Le silence pesait dans la pièce, un silence si épais qu’il semblait presque tangible. Samuel, assis sur le bord de son lit, fixait le livre posé sur la table. Il l’avait laissé fermé avant de se coucher, et pourtant, ce matin, il était ouvert à une nouvelle page.
Ses yeux parcoururent la phrase écrite à l’encre sombre :
"Tu as fait le premier pas. Es-tu prêt à voir ce que les autres ignorent ?"
Son souffle se bloqua un instant. Il se frotta les tempes, tentant de dissiper la brume de fatigue qui voilait son esprit. Il n’avait laissé aucune fenêtre ouverte, aucune brise ne pouvait avoir feuilleté ce livre. Et même si cela avait été le cas, comment expliquer que la phrase inscrite avait changé ?
Son cœur battait trop vite. Il se leva brusquement et se dirigea vers la salle de bain. L’eau glacée qu’il fit couler sur son visage n’apaisa pas l’angoisse sourde qui s’accrochait à lui. Dans le miroir, son reflet lui renvoya une image familière, mais fatiguée, marquée par une nuit agitée.
Il se souvenait de ses rêves. Des ombres, des voix, un murmure insistant qui l’appelait par son prénom. C’était absurde, mais il n’arrivait pas à s’en défaire.
Il retourna dans la chambre, s’approcha du livre et le referma doucement, comme s’il craignait qu’il ne s’ouvre de lui-même. Il devait savoir. Il devait comprendre d’où il venait, pourquoi il l’avait trouvé dans cette librairie et surtout… pourquoi cette dernière lui paraissait maintenant irréelle.
Il s’habilla rapidement et sortit dans la fraîcheur du matin. La ville était encore engourdie par l’aube, les rues silencieuses à peine troublées par quelques passants pressés. Samuel marcha d’un pas rapide jusqu’à la ruelle où se trouvait la librairie.
Lorsqu’il arriva devant l’entrée, il s’arrêta net.
La boutique était fermée.
La poussière sur la vitrine était plus épaisse que la veille, comme si personne n’y avait mis les pieds depuis des années. L’enseigne, à peine lisible sous la crasse, paraissait plus effacée encore. Il tira sur la poignée, mais la porte resta fermée, immobile, figée dans le temps.
Ses doigts glissèrent lentement sur le bois rugueux. Il jeta un regard autour de lui, cherchant un indice, une trace de vie, mais il n’y avait rien.
Un frisson le parcourut. Il était venu ici, il en était certain. Il avait parlé à ce vieillard, il avait pris ce livre. Alors pourquoi cette impression que tout cela n’était qu’un mirage, un souvenir flou d’un rêve trop réel ?
Il recula lentement, le souffle court. Il fallait qu’il vérifie autre chose.
Il se rendit dans un cybercafé et s’installa devant un ordinateur. Il tapa le nom de la librairie dans la barre de recherche. Aucune mention. Il essaya avec d’autres mots-clés : librairies anciennes, boutiques de livres rares, mais aucun résultat ne correspondait à ce qu’il cherchait.
Cela n’avait aucun sens.
Il referma l’onglet et passa une main tremblante sur son visage. Il aurait pu croire à une hallucination, si ce n’était pour le livre qu’il possédait toujours. Il était bien réel, il pouvait le toucher, le sentir sous ses doigts.
Il rentra chez lui en marchant plus lentement, perdu dans ses pensées.
Lorsqu’il ouvrit la porte de son appartement, la première chose qu’il remarqua fut l’atmosphère différente. Comme si l’air était plus épais, plus chargé. Une odeur indéfinissable flottait, à mi-chemin entre le papier ancien et quelque chose de plus… métallique.
Le livre était toujours sur la table. Mais quelque chose avait changé.
Il est à nouveau encore ouvert.
Les battements de son cœur s’accélérèrent. Il s’approcha avec précaution et posa les yeux sur la page exposée.
"Les réponses ne se trouvent pas dans les livres. Elles sont écrites dans les âmes."
Samuel sentit une sueur froide lui couler dans le dos.
Il referma le livre d’un geste brusque et recula. Cette fois, il était certain de ne pas l’avoir laissé ouvert.
L’idée que quelque chose d’invisible agissait autour de lui le terrifiait.
Il fallait qu’il sache ce que signifiaient ces phrases, et surtout… qui les écrivait.
À suivre...