Pdv Externe
Nadia regarda son père impuissant ne sachant pas quoi faire , elle la regarda intensément pour pouvoir ne serait ce percevoir une quelconque émotions de sa part mais rien . Son père fixait le vide, le regard ailleurs il semblait réellement en avoir fini avec cette discussion .
Nadia se décida alors à sortir de sa chambre sans ne pouvoir piper mot. Il est de coutume dans les familles sénégalaises de pratiquer le fameux « mougne » , la femme doit en quelque sorte être soumise que cela soit envers son mari, sa famille ou sa belle famille , elle n'a point le droit à la parole . Juste écouter et abdiquer . Leurs avis ? Il ne compte guère . Et si par mégarde une femme osait répondre à son aîné, elle était tout de suite taxée d'impolie , de dévergondée , de sans valeur .
Dans cette société où règne l'homme la femme a une place bien délimitée que beaucoup n'osent franchir.
Une fille célibataire est sous la responsabilité de ses parents qui sont ses tuteurs . Les parents décident tout pour leur enfant. Peu importe le domaine en question, l'enfant n'a point son mot dire , il ne peut qu'acquiescer.
Nadia sorta enfin de cette chambre qui jadis lui procurait bien du bonheur mais aujourd'hui s'y à l'origine de tout ses malheurs.
Elle tituba et marcha en direction de sa chambre, cette fois ci elle promis de pas pleurer. Cela en était assez , elle n'avait pas à supporter tout cela .
Mélancolie, déception , tristesse , détresse , autant de sentiments à la fois venaient subjuguer son pauvre petit cœur qui était déjà dans sal état .
Une fois dans sa chambre elle tomba sur Maguette qui faisait les cents pas dans sa chambre, signe de stress.
Les deux cousines se regardèrent dans le blanc des yeux et Maguette compris tout de suite qu'il s'agissait encore d'une mauvaise nouvelle.
Elle se mis alors à réfléchir à toutes les éventualités possibles, mais ne savait vraiment pas ce que son père avait encore pu lui dire comme bêtise .
Nadia regarda sa tendre jumelle d'un air bien triste . Elle se demandait se ce qu'elle allait bien pouvoir faire ,car il est évident que son départ est imminent . Elle n'avait guère le choix si elle pouvait c'est sûr qu'elle serait restée au village . Il est vrai que les conditions de vie sont plus ou moins précaires mais cela lui suffisait et elle vivait avec sa famille. Pour elle , c'était le plus important .
Dakar , la capitale , pour Nadia aller en ville était un rêve , le début de son voyage vers le but qu'elle s'était fixée, être diplomate. Mais même dans ses rêves les plus fous elle n'avais jamais songé y aller dans ses conditions .
Bien que la ville soit plus avantageux pour trouver un travail rentable ,cela ne demeure pas moins difficile . La plupart des jeunes qui partaient vers la capitale en quête de travail finissait à la rue et n'eurent d'autres choix que de se mettre à piller, agresser pour pouvoir survivre . Les plus chanceux qui avaient pu trouver du travail, effectuaient la basse besogne et était payé à un prix bien bas en comparaison du travail fourni .
Les richesses de ce monde sont distribués de manière bien inégales et cela est encore plus vrai pour Dakar.
Les enfants de haut cadres bénéficiaient de grandes écoles pour suivre leur formation et n'avaient aucun problème pour du travail .
Même sans qualification ni diplôme , un enfant avec des parents influents trouvait facilement un bon travail. Alors que les enfants du peuple se ruent à la tâche pour terminer leurs études et après finir au chômage ou à faire de petits commerces .
Nadia était bien consciente de tout cela mais que pouvait elle bien y faire ? Son père avait déjà pris sa décision , elle n'avait point droit de s'y opposer.
Maguette avança jusqu'au niveau de sa cousine et la fit s'asseoir .
- Nadia ?
- Il m'a dit de préparer mes affaires je vais à Dakar demain pour chercher du travail .
- Qu....Quoi? Comment ça ?
-.....
- je ne sais même pas quoi te dire au fait je ....
Maguette ne parvenait plus à contrôler ses larmes . Sa cousine , sa jumelle adorée avec laquelle elle a passée de toute son enfance allait à quitter brusquement et elle ne savait même pas si elle allait pouvoir la revoir un jour .
Cela était de trop pour elle , il n'avait pas le droit , ce n'était pas à lui de décider .
Nadia quant à elle était toujours plongée dans ses pensées en essayant de convaincre que demain elle irait bel et bien à Dakar .
Maguette, pris Nadia dans ses bars pour la réconforter alors qu'elle avait aussi mal qu'elle .
Sans un mot , elle lui caressait le dos .
- ne t'inquiète pas Nadia quoi qu'il arrive je serai toujours là pour toi , jamais je ne t'abandonnerai , tu pourras compter sur moi quoi qu'il arrive et puis même si ça me fou la haine de te savoir loin de moi , ce n'est peut être pas une si mauvaise chose pour toi . Tu vas pouvoir voir ta mère et être avec elle, avec un peu de chance tu trouveras un travail , qui sait .
A cette pensée Nadia se rappela de sa mère et un énorme sourire vint se tracer sur sa petite bouche innocente .
- mais pourquoi tu souris ?
- tu as raison Maguette je vais pouvoir voir ma mère et rien que pour ça je veux bien aller à Dakar
- tu vois que le bonheur se trouve dans le malheur , je sais à quel point elle te manque . Mais moi c'est surtout toi qui va me manquer. Donc on aura plus à partager la chambre , je vais me sentir vraiment seule quand je vais me lever et ne pas voir ta petite bouillie , on a toujours été ensemble depuis notre tendre enfance .
- je ressens la même chose tu peux pas imaginer , mais nagn mougne rek ( supportons ) un jour tout sera fini , je vais faire de mon mieux pour trouver un téléphone comme ça on pourra garder contact .
- c'est une bonne idée ,cela va me rassurer sax
On aurait dit qu'il ne s'agissait plus de la même Nadia perdue et troublée par son voyage à Dakar, elle était devenue si euphorique à l'idée de revoir sa mère qu'elle en était devenue euphorique .
Elle était prête à affronter tous les défis de la vie si sa mère était là pour veiller sur elle , même si elle ne reconnais plus personne Nadia ne perd pas espoir qu'un jour sa mère retrouve la raison .
Les deux cousines passèrent la nuit à se remémorer de leur temps passé ensemble, leur fou rire ensemble , leur peine ensemble , elles étaient devenues si fusionnel avec le temps qu'elles ne s'imaginaient pas un seul instant pourvoir être séparé un jour . Pour eux c'était juste un au revoir , pas un adieu .
Nadia se mit à faire sa valise avant de se coucher, il faut dire qu'elle n'avait pas vraiment beaucoup d'habits.
- quoi c'est tout ? Juste ce petit sac ?
- tu sais bien que je n'ai pas beaucoup d'habits et puis ça risque de m'alourdir
Maguette ne l'écouta même pas et ouvra son armoire pour y sortir des habites qui étaient à peu près de la taille de Nadia et les mis dans son sac.
- mais arrête c'est bon là, je vais pas tous les porter et puis ta mère va encore me gronder si elle venait à l'apprendre .
- j'ai trop d'habits jamais elle ne le remarquera et puis tu dois bien t'habiller tu vas quand même à la capitale
- hum...
- Wa Nadia?
- oui?
- khana aujourd'hui nak tu vas me dire ce qui s'est passé entre toi et Mohamed ces derniers mois
- de quoi ?
- tu me prends pour une idiote ?
- euh non
- depuis quand tu es devenue aussi cachotière ?
-c'est pas ça mais il ne s'est rien passé arrête de forcer .
- Wa bahna jusqu'à preuve du contraire tu ne me dis pas tout
- c'est dans ta tête je te dis
Nadia avait au cours de la conversation détourné son regard pour tenter que Maguette ne remarque pas qu'elle était mal à l'aise sinon elle lui aurait encore bombardée de question comme d'habitude rien n'échappe à Maguette .
Nadia se sentit soulagée qu'elle est lâchée le morceau mais elle pensa soudain au fait qu'elle ne pourrait plus voir Mohamed .
Sans qu'elle ne sache pourquoi en y pensant son cœur se serra , elle ne pouvait même plus lui dire qu'elle partait , ce serait trop demandé.
Nadia essaya tant bien que mal de piétiner son cœur sachant que ce à quoi elle pensait était totalement impossible .
- Wa Nadia ?
- quoi encore ?
-ah fait doucement non?
-Wa parle
- quand tu seras là bas fais attention aux hommes on ne sait jamais
- Maguette c'est quoi ces bêtises encore tu sais bien que ce genre de choses ne m'intéressent guère
- ah on ne sait jamais dal en tout fais attention à toi j'ai entendu dire que les garçons de Dakar aimaient particulièrement les filles aux grosses fesses et tu as vu ce que tu trimballes là bahna
- Maguette quand est ce que tu vas arrêter
- je t'aurais prévenu
(....)
Nadia se leva très tôt , elle avait menti à Maguette concernant l'heure de son départ, elle se doutait que sa cousine voudrait à tout pris l'accompagner et lui dire au revoir .
Mais les séparations n'étaient pas vraiment son fort , elle préférait ne pas avoir une dernière image d'elle en train de pleurer , non elle préférait se garder son beau sourire en tête .
A pas de voleur , elle sorta discrètement de la chambre faisant attention à ne pas faire le moindre bruit au risque de réveiller Maguette .
Elle sortit mais il n'y avait personne dans le couloir , son père devait ne pas être encore prêt s'est elle dit .
Ne pouvant pas aller toquer à sa chambre par peur de le réveiller si jamais il dormait elle s'assied sur le sol .
Sa tante n'était même pas venu lui dire au revoir .
Nadia se disait qu'elle devait être bien content ,au moins elle n'aurais plus à voir sa sale face comme elle aimait le lui rappeler .
Au moins son départ profitera à quelqu'un .
Malgré tout la petite Nadia si douce et naïve n'avait aucune rancoeur envers sa tante malgré tout ce qu'elle avait pu lui faire subir comme méchanceté elle ne lui en a jamais voulu.
Elle aurait voulu qu'elles aient une relation normale , pourtant elle la considérait comme sa mère mais tout ne peux pas être comme on le souhaite dans la vie .
Le grincement de la vieille porte de la chambre de son père la ramena à la réalité.
- allons-y lui lança son père
Même pas de salutation s'est elle dit ? Ce n'est pas nouveau que son père la traite ainsi mais il est m******n il pourrait au moins la saluer , ce n'est pas trop demandé , si?
Nadia la regarda en se demandant ce qu'elle avait bien plus lui faire pour devenir aussi insignifiante à ses yeux ,elle avait beau essayer de se souvenir mais c'était en vain . Elle ne trouvait rien, mais alors pourquoi ce comportement ? Depuis l'accident de sa mère son père était tout à coup devenu distant, il ne supportait plus sa vue. Du jour au lendemain il s'est métamorphosé sans que nul ne sache pourquoi .
Nadia se leva du haut de ses 1m65 et lui dit un Salam Aleykoum. Vu qu'il ne le faisait , elle allait le faire s'est elle dit .
Il lui répondît d'une voix presque inaudible mais c'était mieux que rien pour elle , cela lui suffisait .
Nadia sortit de la maison et se retourna une dernière fois pour bien contempler la maison qui l'a vu naître , grandir , rire , pleurer . Cette maison qu'elle allait devoir quitter aujourd'hui, tout cela allait bien lui manquer mais c'était sa destinée elle ne pouvait faire autrement elle se consola en se rappelant sa mère bien aimée et se mis en route .
En route vers Dakar , une destination inconnue pour elle , qu'allait elle bien pouvoir trouver la bas ? Elle ne le savait point
Son cerveau de jeune fille était loin de se douter que ce voyage allait déclencher la suite d'une série de malheur auxquels elle ne pouvait échapper ....