‹‹ La parole est comme l'eau, une fois versée on ne peut plus la ramasser ››.
________________
~~~Mouhamadou Talla Sylla
Je continue de rouler sans m'arrêter, mais mon frère intervient.
Lamine : Mais qu'est-ce que tu fais là ? N'as-tu pas vu la jeune fille ? Elle est trempée jusqu'aux os, et tu passes à côté d'elle sans l'aider ?
Moi : Allons-y, ne me dis pas que c'est une fille, elle pourrait être un djinn ou autre chose.
Lamine : Tu as peur, je savais pas que tu étais un couard.
Moi : Peu m'importe, de toute façon je ne retournerai pas en arrière.
Lamine : Très bien alors. Maman ne serait pas fière de son fils agissant de cette façon.
Au son de son nom, je freine brusquement. Il sait comment me toucher en utilisant les sentiments que j'ai pour ma mère. Je ne peux pas résister à ça.
Moi : D'accord, j'y vais.
Je fais demi-tour vers l'endroit où j'ai laissé la jeune fille. J'espère qu'elle est partie, mais hélas elle est toujours là. Arrivé à son niveau, je baisse les vitres et lui demande :
Moi : Vous avez besoin d'aide ?
Elle ne répond pas et fait semblant de ne pas m'entendre.
Moi : Hé, je te parle, tu as besoin d'aide ou non ?
La fille : Pas la peine de crier, j'ai entendu. Et si je ne réponds pas, c'est parce que je n'en ai pas besoin. Alors, dégagez de ma vue.
Qu'est-ce que c'est que cette attitude ? Personne ne m'a jamais parlé comme ça sauf cette fille arrogante que j'ai rencontrée l'autre jour. Je me retourne vers mon frère.
Moi : Pince-moi.
Il me regarde sans comprendre.
Moi : Je t'ai dit de me pincer.
Il s'exécute, et je réalise que je ne rêve pas.
J'ouvre la portière et sors de la voiture.
Moi : Tu parles à qui là ? Tu te moques de moi ?
Je lève la main pour la gifler, mais je suis interrompu net.
C'est la fille que j'ai presque heurtée sur la route l'autre jour. Je ne l'avais pas reconnue à cause de ses cheveux mouillés qui cachaient son visage.
Moi : Heureusement que je ne t'ai pas touchée, je ne voudrais pas attraper Ebola ou le Sida. Je suis sûr qu'une pauvre fille comme toi ne se lave qu'une ou deux fois par semaine. Tu vends des fruits, mais je suis sûr que c'est uniquement par pitié que les gens achètent chez toi. Les filles recherchent des hommes comme moi, élégants, beaux et riches. Toi, tu ne plais à personne. Aucun homme ne s'intéresse à toi, s'il dit t'aimer, c'est faux. Ils ne veulent que t'utiliser et te jeter comme un vieux chiffon.
Après l'avoir assez humiliée, je me retourne pour partir, mais elle m'arrête.
~~~Ramatoulaye Diallo
Moi: Reste, ne pars pas.
Il se retourne pour me faire face.
Je contourne la personne en face de moi pour lui faire face.
Moi : As-tu fini de parler ? Ce qui m'étonne, c'est que tout ce que tu viens de dire ne me touche pas. C'est étrange, n'est-ce pas ? Pourtant, tout ce que tu as dit est vrai. Amouma dara domou badola la, mane may djiguéne bou gueuneu pire si gni ngua meusseu guiss sissa adouna. Dama fébar kay mom té bou gueuneu bone bi nak la yoré bou kene meunoul fadj, wayé dieureudieufé yalla sama borom, borom beut bou reuy bi ba ngua khamni dé wa gouma rek. Guiss ngua bu la am-am taxa bew, ndax nàkk du wess. Yalla bo meusseu ame diabar bou mélni mane (Je suis la pire espèce de fille, je suis la pire fille que tu aies jamais rencontrée. Tu as raison, je suis malade, j'ai une maladie très douloureuse et incurable. Mais je rends grâce à Dieu, qui est tout-puissant et dont le regard est immense, de ne pas être morte. Il ne faut pas être fier de sa richesse, car la roue peut tourner. Que Dieu t'accorde une femme qui ne me ressemble en rien).
Je commence à pleurer, suffoquant sous la douleur atroce qui déchire mon cœur. Ça suffit ! Je cours pour traverser la route, mais...
Encore...
Un peu plus bas...
Encore un peu...
Et puis, une voiture me heurte. J'entends quelqu'un crier :
?! : Fais attention !
Mais c'est trop tard...
~~~Safiatou Kâ (Maman de Rama)
Je n'arrive pas à m'asseoir. Ma fille n'est pas encore rentrée et j'ai un mauvais pressentiment. J'espère juste qu'il ne lui est rien arrivé.
Moi : Ibou, Ibou ! Où est-ce que cet enfant est parti, bon sang ?
Je me lève et entre dans la cabane. Je ne trouve que Modou et Tapha, pas l'ombre d'Ibou.
Moi : Où est Ibou ? demandé-je.
Modou : Il a dit qu'il allait chez Omar, le boutiquier.
Moi : Cheut, yalla souniou borom, lane kay wout si Omar heure bi (Oh mon Dieu, mais qu'est-ce qu'il fait chez Omar à cette heure-ci ?) crie-je.
Ils ne disent rien, et Modou hausse les épaules comme pour dire "Je ne sais pas".
Je sors pour me diriger vers la sortie, mais je heurte quelqu'un.
Moi : Doucement, dis-je en me tenant la tête.
C'était Ibou. Je prends ma paire de sandales, mais il les retient avec sa main.
Ibou : Écoute-moi, je viens de chez Omar et...
Moi : Qu'est-ce que j'en ai à foutre ? Je ne t'avais pas dit de ne plus sortir de la maison après 20 heures, hein ? Rétorque-je en le frappant sur la tête.
Ibou : Ayayaya, wa écoute stp...
Moi : Je ne vais rien...
Il me coupe en criant :
Ibou : MAMAN RAMA A FAIT UN ACCIDENT.
Je m'effondre sur le sol en pleurant.
Moi : Ma fille, non, non, ça ne peut pas être vrai, nonnnnnnn. Qui t'a dit ça, Ibou ? Qu'est-ce qui s'est passé ?
Ibou : C'est passé à la télé, c'est un accident mortel maman. Elle est entre la vie et la mort.
Moi : Ay way niakeu na sama dôom dji di, wouy sama ndeye yo (Wouy j'ai perdu mon enfant).
Ibou : Maman, ne dis pas ça, allons à l'hôpital, c'est mieux.
Je me lève et prends vite mon foulard.
Moi : C'est quel hôpital ?
Ibou : Je crois entendre SAMU.
Je prends les mille francs que j'avais soigneusement gardés pour préparer le dîner, mais je pense que je vais les utiliser pour le transport.
Quinze minutes plus tard, nous arrivons à l'hôpital. Je descends du bus Tata et cours avec les enfants sur mes pattes. Je rentre et vois le jeune homme de la dernière fois.
Moi : Toi, dis-je en l'indiquant du doigt.
Il me regarde étonné, avant de dire :
J. H: Madame, comment allez-vous ?
Moi : Je vais bien, Al-hamdoulilah. Je ne vous ai pas revu depuis la dernière fois, déclare-je.
J. H: Oui, c'est vrai, vous avez raison. Mais vos fruits sont très bons, en plus ils sont frais.
Moi : Ah, merci beaucoup.
Je me dirige vers la réception et demande après le médecin. On m'informe qu'il est au bloc opératoire. Écrasée par la douleur, je m'effondre sur le sol et me mets à pleurer. Heureusement, le jeune homme que j'ai rencontré la dernière fois arrive à temps pour me rattraper.
J.H: Attention madame, que se passe-t-il?
Je suis incapable de lui répondre, mais c'est Ibou qui prend la parole.
Ibou: C'est ma sœur qui a eu un accident...
J.H: Votre sœur? demande-t-il en arquant un sourcil.
Moi: Oui, c'est ma seule fille... Si elle... Si je la perds, ma vie n'aura plus aucun sens..., expliquai-je en sanglotant.
J.H: Comment va-t-elle ? Pouvez-vous me la décrire, s'il vous plaît ?
Je le regarde d'un air méfiant, mais finis par céder. Je me tourne vers Ibou pour qu'il réponde.
Ibou: Elle est élancée, avec des cheveux longs et crépus, un grain de beauté sur le cou et un teint clair....
Il ne continue pas et le jeune homme se relève.
Je ne me soucie pas de lui, mais plutôt de ma fille. Je me lève et emmène Ibou un peu plus loin pour lui parler.
Moi: Ibou, tu sais bien qu'on n'a pas assez d'argent pour payer l'opération. Je parie qu'elle doit être chère.
Ibou: Maman, pourquoi ne pas aller chez Papa pour lui demander de l'argent?
Moi: JAMAIS TU ENTENDS! Voir ton père et voir mes intestins, c'est pareil pour moi. Je ne veux plus avoir de contact avec ton père.
Ibou: Mais maman, il faut penser à Rama...
Moi: Si c'était ta sœur qui était à ma place, elle aurait agi pire que moi. Assez, je vais vendre mes bijoux, même si c'est peu, mais ça fera l'affaire en attendant d'avoir de quoi compléter.
Nous retournons et je vois plusieurs médecins sortir de la salle d'opération. Leurs tenues sont tachées de sang. Je cours vers le médecin.
Moi: Où est ma fille? Où est-elle? demandé-je en tenant son col.
Le médecin: Faites doucement, madame, laissez-moi passer. Votre fille a perdu beaucoup de sang, et nous avons besoin d'en avoir.
Moi: Prenez mon sang, tout mon sang s'il le faut, mais faites le nécessaire pour sauver ma fille, s'il vous plaît.
Je m'effondre par terre en pleurant toutes les larmes de mon corps. C'est la énième fois que je m'écroule par terre comme un déchet.
Le médecin: Madame, ressaisissez-vous, ça ne se passe pas comme ça. Nous allons vous faire un test de compatibilité sanguine pour voir si vous êtes compatible. Suivez-moi.
Je me lève et le suis. Il me fait un test de compatibilité sanguine et me dit d'attendre les résultats. Je sors et m'assois en attendant impatiemment les résultats. Oh mon Dieu, faites que ma fille soit sauvée!
Trente minutes plus tard, je vois le médecin se diriger vers moi. Je vais à sa rencontre. Il avait une enveloppe blanche entre ses mains.
Moi: Alors?
Le médecin: Bon, je suis navré de vous décevoir, mais vous n'êtes pas compatible...
Moi: Ay way djilé di yaw yalla louma la déf ba ngua niouy ték li, ay yalla yeureum niou di sonou naniou nak. (Oh mon Dieu, qu'est-ce qu'on t'a fait pour que tu réagisses de cette manière, oh Dieu, aie pitié de nous).
Je ne pouvais plus supporter ça. Est-ce qu'on ne pourrait tout simplement pas changer notre destin, ou pire, l'éliminer pour que cela ne soit plus aussi douloureux que ça? Je suis fatiguée de me battre. Chaque jour, souma yéwo di niam Yalla moumay wagnil thiono adina yi.
Moi: Oh Dieu, pourquoi cela nous arrive-t-il? Aie pitié de nous, s'il te plaît. Je ne peux plus supporter ça. Est-ce qu'on ne pourrait pas tout simplement changer notre destin ou pire, l'éliminer pour que cela ne soit plus aussi douloureux? Je suis fatiguée de me battre, chaque jour je me sens comme si Dieu m'avait abandonné. Pourquoi sommes-nous frappés par autant de malheurs?
Le médecin: Nous devons trouver un donneur rapidement, le temps ne nous attend pas.
Mais où pourrais-je trouver un donneur? J'étais la seule personne qui avait l'âge de donner mon sang, mais malheureusement je ne suis pas compatible...
?!: Je vais donner mon sang.