Il fut contraint de se taire et de ravaler sa colère, sur ordre formel de sa mère.
À la fin, il reprit le chemin de la douceur, lui montrant de nouveau de l’amour afin d’apaiser son cœur, la suivant partout, presque à pied, cherchant sans cesse à attirer son attention.
Le véritable motif du retour de Rafayet aux États-Unis n’était autre que son grand-père maternel, Monsieur Donald. Il aimait Rafayet d’un amour presque obsessionnel. Chaque week-end, il faisait le déplacement jusqu’au Nigeria juste pour le voir. Plus tard encore, il en vint à voyager jusqu’à trois fois par semaine entre les États-Unis et le Nigeria, sans jamais se lasser de ces allers-retours.
Abba en fut profondément peiné.
Un jour, il finit par lui demander, non sans amertume, s’il n’avait donc pas d’enfants. Donald répondit sans détour qu’il avait toujours prévu d’en avoir deux dans sa vie. Aujourd’hui, il les avait enfin… et toutes deux étaient des filles.
Abba eut l’impression d’étouffer.
Ainsi, parce qu’il n’avait eu que des filles, Donald s’était arrêté là, lui qui rêvait pourtant d’avoir un fils.
Abba n’eut d’autre choix que de s’en remettre à la volonté d’Allah. Donald, lui, continuait à dépenser sans compter pour Rafayet et Omar, comme un homme fou d’amour, infatigable.
Après cela, Abba ressentit le désir d’agrandir encore sa famille avec Alexandra. Il s’approcha d’elle avec douceur pour lui en parler, mais elle éclata de rire, ce qui le laissa totalement perplexe.
Elle se racla la gorge et déclara : — J’accepte de te donner encore trois enfants, mais à une seule condition : Alex devra aller vivre définitivement chez mon frère Donald. Là-bas, il recevra une meilleure éducation, une vraie liberté de vie.
(Quelle éducation aux États-Unis ?)
Sans hésiter, Abba accepta. Il était épuisé de voir Rafayet éloigné de la prière, du Coran et de toute pratique religieuse. Le tenir à distance lui semblait désormais plus sage.
Mais Abba posa à son tour une condition.
Alexandra l’écouta.
— Les enfants que tu mettras au monde devront suivre ma religion.
Elle n’objecta pas. Elle accepta.
À cette période, Alexandra quitta définitivement son travail. Elle possédait déjà tout ce qu’elle désirait et considérait ce moment comme le début de sa retraite personnelle, un temps réservé à son confort et à son plaisir.
C’est alors, par la volonté d’Allah, qu’elle tomba enceinte et donna naissance à des jumeaux : Ayaan et Jahan. D’une beauté éclatante, Allah les avait comblés de grâce. Abba était fou de joie.
Lors de la cérémonie de nomination, Alexandra déclara que le choix des prénoms lui revenait, car leur accord ne précisait pas qu’Abba les nommerait. Elle appela donc Ayaan John, et Jahan James.
Tout le monde resta sans voix.
Par la suite, elle eut une nouvelle grossesse et donna naissance à un garçon aussi beau que les autres, à la peau claire et au charme saisissant. Elle le nomma Michael.
Encore une fois, chacun resta stupéfait.
Après cela, elle déclara ne plus vouloir enfanter. Abba protesta, rappelant qu’elle avait promis trois grossesses. Elle répondit calmement qu’avec les jumeaux et le dernier-né, cela faisait déjà trois enfants. Il n’était pas nécessaire d’avoir trois grossesses distinctes.
Une violente dispute éclata entre eux. Voyant qu’il n’obtiendrait rien par la confrontation, Abba finit par revenir à la douceur, la suppliant de lui offrir un dernier enfant… le dernier-né.
Pendant ce temps, Maryam portait la grossesse de son dernier enfant. C’est lors de cet accouchement qu’elle perdit la vie.
Cet enfant n’était autre que Talal.
Aunty Azeema s’effondra en le désignant. Son corps se glaça, les larmes coulèrent aussitôt sur son visage. Tous les autres furent également submergés par l’émotion.
Quant à Alexandra, Abba parvint finalement, non sans peine, à lui faire donner naissance à son dernier enfant.
Un garçon d’une beauté exceptionnelle, qui conquit tous les cœurs. Fragile dès son plus jeune âge, il souffrait d’asthme.
Vous devinez sûrement de qui il s’agit.
Sa mère le nomma Romeo, mais chez nous, nous l’appelions Junaid.
Il fallut énormément de patience avant qu’Alexandra n’accepte l’islam. Son nom changea alors pour Fatima. Tous pensaient qu’elle avait embrassé la foi par conviction… mais en réalité, ce n’était pas par amour d’Allah, mais sous la pression d’Abba.
La raison de son départ définitif du Nigeria résidait dans son conflit permanent avec notre mère. Hajia la détestait, non par hasard, mais à cause de la souffrance qu’elle infligeait à son fils.
Chaque fois qu’elle venait à la maison d’Abba à Abuja, des disputes éclataient. Jusqu’au jour où Hajia déclara ouvertement que la conversion de Fatima n’était pas sincère, qu’elle s’était convertie en vain et que, même si elle mourait, l’enfer serait sa destination.
Ces paroles brisèrent Fatima. Blessée au plus profond d’elle-même, elle retourna immédiatement à son ancienne religion.
C’est pourquoi il ne faut jamais humilier celui qui se rapproche de la foi, ni lui rappeler constamment son passé, au risque de le perdre à jamais.
Finalement, après des paroles toujours plus dures de la part de Hajia, Fatima quitta le Nigeria pour s’installer en Australie, à Sydney, chez la famille de sa mère. Le plus grand drame fut qu’elle laissa derrière elle son nourrisson, sans même l’allaiter.
Junaid connut alors une vie difficile. Je voulais m’en occuper, mais Azmee insista pour l’allaiter, car elle nourrissait déjà Talal, l’enfant que Maryam avait laissé derrière elle.
Rafayet se convertit à l’islam grâce à Omar. Chaque fin de mois, Donald les amenait rendre visite à leur père. Peu à peu, leurs échanges influencèrent son cœur. Le chemin fut long et difficile, mais finalement, il accepta l’islam.
Abba en fut immensément heureux.
Donald promit alors à Abba qu’il ne forcerait jamais Rafayet concernant la religion, qu’il le soutiendrait malgré son propre attachement au catholicisme.
Abba confia ensuite Rafayet et Omar à Donald, simplement parce que ce dernier pleurait de vouloir vivre près de son neveu. Les deux garçons étaient inséparables. Chaque séparation leur causait une véritable fièvre émotionnelle.
L’union d’Omar et de Rafayet fut un immense progrès. Omar influença profondément Rafayet, l’aidant à s’ancrer davantage dans l’islam, lui rappelant la prière et les devoirs religieux.
C’est ainsi que Rafayet mémorisa entièrement le Saint Coran. L’année de sa conversion, tout le monde fut stupéfait, même si nous savions qu’il était exceptionnel, une perle rare.
Monsieur Donald joua un rôle admirable. Jusqu’à aujourd’hui, nous continuons à le respecter et à prier pour qu’Allah lui accorde l’islam, ainsi qu’à sa fille Fatima.
C’est lui qui prit en charge Rafayet et Marshal Omar jusqu’à ce qu’ils deviennent les hommes que le monde connaît aujourd’hui. Il leur trouva même un professeur religieux dès leur plus jeune âge.
Depuis ce jour, Fatima n’est plus jamais revenue au Nigeria. Ceux qui souhaitent la voir doivent se rendre là où elle vit.
Voici donc, en résumé, l’histoire de la maison d’Abban Sojoji.
Qu’Allah nous accorde la compréhension.
Aunty Babba hocha la tête et dit : — Qu’Allah fasse miséricorde à ma belle-sœur, qu’Il illumine sa tombe et fasse du Paradis sa demeure. Qu’Il pardonne à tous ceux qui nous ont quittés, par l’intercession du Prophète Muhammad (SAW). ❤
Tous répondirent : Amin.
Elle ajouta ensuite : — Et nous prions également pour Fatima, qu’Allah la guide vers la vérité, qu’Il lui accorde la vraie foi, ainsi qu’à son frère Donald.
À ces mots, les jumeaux et le dernier-né sentirent leur corps se glacer. Ils se levèrent brusquement, bouleversés, et se dirigèrent vers l’intérieur…