XIV Le Nil est comme un monde à part. À deux encablures du quai de Boulaq, on est à mille lieues de Damiette, de Mansourah, du Caire et de tous les pays connus ; on se sent transporté dans un milieu nouveau, on vit d’une autre vie. Le voyageur, assis dans une stalle confortable, voit défiler à droite et à gauche un long panorama de choses inédites, quoique aussi vieilles que l’humanité et mille fois dépeintes par des observateurs dont la liste commence à Hérodote et ne s’arrête pas à Gérard de Nerval ou Maxime Du Camp. Vous croyez que les peintres complètent le travail de l’écrivain ; non, chacun d’eux n’a pu saisir qu’une parcelle de ces beautés multiples et changeantes qui se renouvellent à toute heure de jour et de nuit. Une nature exceptionnelle, un passé grandiose, pétrifié dans des


