolant, épuisée par l’inaction frustrante de la période de quarantaine imposée qui nous mine alors même que pour l’heure, ce monde apparaît assez peu excitant. D’entre nous, Séréna Sanchez est en effet la plus vive, et la plus bouillante, comparée à l’attitude résolument zen et imperturbable d’Indra. De ce fait, la mexicaine joviale et impulsive est aussi celle qui supporte le moins bien l’inactivité et l’attente exaspérante des dernières heures, aussi incontournable cela soit-il. Comme les autres, j’ai participé à la spécification de ce processus d’approche par étapes successives, prémisses à tout Contact. Moi et mes homologues techniciens en avons optimisé l’environnement technique, ainsi que les fonctionnalités minimales qu’il faudrait assurer lors de la première phase de la mission, baptisée « exploration statique » ; un bel euphémisme pour cette mise en quarantaine qui est en réalité la nôtre, plus que celle du monde qui nous entoure. Dans le même temps, Séréna, notre charmante ethnobiologiste, affinait la réflexion sur les processus biologiques à couvrir au sein d’un collège de biologistes et autres psychozoologues. Ce sont eux qui ont imposé la règle selon laquelle un premier contact avec un monde inconnu doive, impérativement, débuter par une quarantaine médicale et tactique. Quarantaine que je persiste à voir comme un piège, sans doute à cause du parallèle avec l’huître se refermant au moindre contact avec l’extérieur ou, plus sérieusement, du risque non nul d’y jouer le rôle d’appât – ce qui ne peut être tout à fait exclu malgré le dôme protecteur, même si tout cela s’inscrit au sein d’un processus global visant à provoquer et à favoriser la communication. Ceci dit, j’en accepte la logique. Sinon je ne serais pas ici, en première ligne. Et pour avoir négligé ces précautions minimales d’approche, certains de nos prédécesseurs, ailleurs, ont gaspillé beaucoup d’énergie et de temps ; certains y ont même laissé la vie. Tout le monde a gardé en mémoire la catastrophe des deux vaisseaux perdus sur l’un de ces mondes soi-disant prometteurs, IF 837, où tout paraissait envisageable. Personne n’a pris la peine de le rebaptiser, et la planète reste à ce jour classée non-visitable. C’est-à-dire qu’un visiteur éventuel, s’il avait par hasard les moyens de s’y rendre, ne pourrait le faire qu’à ses risques et périls. Jasper pourrait nous en parler, il est en effet le fils d’un certain Lukas Van Arpen, commandant du vaisseau d’exploration Georges Cuvier qui s’est écrasé au décollage sur IF 837, il y a presque dix ans, quelques jours à peine avant que l’y rejoigne son sister-ship, le Charles Darwin, dans des circonstances similaires. Bilan de l’opération IF 837 : deux cents morts environ dans les rangs des Koalas et des Pandas, sans oublier les pertes matérielles. Depuis lors, les procédures d’approche d’un monde étranger, quel qu’il soit, ont changé du tout au tout, de même que la philosophie pour aborder le Vivant, sous les diverses formes qu’il sait parfois adopter. Une leçon d’humilité apprise à la dure, avec des pertes inacceptables qui ont d’ailleurs coûté son poste et sa renommée à un certain Harod Washburn, qui fut le « pape » de la politique de recherche systématique des andromorphes, celle qui était appliquée avant que survienne ce double drame. Cette leçon sévère s’est traduite aussi par la mise au point puis la promulgation de l’Éthique du Contact, une charte qui prévaut désormais sur toute autre règle d’approche, pour la mission qui est la nôtre aujourd’hui. Depuis lors en effet, même sur ce monde présumé exclusivement minéral, deux membres de l’équipe dite de « premier Contact » – la moitié des effectifs – sont des experts du Contact avec le Vivant ; à savoir Indra Rajaashanti, et Séréna Sanchez, respectivement zoologue et éthologue / ethnobiologiste. Deux autres, Jasper et moi, sommes en quelque sorte leur soutien logistique et leurs gardes du corps en cas de coup dur, experts en info-systèmes, électronique, sécurité, etc. Ne reste plus qu’Alan en personne pour représenter en propre ce qui est censé justifier notre visite sur ce monde désolé. Il est vrai qu’Alan n’en est pas moins le chef de mission et qu’un unique géologue sur place suffira pour superviser les processus de prélèvement d’échantillons minéraux, entièrement robotisés ; dans l’absolu, on pourrait même se passer sans problème d’un géologue humain. À l’opposé, fussent-ils très hypothétiques, les risques – ou faut-il dire la chance ? – d’un Contact avec un être vivant exigeraient bien plus de finesse d’analyse et de capacité d’improvisation, malgré le poids des consignes, s’ajoutant à celui de l’Éthique du Contact. Je m’approche de la console centrale et me penche sur l’écran, par-dessus l’épaule d’Indra. Elle a appelé une boucle de tests affichant les paramètres d’évaluation d’un éventuel ennui de maintenance. Alan avait raison : tous les tests fonctionnels sont OK, nos « yeux » extérieurs sont donc toujours aptes à surveiller à notre place les alentours du dôme. Je n’ai pas peur. Et je maîtrise suffisamment l’ensemble des processus de sécurité du dôme (Approche tridi, Étanchéité, Intrusion/macro, Diffusion/micro, Radiations et autres flux, etc.), pour ne pas céder d’emblée à la panique du débutant, dès l’apparition d’un défaut sans doute mineur, et sans doute dû au système de contrôle lui-même. Je m’accorde même le plaisir ineffable d’un petit-déjeuner, aussi frugal soit-il, avant d’investiguer plus avant sur ma propre console. Séréna s’est enfin couchée, rassurée que je n’aie émis nul verdict alarmiste à l’encontre de mes machines. Je saisis dans le container réfrigéré une pleine poignée de barres de céréales hypervitaminées, me lève et, avec dans l’autre main un gobelet de café/poudre, m’approche de la paroi sphérique du FSFEC. De l’autre côté, dehors, la végétation est inexistante, à tel point que le panorama apparaît un brin frustrant, inconvénient dû au fait d’avoir présélectionné ce site d’atterrissage sur bien d’autres critères que ses seules qualités touristiques intrinsèques. Pour tout dire, c’est moi qui ai suggéré qu’un plateau rocheux nu serait l’endroit idéal sur le plan tactique, pour voir loin, mais aussi éviter de se faire surprendre par dessous. Un jour, il y a bien longtemps de ça, sur Terre, alors que je n’étais qu’étudiant, j’avais naïvement demandé ce que nous pourrions craindre venant du sol, sur une planète étrangère. Quelqu’un m’avait ri au nez et demandé si je n’avais jamais lu Dune de Frank Herbert, ni entendu parler du ver des sables. Paraît-il – c’est ce que disent nos spécialistes du Vivant – qu’une planète où la vie serait exclusivement souterraine n’est pas plus idiot que l’autre formule, plus commune chez la plupart des êtres vivants, consistant à s’exposer à la lumière solaire et autres formes de rayonnements extérieurs parfois néfastes. Et, si l’on y réfléchit à deux fois, nous aussi, sur Terre, en plus de nos habitats souterrains, métros, etc., nous avons nos vers de terre, nos serpents des sables et autres taupes fouisseuses… CQFD ? La nature a parfois besoin d’un toit, d’un écran physique entre elle et le ciel. À dix mètres au-delà de la paroi invisible est posté le chariot-robot de l’anti-sniper numéro 2 avec son bulbe hissé jusqu’à huit mètres du sol. Je me souviens que les premières versions des veilleurs électro-optiques ne savaient rien détecter d’autre qu’un rayon de courbure sphérique. Or celuici sait réagir à toute courbure régulière ou point d’inflexion suspect, c’est-à-dire trop parfait pour une dimension représentative de processus physiques « purement » naturels. De même, la gamme de mouvements pris en considération s’est étendue quant à son spectre de vitesses mesurables, grâce à un balayage électronique à haute fréquence : une balle de fusil en rapprochement serait scannée en vol, puis traitée avant même qu’elle ne vienne ricocher sur le film FSFEC, ce qui donne une idée des performances du trièdre de mouchards électroniques qui assiste dans sa tâche notre « garde du corps » le plus efficace ; je veux parler du dôme par lui-même. La barre céréalière me laisse en bouche un goût acidulé, que le café trop clair parvient à peine à diluer, effet imparable de sa forte concentration en bioéléments nutritifs, en vitamines et en protéines, ainsi qu’à l’absence d’excipients en phase solide (ceci dans le but de limiter au strict minimum les déchets et le bol alimentaire). À l’exception du casque FSFEC, version réduite du dôme que nous pouvons ajuster en moins de dix secondes en cas d’alerte ou d’invasion biochimique, nous portons en permanence la combi autonome dans ce but précis ; s’assurer une autonomie d’environ dix jours sur le plan « bio », moyennant le retraitement des déchets liquides. Or ceci présuppose que pendant les dix jours de quarantaine, notre alimentation soit adaptée à cela, comme si nous étions isolés en plein espace. J’appuie ma paume contre la paroi viscoélastique qui, m’identifiant, me laisse la pénétrer en douceur, comme ferait une bulle de savon. Différence capitale, et qui en fait tout l’intérêt : la tension superficielle est ajustable en temps réel ou peu s’en faut. Celle-ci peut être activée par tout contact direct avec la face externe du dôme, par un signal provenant des senseurs sismiques ou via le trièdre d’anti-snipers omnidirectionnels qui l’entoure. Je lève les yeux vers le ciel gris-bleu qui prévaut ici, irisé par un léger reflet interne ; à nouveau cet effet « bulle de savon » qui force la comparaison entre le dôme et l’intérieur d’une huître, apposant une touche de poésie à son hypertechnicité formelle. Je sais par exemple qu’en termes de volume, la structure hémisphérique qui nous protège pèse moins d’une dizaine de l****s de fluide, si l’on en exclut la réserve de cent l****s autorisant ses extensions viscoélastiques jusqu’à l’infini, ou presque. C’est sans doute la barrière polyvalente la plus légère qui puisse se concevoir, alors même qu’elle assure à ses occupants une relative immunité mécanique et biochimique, dans un volume avoisinant les cent trente mètres cubes. À lui seul, son extraordinaire potentiel de déformation élastique réversible lui a valu le surnom en forme de clin d’œil de gant latex. Une propriété que je teste de ma paume gauche, sur une profondeur d’une vingtaine de centimètres, comme on frapperait du poing un mur de béton afin d’en tester la résistance. Une simple manie, presque un atavisme, comme de shooter dans un pneu ! Le mot structure ne convient donc pas vraiment pour qualifier un dôme maintenu en place par sa légère surpression interne de 30 millibar, celle-ci déterminant sa forme de montgolfière transparente et hémisphérique. Du moins est-ce vrai au repos, sans sollicitation mécanique, tel ce vent permanent qui balaye la plaine nue, là-dehors, et déforme de façon infime sa bulle, sur l’une de ses faces. Cette surpression légère assure la fonction de barrière antivirale pour ses occupants mais aussi, de façon symétrique, au profit du milieu extérieur baptisé ZC 789, que nous devrons évaluer durant cette quarantaine. Avec ses huit mètres de diamètre, le dôme est donc tout à la fois logement isolé, observatoire, laboratoire et promontoire avancé, en même temps qu’une structure provisoire. Une autre caractéristique du dôme – que chacun de nous espère n’avoir jamais à expérimenter durant cette mission – est son aptitude à constituer un écran de sécurité, quasi analogue dans son principe aux premiers blindages actifs du vingtième siècle. Bien qu’il soit aussi fin qu’une bulle de savon, le film fluide maintenu en tension est en effet infiniment viscoélastique et offre en contrepartie des propriétés diélectriques révolutionnaires. De fait, ce dôme est polarisé, via un générateur à très haute tension. Sa tension de claquage est quasi infinie vis-àvis de son épaisseur de quelques microns, atteignant 15000 kilovolts par centimètre en valeur instantanée, sur une durée limitée de l’ordre d’une seconde. Le principe est simple : au moindre signal d’alerte, que celui-ci soit manuel, induit par un Contact externe non-identifié ou commandé par l’un des senseurs extérieurs électro-optiques ou sismiques, le générateur THT envoie une impulsion de tension qui adapte instantanément la raideur locale du dôme dans des proportions phénoménales, transformant sans délai le film viscoélastique en barrière infranchissable, d’une élasticité résiduelle variable en fonction de l’effort mécanique exercé. Dans ces conditions, comme je l’ai dit, une balle de gros calibre tirée à bout portant (disons : à 1000 mètres/seconde), serait freinée et arrêtée par le film sur une distance de moins de cinq centimètres. Le problème est que cette fonction repose avant tout sur la vigilance du trièdre anti-sniper ; or s’il donne déjà des signes de faiblesse, moins de deux jours après notre arrivée sur place, c’est tout l’édifice protecteur qui s’écroule, et la sécurité de la mission qui se trouve remise en cause. Affolé par cette conclusion pessimiste qui s’impose à moi, alors que je me remémore les caractéristiques de notre environnement si froidement géométrique, je me suis retourné vers Alan et Indra. — Avez-vous prévenu quiconque, là-haut, que le trièdre n’est plus sûr à cent pour cent ? Prévenu ? Vu les contraintes de discrétion que nous nous imposons pour l’instant, le filtrage est serré, et nos liaisons limitées à l’essentiel. Pour garantir cet objectif, toute l’électronique du dôme est câblée en technologie optique, limitant la signature électromagnétique ou radar, et parant ainsi au risque de perturbations dans le spectre de travail de nos réseaux, pour le cas où celle-ci viendrait, par exemple, interférer avec le mode de communication d’une Conscience locale. Il faut tout prévoir, pour être à la hauteur de ses ambitions ! — Ils le savent, Rico, ils disposent de recopies des synthèses d’écran. C’est d’abord Walter qui a appelé, pour me demander ce que j’en pensais. Sur le plan de la sécurité pure, je suis comme lui, un peu gêné aux entournures. Cela étant, dehors, rien ne bouge, du moins pour l’instant, et mes prélèvements minéraux tournent eux aussi sans le moindre pépin. Sur les conseils du patron, je n’avais donc pas jugé utile de t’éveiller avant terme, ni toi, ni Jasper.
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