La tempête était passée, mais l’odeur de la peur restait encore partout dans l’air.
La police avait sorti Arthy de l’entrepôt.
Les ambulanciers avaient embarqué Désira, encore consciente, mais tremblante, les muscles contractés par le poison qu’elle s’était injecté elle-même.
Depuis ce jour, personne n’avait vraiment dormi.
Pas Ulrich.
Pas Arthy.
Et Désira…
elle avait été envoyée dans un établissement psychiatrique sécurisé.
Le genre où l’on attache les poignets des patients 24h/24 pour éviter d’autres “accidents”.
⸻
1. Désira — L’aile psychiatrique de Séoul
La pièce était blanche.
Totalement blanche.
Un blanc froid, clinique, qui avalait toute émotion.
Désira était allongée sur un lit dur, bras attachés par des sangles de cuir.
Une perfusion salée dans le bras.
Un moniteur bipait calmement.
Elle était vivante.
Mais son esprit… divaguait entre lucidité et folie.
Une psychologue entra.
— Bonjour Désira. Tu sais où tu es ?
Désira fixa le plafond.
Calme.
Gelée.
Plus humaine.
— À la maison.
La psychologue nota.
— Tu comprends pourquoi tu es ici ?
— Parce qu’ils veulent me voler Ulrich.
— Non, Désira.
Tu es ici parce que tu as blessé des gens.
Parce que tu as tué.
Parce que tu souffres d’un trouble grave.
Elle tourna lentement la tête vers elle.
Ses yeux n’avaient plus aucune lumière.
— Ils n’avaient pas le droit d’entrer sur mon territoire.
La psychologue nota encore.
Elle avait survécu.
Mais elle n’allait plus voir la liberté.
Son monde serait cette pièce blanche.
Ses jours seraient contrôlés, surveillés, enfermés.
Et dans un murmure presque enfantin, elle ajouta :
— Ulrich va venir me voir.
Il ne peut pas se marier sans me demander la permission.
La psychologue ferma les yeux.
Le délire était encore profond.
⸻
2. Arthy — La reconstruction
Arthy portait encore des pansements sur les poignets là où les cordes avaient laissé des marques violacées.
Elle faisait des cauchemars.
Elle n’arrivait pas à descendre seule dans la rue.
Elle sursautait au moindre bruit.
Mais elle essayait.
Elle se battait.
Et Ulrich…
il était là, chaque jour.
Il venait la chercher au stand.
Il l’accompagnait au marché.
Il l’attendait devant sa porte.
Il dormait parfois sur son canapé quand elle ne supportait pas la nuit seule.
Un soir, elle éclata en larmes en plein repas.
— Je suis désolée… je suis tellement désolée…
— Tu n’as rien fait, répondit-il en lui prenant la main.
— À cause de moi, tu as failli…
— Non.
À cause d’elle.
Pas toi.
Elle secoua la tête.
— Ulrich… j’ai peur.
Et si un autre fan devient fou ?
Et si quelqu’un m’en veut encore ?
Et si… si quelqu’un essaie encore de me tuer ?
Ulrich respira profondément.
Puis il posa sa main sur sa joue.
— Écoute-moi bien, Arthy.
Tu ne seras plus jamais seule.
Plus jamais.
Je te protégerai.
Je te mettrai en sécurité.
Tu es ma vie maintenant.
Ses mots firent fondre quelque chose en elle.
La peur ne disparut pas d’un coup.
Mais elle se sentit soutenue.
Aimée.
En sécurité.
⸻
3. Ulrich — La culpabilité
Ulrich portait un fardeau.
Il s’en voulait.
Il s’en voulait de n’avoir rien vu.
De n’avoir pas perçu la folie de Désira.
De n’avoir pas protégé Arthy plus tôt.
De ne pas avoir compris les signes.
Parfois il fixait le plafond et murmurait :
— C’est à cause de moi…
Tout ça…
C’est à cause de moi…
Arthy lui prenait la main.
— Ce n’est pas de ta faute.
Tu ne pouvais pas savoir.
On ne voit pas la folie dans les sourires.
Un soir, il craqua.
— J’ai failli te perdre, Arthy…
J’aurais préféré mourir…
Elle le prit dans ses bras.
— Je suis là.
Tu m’as sauvée.
On s’est sauvés.
C’est ça qui compte.
Petit à petit, la culpabilité devint moins lourde.
Pas effacée, mais supportable.
Parce qu’ils étaient ensemble.
⸻
4. Le mariage
Les rumeurs ont explosé.
Les fans se sont divisés.
Il y avait celles qui pleuraient :
“Oppa mérite d’être aimé 😭💜”
Celles qui insultaient Arthy :
“C’est une voleuse ! Une pauvre fille ! Elle profite !!”
Celles qui avaient peur :
“Après tous ces meurtres, il ose se marier ?!”
Et celles qui soutenaient :
“Elle l’a sauvé, il l’a sauvée. C’est beau.”
Mais Ulrich n’en avait rien à faire.
Rien.
Il tenait Arthy par la main le jour du mariage.
Elle portait une robe simple mais magnifique.
Les cicatrices à peine visibles.
Un sourire timide mais réel.
Lui, en noir, sobre, élégant, les yeux remplis de tendresse.
Les caméras crépitaient.
Les fans criaient.
Certains pleuraient.
Certains insultaient.
Mais lui ne regardait qu’elle.
Le prêtre demanda :
— Ulrich James, acceptez-vous Arthy comme épouse, pour le meilleur et pour le pire ?
Il la fixa profondément.
— Oui.
Je l’accepte.
Pour chaque jour de ma vie.
— Arthy, acceptez-vous Ulrich—
Elle lui coupa la parole.
— Je t’accepte déjà depuis le premier jour où tu m’as demandé du poulet-mangue.
Les invités rirent doucement.
Les photographes pleurèrent.
Les fans criaient dehors.
Ils s’embrassèrent.
Longtemps.
Et ce b****r…
scella leur nouvelle vie.
⸻
5. Épilogue — Le dernier territoire
Des mois plus tard, la vie semblait plus douce.
Arthy avait repris son petit stand — mais avec deux gardes discrets fournis par l’agence.
Elle riait plus souvent.
Elle dormait mieux.
Elle aimait plus librement.
Ulrich travaillait, chantait, vivait.
Mais jamais sans elle.
Et Désira…
elle était dans sa chambre blanche.
Chaque jour, la psychologue lui parlait.
Chaque jour, elle répéta la même phrase :
— Ulrich viendra me voir.
Il ne peut pas vivre heureux si je ne suis pas là.
Un matin, l’infirmière entra.
— Désira ?
Vous avez un message.
Elle sourit, croyant entendre :
“Ulrich veut te voir.”
Mais ce n’était pas ça.
L’infirmière posa une lettre sur la table.
Une lettre écrite à la main.
D’une écriture qu’elle connaissait.
Elle la prit entre ses doigts tremblants.
L’ouvrit.
Et lut :
“Désira,
Je ne viendrai pas.
Je ne viendrai jamais.
Tu as perdu ce territoire il y a longtemps.
Il n’est pas à toi.
Il n’a jamais été à toi.
Et désormais, il appartient à celle que j’aime.
Ulrich.”
La lettre tomba au sol.
Pour la première fois depuis son internement,
le masque de Désira se fissura.
Un sanglot monta.
Puis un autre.
Puis un rire.
Puis un cri.
Puis un silence.
Un silence total.
Elle regarda le plafond blanc.
Et murmura :
— Alors… je n’ai plus rien.
Ses doigts se crispèrent contre les sangles.
Un dernier souffle.
Pas de colère.
Pas d’amour.
Juste du vide.
Le territoire n’était plus à elle.
Il ne le serait plus jamais.