L’oiseau et les chars Véronique Bergen Le visage ruisselant de sueur, la moiteur et la peur chevillées au corps, embusqué derrière un énorme pilier couvert d’un sang séculaire, l’homme ajustait son arme, le geste peu sûr, les paupières lourdes. La fureur et la faim en lui s’épousaient, et tandis que l’une prenait la main de l’autre, le décor tournoyait, devenait cette peinture dont il avait un jour vu la reproduction dans un livre, cette arche fonçant dans la nuit, secouée par le vent d’une histoire folle, cette arche sur le mât de laquelle était crucifiée une oie alors que l’équipage trompait la mort en s’adonnant aux derniers plaisirs… Levant les yeux, il fut aveuglé par une salve de lumière et dut se résoudre à les plisser en forme de croissant, en forme de larmes. Il se dit que le to


