XVI La Morisque parla ainsi : – Mario, mon bien-aimé, dis à ce seigneur bienfaisant que je sais mal parler l’espagnol, et le français encore moins ; je dirai mon histoire à son écrivain, et il la lira. Je suis fille d’un pauvre fermier de la Catalogne. C’est en Catalogne que le peu de Mores épargnés par l’inquisition vivaient encore tranquilles, espérant qu’on les y laisserait gagner leur vie en travaillant, puisque nous n’avions pris part à aucune des guerres de ces derniers temps, si malheureux pour nos frères des autres provinces d’Espagne. Mon père s’appelait Yésid en arabe, et Juan en espagnol ; moi, baptisée par aspersion comme les autres, j’étais la chrétienne Mercédès, mais la morisque Ssobyha . J’ai à présent trente ans. J’en avais treize quand on commença à nous avertir secr


