2. La fille amoureuse

1309 Mots
Yves se trouvait dans le pétrin. Célia semblait lui poser mille et une question, avec son air dérouté, tandis que Lilly continuait de le serrer comme si elle n'existait pas. - Pardon, démarra Célia, on peut savoir qui tu es ? - Ah j'oubliais, fit Lilly en lui tendant la main. Je suis Lilly, l'amour de sa vie. Yves eut l'impression qu'une enclume lui était tombé dessus. Célia fut paralysée, incapable de serrer la main de Lilly lorsque celle-ci entra en contact avec la sienne. - Et toi, tu es qui au juste ? pépia celle qui venait d'arriver. - Je me le demande aussi, marmonna-t-elle avant de s'en aller hâtivement. Yves voulut la suivre, mais il constata qu'on le tenait fermement. - Lâche-moi Lilly ! brailla-t-il. Et puis j'aimerais savoir ce que tu fais dans ce campus ? - Je m'y suis faite transférer lorsque j'ai su que tu étais là. J'avais trop envie de te revoir. Je ne peux pas vivre sans toi ! - Arrête ; tu sais très bien que je ne t'ai jamais aimée. Il faut que j'aille retrouver Célia ! - C'est qui encore Célia ? persifla-t-elle. - Ma petite amie, celle que tu viens de faire fuir ! - Non Yves, la seule et unique personne pour qui tu as des sentiments, c'est moi. Elle approcha ses lèvres de sa joue... « Je t'ai dit de me lâcher ! » s'écria-t-il en la repoussant avant de l'abandonner. Lilly le prit très mal et serra les dents en le fixant. En train de payer une boisson, Célia sentit toutefois Yves arriver derrière elle. - Célia, écoute ce que j'ai à te dire : à propos de... - Non ! s'exclama-t-elle, en se fichant du monde qu'il y avait autour d'eux. Je ne veux rien entendre ! Rien de rien ! - Célia... - Tu n'es qu'un menteur Yves : tu m'as dit lors de notre premier rendez-vous que tu n'étais jamais tombé amoureux. Tu m'as fait croire tout ce temps que j'étais la seule que tu étais sûr d'aimer ; mais ce n'étaient que des mensonges ! - Arrête de crier et laisse-moi t'expliquer... - Cette fille, elle s'est présentée comme étant l'amour de ta vie ; tu vas insinuer que tu ne l'as jamais vue ? Que c'est quelqu'un qui raconte n'importe quoi juste pour le plaisir ? - Non, mais... - Je ne m'attendais pas à ça de ta part Yves ! Tu joues les gentlemen alors qu'en réalité, tu n'es pas différent de tous ces types qui s'amusent avec les sentiments des autres ! J'ai eu raison de me dire que je n'étais qu'une idiote lorsque j'ai décidé de t'accorder une seconde chance ! Peut-être que la seule chose que tu attends de moi c'est que je puisse... « m'ouvrir à toi », comme Corinne... - J'en ai assez Célia ! aboya Yves sur-le-champ, effrayant son interlocutrice et ceux qui étaient aux alentours. J'en ai marre que ce soit toujours toi qui aies la parole ! Tu n'veux jamais m'écouter ! C'est toujours toi la plus malheureuse de nous deux, toi qui souffre le plus ! Je suis fatigué de tes crises de petites gamines capricieuses et tu sais quoi, tu viendras me voir quand tu seras prête à m'entendre ! Célia, qui tremblotait déjà pendant qu'il parlait, ne sut rien faire d'autre que de verser des petites larmes quand il la quitta. Aux environs de dix-huit heures, Yves marchait dans les couloirs du bâtiment des garçons, ne tenant presque plus debout car la journée avait été éprouvante, surtout à cause de la tension entre lui et Célia. Ils ne s'étaient pas reparlé jusqu'à l'heure actuelle et la fin des cours le réjouissait quelque peu : il pensait pouvoir se reposer entièrement ; mais il se rendit compte, à quelques pas de sa chambre, que l'accalmie n'était pas prête d'arriver : Lilly l'attendait au pas de la porte. - Tu ne m'as pas compris apparemment Lilly ? dit-il, exaspéré. Je ne veux plus te voir ! - Mais moi je suis venue pour toi Yves, répliqua-t-elle en se rapprochant de lui. Je ne peux pas t'oublier et je suis convaincue que toi aussi tu me regrettes souvent. - Désolé, mais ce n'est pas le cas ; je me suis toujours dit que ça était une erreur de sortir avec toi. Il s'écarta d'elle et elle resta bouche bée. - Mais... Mais... Moi je t'aime ; bégaya-t-elle. - Tu m'aimes ? répéta Yves avec un rire nerveux. Je crois que tu ignores le sens de ce mot car ce que tu as fait ne ressemble en rien à de l'amour ; tu as essayé de me forcer à passer à l'acte avec toi par de nombreuses façons différentes. Je n'oublierai jamais les messages étranges que tu n'as cessé de m'envoyer lorsque j'ai fini par rompre avec toi et encore moins ces photos de toi... Je préfère ne pas m'en souvenir. - Tu ne m'as jamais donné ce que je voulais ! - Ce n'est pas une raison Lilly ! Tu ne trouves pas que c'est bizarre, voire inquiétant que quelqu'un puisse se conduire de cette façon ? J'ai toujours dit que je préférerais attendre mais toi tu voulais à tout prix qu'on le fasse. Tu es même allée jusqu'à me suivre dans les toilettes de l'école pour me sauter dessus, en déchirant ma chemise, et tu as donné le coup de grâce en racontant à tout le monde que j'avais essayé d'abuser de toi mais que ça n'avait pas marché parce que j'étais soit-disant déficient dans ce domaine-là ! - Si je n'peux pas être avec toi, aucune autre fille ne pourra l'être non plus ! - « Être avec toi » ; comme si je t'intéressais vraiment ! - Ne dis pas ça ! - Si je vais le dire parce que j'ai l'impression que ce n'est pas moi que tu cherches, mais autre chose ! Je ne m'imagine pas vivre avec quelqu'un d'aussi pervertie que toi. - Tu sais Yves, ça me fait très mal de t'entendre me dire ça ; pleura la jeune fille. - Je suis désolé d'être aussi dur avec toi, mais je ne vois pas de quelle autre manière je pourrais te faire comprendre que je ne t'aime pas Lilly ! Sûrement alerté par le bruit qu'ils faisaient, Nathy ouvrit la porte et les découvrit à l'entrée. Yves profita de l'occasion pour laisser Lilly seule à l'extérieur : « Ferme la porte s'il te plait Nathy. », ajouta-t-il. Nathy, une chemise rose et une petite culotte en jean, s'exécuta sans poser de questions une fois encore. Lilly, au beau milieu de ce corridor, essuyait les larmes sur ses joues quand elle aperçut une fille, qui passait par là, et aussitôt une idée parut lui traverser l'esprit. « Mais oui ! » s'écria-t-elle avant de se diriger vers cette inconnue. - Excuse-moi, l'arrêta-t-elle, tu as vu le gay... Pardon, les gays qui logent dans cette chambre toi aussi ? - « Les » ? s'étonna l'autre. Mais il n'y en a qu'un dans toute l'université à ce que je sache. - Non : je suis venue rendre une petite visite à mon copain et, en pensant que c'était sa chambre, je l'ai ouverte en criant « Surprise ! » ; mais là c'est plutôt moi qui étais surprise, car je les ai trouvés en flagrant délit ! - Quoi ? - C'était dégueulasse ! J'ai même cru entendre le plus efféminé des deux crier « Yves ». - Yves le basketteur ? - Je crois, oui. En tout cas ça doit être le prénom de l'autre ! - C'est incroyable ! - Oui, tu l'as dit ! L'objectif de Lilly était clair : détruire la réputation irréprochable d'Yves, comme il avait détruit son cœur à elle.
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