Chapitre 2

3207 Mots
Chapitre 2La porte de la cellule 21 s’ouvrit, située au milieu du couloir au deuxième étage du quartier B de la centrale de Poissy, on n’y trouvait que des détenus condamnés à de longues peines, parmi ceux-ci une « star » des médias condamnée pour terrorisme et quelques autres assassins condamnés à des peines à perpétuité, autant dire la « crème » des assises. À l’inverse des maisons d’arrêt, la circulation y était plus libre et les relations avec les surveillants « différentes ». — Allez, Dan, on y va. — Un instant, surveillant. — C’est comme tu veux, c’est ton parloir, pas le mien. — Je veux juste écouter la fin du reportage sur BFM. — C’est quoi le sujet ? — Hier, dans un tramway pas très loin de chez moi, un type a égorgé une femme, comme ça, sans raison, un illuminé. — J’ai entendu ça ce matin aux infos en venant au boulot. — Encore un qui va finir à Cadillac. — Les fous en prison, ce n’est pas leur place, répondit le surveillant. — Vous avez raison, surveillant. Au fait, quelle est votre opinion sur ce genre d’individus ? demanda Dan. — Il y a un endroit pour tous et je pense qu’en prison il y a trop de malades. — Donc ce type doit aller chez les fous ? — Oui. — On dirait que vous connaissez le sujet. — Un peu. Il y a quelques années, dans le village de mes parents, un jeune type a massacré sa famille, le père, la mère et sa sœur, avec un fusil de chasse. — Et alors ? — Je le connaissais bien, il était normal, mais il a perdu les pédales et je l’ai retrouvé quelques années plus tard alors que je faisais un stage à l’hôpital psychiatrique de Cadillac. — Il avait changé ? — Non, toujours aussi sympa. — Ça fait flipper. — Oui, allez, on y va Daniel Nardi éteignit la télé posée sur le petit frigo et suivit l’homme en bleu. Incarcéré depuis plus de trois ans, il lui restait à peu près autant de temps à exécuter malgré le jeu des remises de peine. À presque quarante ans, il était connu défavorablement des services de police, selon l’expression consacrée. Malgré son nom à consonance méditerranéenne, il était né à Aubervilliers. Sa mère, marseillaise de naissance, avait quitté la capitale phocéenne alors qu’elle était enceinte et n’y était jamais retournée. Né de père inconnu, comme le stipulait son acte de naissance, Dan avait de nombreuses fois demandé à sa mère de lever le mystère de sa conception, mais à chaque fois elle se plongeait dans le même mutisme profond. Maria était une croyante et consacrait une grande partie de son temps libre aux œuvres caritatives rattachées à la paroisse Saint-Paul. Enfant, Dan, passionné de foot, était un élève moyen, il alternait la frappe dans le ballon et le catéchisme avec le père Dominique, un ancien prêtre-ouvrier à l’usine Babcock et son immense château d’eau. Le curé, ancien joueur de foot, n’avait connu qu’un seul club, les Sangliers des Ardennes, surnom donné au club de Sedan, sa ville d’origine. Excellent avant-centre, il avait joué la finale de la coupe de France 1965, perdue face aux Bretons de Rennes. Après cette heure de gloire, il était retourné, comme beaucoup à l’époque, à l’usine de réparation de pompes à eau comme tourneur. Adhérent à la jeunesse ouvrière chrétienne, il avait milité régulièrement aux côtés des syndicalistes avant d’intégrer le séminaire en 1967. À l’issue de sa formation, il avait souhaité retourner au plus près des plus pauvres et, sous l’égide de la Mission ouvrière, il avait été nommé en région parisienne dans l’usine au château d’eau. Adepte de la théologie de la libération prônée par certains évêques d’Amérique latine, il s’était rapproché spontanément des élus locaux et était devenu presque naturellement le curé de la paroisse Saint-Paul quand celle-ci avait vu le départ du père Armand, atteint par la limite d’âge. Dominique allait officier dans un état « blanc » au milieu d’un territoire « rouge », comme s’amusait à plaisanter le maire communiste de l’époque. C’est au contact du prélat que Dan progressa le plus ; en effet, celui-ci prit sous sa coupe ce gamin orphelin de père et collectionneur de vignettes Panini. Il devint son coach particulier avant l’heure. Après les cours à l’école républicaine, Dan se précipitait à l’église, où le prêtre l’attendait avec un chocolat fumant et quelques viennoiseries. Ensuite, c’était les devoirs obligatoires. Le cérémonial durait une heure et ensuite Dan avait le droit de taper dans le ballon. Son coach lui avait concocté un programme sur mesure, fait de dribbles, jonglages et tirs de précision. Après une année de ce régime sportif, le prêtre convainquit Maria d’inscrire le jeune garçon au club municipal et c’est Dominique qui lui offrit ses premières chaussures à crampons. Opération qu’il renouvela tout au long de la carrière du jeune footballeur. Rapidement, Dan devint la coqueluche du club, il était un surdoué du football et rapidement il fit partie des différentes sélections. À quinze ans, le football club de Nantes l’approcha pour lui faire signer un contrat. Maria, dépassée par la rapidité des événements, demanda au curé de veiller aux intérêts de son gamin. Dominique passa du statut de coach à celui d’agent et négocia avec âpreté le contrat de Dan avec le club pro. La première saison se passa au mieux pour Dan ; confronté à d’autres talents, il batailla pour garder son statut de leader naturel. La contrepartie de cette posture est la rudesse que les adversaires mettent à empêcher le buteur de pousser le ballon au fond des filets. Habitué aux coups, Dan n’était pas un joueur qui faisait du « cinéma » et quand il faisait la grimace, c’est que la douleur n’était pas feinte. C’est ce qui arriva un soir d’hiver, lors de la deuxième saison dans le club jaune et vert. Un tacle latéral plia sa jambe droite en deux, fracture tibia péroné et rideau sur la carrière du jeune joueur. Les mois qui suivirent plongèrent Dan dans une longue dépression, après l’hôpital, la rééducation et le retour à Aubervilliers dans l’appartement familial, qu’il fallait maintenant partager à trois. Cette modification de la cellule familiale avait eu lieu quelques mois auparavant, quand Dan était en pleine ascension. Le prêtre avait fait signer à Maria un contrat au nom de son fils pour qu’il ait des revenus corrects lui assurant un avenir sans soucis financiers. Dans ces conditions, Maria avait accepté d’accueillir une petite Haïtienne de trois ans, dont les parents avaient demandé de l’aide à l’un des membres de la chorale de l’église, d’origine antillaise. Trois ans après le passage de l’ouragan Gilbert en 1988, les parents de la petite fille n’avaient pas réussi à reconstruire leur habitat et avaient demandé de l’aide via Caritas. Tahina était arrivée depuis quelques mois quand Dan revint de rééducation. Elle avait accueilli ce gaillard d’un mètre quatre-vingt en lui sautant dans les bras. Dan avait trouvé l’idée excellente et c’est avec plaisir qu’ils avaient, à l’époque, accueilli la petite fille à l’aéroport d’Orly. Un peu sauvage au début, elle prit rapidement ses marques dans la famille Nardi. Le jeune footballeur la considéra rapidement comme une petite sœur et la couvrit de jouets jusqu’à ce soir fatal qui mit fin à sa carrière de footballeur professionnel. Rapidement, Dan tourna en rond dans l’appartement de sa mère. Même si, régulièrement, il allait voir le père Dominique, le moral n’y était pas ; le prêtre l’incitait à reprendre des études, mais Dan n’y croyait plus et il commença à retrouver ses copains d’enfance qui tenaient les murs de la cité des Courtilières, l’autre côté du fort d’Aubervilliers. Les remontrances de sa mère sur son manque d’activité lui pesaient de plus en plus et les altercations devenaient récurrentes et violentes. Un soir où Dan, plus énervé que d’habitude, quittait l’appartement, il croisa Yvonne, la femme qui s’occupait du père Dominique. — Il faut que je te parle, dit la vieille femme au moment où Dan fermait la porte de l’immeuble. — Je n’ai pas le temps, répondit le jeune homme. La vieille dame le retint par la manche. — Lâchez-moi, je vous dis ! s’énerva Dan. — C’est à propos du père Dominique. — Quoi, le père Dominique ? s’énerva Dan. — Il est à l’hôpital Delafontaine. — Qu’est-ce que vous racontez ? — Il a fait un arrêt cardiaque tout à l’heure, répondit Yvonne, en larmes. — Comment ça s’est passé ? demanda Dan en prenant Yvonne par les épaules. — J’étais en train de préparer le dîner, tandis que le père Dominique fermait les portes de l’église. — Et alors ? — Comme je ne le voyais pas revenir, je suis allée à sa rencontre et je l’ai trouvé étendu au pied de l’autel, il était inconscient, j’ai de suite fait le 15 et ils ont diagnostiqué un infarctus et l’ont emmené à l’hôpital… Mais Dan n’écoutait plus, il était parti en courant malgré sa claudication, résultat de ses fractures. La vieille dame le regarda partir et monta prévenir Maria de l’hospitalisation du prêtre. Essoufflé, Dan se présenta à l’accueil de l’hôpital. — Bonsoir, je voudrais voir le père Dominique. — Qui êtes-vous ? demanda la femme en blanc derrière le comptoir. — Un ami intime. — Il est en salle de réanimation pour l’instant, on ne peut pas le voir. Laissez un numéro de téléphone, on vous appellera. — Non, je vais attendre. — Comme vous voulez, répondit l’infirmière. Le jeune garçon s’installa dans la salle d’attente ; vingt minutes plus tard, sa mère et Tahina, accompagnées d’Yvonne, le rejoignirent. — Alors ? demanda Maria. — Rien, il est en réanimation, répondit Dan, en larmes. Maria joignit ses mains et commença une prière ; à ses côtés, ses enfants et Yvonne l’imitèrent. C’est au milieu de la nuit que le médecin de garde vint leur annoncer le décès du père Dominique par arrêt cardiaque. La mort de son mentor fit basculer Dan du mauvais côté de la barrière, il commença à s’intéresser aux accessoires auto comme les autoradios. Il travailla aussi sur commande pour des garagistes peu scrupuleux sur la provenance de ce type d’appareils. De temps en temps, un de ses amis se faisait arrêter, mais il réussissait à passer au travers des filets de la justice. Jusqu’à ce jour d’avril 1994 où un de ses amis fut contrôlé pour la troisième fois de la journée par la police. Dan s’énerva et fut arrêté pour « rébellion et outrage à agent ». Cette incartade lui valut d’être convoqué devant le juge un mois plus tard. Le tribunal correctionnel lui infligea la peine la plus basse pour les petits délinquants, quatre-vingts heures de « travail d’intérêt général » qu’il effectua à l’entretien des espaces verts de la ville. Quelques mois plus tard, il récidiva, mais cette fois il écopa d’un mois de prison à Villepinte. Après ce bref séjour en détention, il ne passa plus que de temps en temps à Aubervilliers pour embrasser sa mère et sa sœur, jusqu’à ce qu’il soit appelé sous les drapeaux pour effectuer son service national. Il essaya bien de se faire réformer à cause de ses fractures à la jambe, mais le médecin militaire le considéra comme apte. Il fut envoyé au 17e régiment de génie parachutiste à Montauban. Il fut affecté à la compagnie chargée du déminage et, rapidement, il se retrouva au sein de la Finul au Sud Liban puis à Beyrouth. Sur place, il se perfectionna dans la neutralisation et la destruction des engins explosifs ; ces missions périlleuses étaient effectuées au profit des forces armées, mais aussi en faveur des populations civiles, rétablissant ainsi une vie normale dans des régions dévastées et insécurisées. Lui et ses camarades étaient qualifiés de sapeurs parachutistes de son régiment comme les « Démineurs de l’espoir ». Dan rempila pour une période de trois ans qui le conduisit entre autres destinations au Cambodge. À son retour à la vie civile, il commença à faire des petits jobs de gardiennage. Mais l’action lui manquait, jusqu’à ce qu’une opportunité se présente à l’issue d’une rencontre fortuite à la sortie du métro Fort d’Aubervilliers en la personne de Karim, un ancien pote des Courtillières. — Comment vas-tu, mon ami ? demanda Karim en s’asseyant à une des tables du seul bistrot du quartier. — Depuis ma sortie de l’armée, je bricole, et toi ? — Je continue à bosser dans la cité et un peu autour avec les amis de l’Abreuvoir, enfin, je ne vais pas te faire un dessin. — J’imagine bien, et les autres ? — De la b***e, Lucas et Salim sont au zonzon, ils ont pris chacun huit ans pour braquage. Jojo est de l’autre côté du mur, dit Karim en désignant le mur d’enceinte du cimetière de Pantin. — Qu’est-ce qu’il a fait ? demanda Dan, étonné. — Ben, il est monté au braco avec Lucas, Salim et Pape, ça a mal tourné, les deux premiers ont été arrêtés et les deux autres sont morts, Pape a été rapatrié au Sénégal, d’où sont originaires ses parents. — p****n ! Et toi, tu n’y étais pas ? — J’étais au trou pour six mois ferme, trafic de stup. — Il ne reste plus grand monde. — Comme tu dis, et toi ? — Dans les paras, j’étais démineur et je suis allé au Liban et au Cambodge, avec quelques « stages » au Tchad. — Et maintenant ? — Je suis gardien de nuit dans un entrepôt à la porte d’Auber. — C’est pas bien ça, pas bien du tout, des mecs comme toi, tout le monde en cherche. — Explique, demanda Dan. — Tu te rends pas compte, des types qui savent faire péter des trucs, ça n’a pas de prix. — Je ne comprends pas ! — T’es c*n ou quoi ? Lucas et Salim, quand ils ont monté leur attaque de fourgon, ils ont essayé de faire sauter la porte blindée de la tirelire… — Jusque-là, je comprends. — Mais comme ils n’avaient pas mis assez d’explosif sur la porte, elle ne s’est pas complètement ouverte. — Et alors ? — Ils ont mis une deuxième couche et boum ! Malheureusement, le souffle les a mis au tapis et nos amis ont été K.-O. Pendant ce temps-là, après le premier échec, l’alerte avait été donnée et les flics ont débarqué. — Et les deux artistes se sont « défendus ». — Exactly, mon pote, Pape et Jojo ont pris des bastos. Pape a été tué sur le coup, tandis que Jojo est mort le lendemain à l’hosto. — Un braquage raté… — Complètement raté, alors qu’avec un mec comme toi il y aurait eu la bonne dose d’explosif et en cinq minutes l’affaire était jouée, alors qu’eux, au bout de dix minutes, il n’avait pas réussi à faire péter la porte, c’est pourquoi tu es un homme de valeur, mon pote. Je connais plein de mecs qui te feraient un pont d’or. — Tu crois ça ? — Je le crois pas, j’en suis sûr, mon ami. Si tu es intéressé, laisse-moi ton phone, je te fais rencontrer des amis et dans six mois tu prends plus le métro. — Je vais y réfléchir, mais voici quand même mon numéro. — Et ta mère, comment va-t-elle ? Je l’aperçois bien de temps en temps avec ta frangine qui a grandi, ça lui fait quel âge maintenant, demanda Karim en rangeant le petit bout de papier que venait de lui tendre Dan. — Elle va avoir douze ans et elle est mignonne comme tout, d’ailleurs, il faut que je te laisse car j’ai promis d’aller la chercher au collège. — Pas de soucis, mon frère, je suis content de t’avoir vu et tu auras bientôt de mes nouvelles, tu peux me croire. — Salut, Karim, répondit Dan en s’éloignant de la terrasse du bistrot. Après quelques semaines d’hésitation, Dan accepta de rencontrer des amis de Karim dans un appartement des Courtillières afin de savoir ce qu’ils attendaient de lui, même s’il avait une petite idée de leurs intentions. Un bref coup de sonnette et la porte s’ouvrit sur Karim. — Salut, mon frère. — Salut, Karim. — Rentre, nos amis t’attendent dans la salle. Trois hommes étaient assis autour d’une théière fumante, le soleil illuminait la salle et donnait à la fumée de cigarette une coloration bleutée, comme dans les films des années cinquante. — Bonjour, dit Dan. Les trois hommes hochèrent la tête, tandis que Karim désignait une chaise à Dan. — Merci, dit Dan, je vous écoute. Le plus âgé avait une large cicatrice qui lui barrait la joue, c’est lui qui prit la parole, il avait un accent du Sud, « peut-être Marseille », pensa Dan. — Notre ami nous a fait savoir que tu avais des compétences en explosifs, qu’est-ce que tu peux nous raconter ? — J’ai fait cinq ans d’armée dans un régiment spécialisé dans le déminage, j’ai fait plusieurs séjours à l’étranger, notamment au Liban. — Tu connais le Semtex ? enchaîna le deuxième homme, que Dan distinguait mal dans le contre-jour. — Le Semtex, reprit Dan en fermant les yeux, est un puissant explosif de type plastic inventé et fabriqué en Tchécoslovaquie depuis la fin des années soixante. Le nom provient du nom de la firme qui fut la première à le fabriquer, ce sont les quatre premières lettres de Semtin Glassworks et la terminaison « ex » vient de l’anglais explosive. Il fut fabriqué par VCHZ Synthesia puis, depuis 1988, Explosia dans son usine de Brno, en République tchèque. Je continue ? — C’est bon, répondit le troisième homme, tu connais le cadre explosif ? — Oui, on fabrique un cadre en métal de la dimension de la partie à découper, pour faire passer un bras ou un corps. La difficulté est le dosage de l’explosif en fonction de l’épaisseur du métal, en général, c’est de l’acier qu’il faut transpercer. Ça vous va ? ironisa Dan. — On voit que tu connais le sujet, reprit l’homme à l’accent marseillais, mais est-ce que tu auras les couilles de poser ce truc sur une tirelire au milieu de la circulation et peut-être des balles ? — Vous savez, des morts, j’en ai vu, on m’a tiré dessus et si je suis là aujourd’hui, c’est parce que mon gilet pare-balles a été efficace. Par ailleurs, j’ai réfléchi avant de venir, vous voyez ce que je veux dire… — On a compris, dit le troisième homme, un Noir à la carrure de déménageur, tu veux nous dire que tu as un cerveau et que tu n’es pas comme tous ces jeunes qui montent au braco sans préparation. — Exactement, répondit Dan. Si je suis venu, c’est que je me sens capable de faire ce type de boulot, dès l’instant où il est préparé. Vous savez, dans l’armée, ce qui fait la différence entre un plan « foireux » et une action réussie, c’est la réflexion, le pour, le contre, les accès, le repli… — On est d’accord, reprit le Marseillais, on va te tester en province sur un petit coup et après on verra. — Pas de soucis, je suppose que vous me rappellerez, répondit Dan en se levant. — Tu piges vite, répondit le Marseillais. — Ne me raccompagnez pas, je connais le chemin. Deux jours plus tard, Dan partait pour l’est de la France pour un premier test. Après un peu plus de 400 kilomètres de route, ils arrivèrent à Hirson, à la limite de la frontière belge. Sur la place de l’église, un autre véhicule les attendait, le Marseillais en descendit et monta à l’arrière de la BMW où se trouvait Dan. — On vous attendait, vous avez bien roulé, respecté les limitations… — On a suivi les consignes, répondit le chauffeur. — Je vous explique le topo : tout à l’heure, une tirelire va arriver devant le Crédit agricole, en face. Ensuite, il va prendre la direction de son entrepôt, situé à une vingtaine de kilomètres, il va prendre des petites routes et c’est à ce moment qu’on va le taxer. Tu as le cadre avec toi ? interrogea le Marseillais. — Oui, il est dans le coffre, aux dimensions que vous m’avez fournies. Je suppose que vous avez l’explosif ? — Oui, et on a rajouté un petit bonus. — Ah bon ? s’étonna Dan. — Il faudrait que le véhicule saute en passant sur une charge. — Vous déconnez, ça se prépare, ce genre de connerie ! s’énerva Dan. — Mais on a le temps, il est onze heures et la tirelire passera vers seize heures trente ; quant au matériel, on a ce qu’il faut, détonateur, mèche lente et explosif. — Génial ! Je peux repérer ? — On y va, dit-il en tapant sur l’épaule du conducteur, tu fais un appel de phares et tu suis l’autre bagnole. Au bout de vingt minutes de route dans la campagne ardennaise, les deux voitures s’engouffrèrent dans un petit bois à l’abri des regards. Le Marseillais et Dan descendirent de la BMW et gagnèrent la route. — L’idée, c’est que le fourgon arrive de là-bas, dit le Marseillais en désignant un virage situé à trois cents mètres. Quand il est à notre niveau, tu le fais exploser, il se couche, tu poses ton cadre, tu le fais péter et tu nous laisses faire. — Pas de problème. Le matériel est où ? Dan venait de rentrer dans le grand banditisme et il ne devait plus en sortir. Le surveillant ferma la porte, tandis que le détenu Nardi se dirigeait vers son parloir.
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