CHAPITRE 11

1434 Mots
Chapitre 11 : L'envol Lewiston, Idaho, États-Unis d'Amérique 2018-2019 Beth Les années avaient passé, apportant avec elles des changements inévitables, des départs déchirants, des adieux silencieux. Mon amitié avec Jane, forgée dans les épreuves, avait continué de s'épanouir. Nous étions restées inséparables, partageant nos joies les plus intenses, nos peines les plus profondes, et nos rêves les plus fous. Mais un jour, Jane m'a annoncé, les yeux brillants d'une fierté mêlée de tristesse, qu'elle avait été acceptée à l'université de Harvard, au Massachusetts, pour étudier le droit. Son départ a été un déchirement, une déchirure dans le tissu de mon quotidien, mais j'étais tellement, tellement fière d'elle. Nous nous étions promis de rester en contact, de nous rendre visite dès que possible, des promesses murmurées comme des serments. « Tu vas me manquer tellement, » lui avais-je dit, la gorge serrée, lors de notre dernière soirée passée à parler jusqu'au bout de la nuit. « Toi aussi, » avait-elle répondu, ses yeux clairs reflétant une émotion similaire. « Mais on se reverra, je te le promets. » J'avais été sincèrement heureuse pour elle, mais une pointe de tristesse persistante s'était logée dans mon cœur. Jane était plus qu'une amie, elle était ma jumelle de la leucémie, l'unique personne qui pouvait véritablement comprendre le gouffre que j'avais traversé. Le jour du départ de Jane est arrivé, lourd de son inéluctabilité. Je suis allée la voir à l'aéroport, mon estomac noué, pour lui dire un dernier au revoir. Nous nous sommes étreintes longuement, nous promettant de rester connectées, de ne jamais nous oublier. « Tu vas me manquer, Beth, » avait-elle dit, des larmes perlant enfin à ses yeux. « Mais je sais qu'on se reverra. » « Toi aussi, tu vas me manquer, Jane, » avais-je répondu, ma voix tremblante. « Tu es mon amie pour toujours. » J'avais regardé l'avion décoller, un point scintillant qui s'éloignait dans le ciel, emportant Jane loin de moi, loin de notre histoire commune. Je me suis sentie terriblement seule, abandonnée, un vide immense s'installant là où était sa présence. Je suis rentrée à la maison, le cœur lourd et l'âme vide. Mes frères étaient là, présents, ils m'avaient serrée dans leurs bras, leurs étreintes chaleureuses tentant de combler le vide en moi. Ils m'avaient dit qu'ils étaient là pour moi, mais leur réconfort, aussi sincère fût-il, ne pouvait effacer cette nouvelle forme de solitude. Un an plus tard, ce fut au tour de Callie de prendre son envol. Elle avait été acceptée à l'université de Missoula, au Montana, en enseignement. Elle rêvait de devenir institutrice, de transmettre son amour des livres aux enfants. « Je suis si heureuse pour toi, » lui avais-je dit, lors de sa fête de départ, tentant de masquer ma propre tristesse. « Mais je vais me sentir tellement seule sans toi. » « Tu as tes frères, » avait-elle répondu en riant, avec la légèreté qui la caractérisait. « Et puis, on s'appellera tous les jours, je te le promets ! » Mais au fond de moi, je savais que rien ne serait plus pareil. Jane et Callie étaient mes piliers, mes confidentes, mes sœurs de cœur, celles avec qui je partageais tout. Leur départ avait marqué la fin d'une époque, le début d'une nouvelle, celle où je devais apprendre à voler de mes propres ailes. Me retrouver seule, sans Jane et Callie, fut un réel défi, une épreuve silencieuse. Seule dans cette grande maison, avec seulement mes frères et mes parents, j'avais ressenti un vide persistant, une tristesse lancinante, une nostalgie douce-amère. Mais au-delà de cette mélancolie, j'avais aussi ressenti une force nouvelle, une envie grandissante de me prouver que je pouvais être indépendante. Je savais que c'était leur heure de briller, de poursuivre leurs rêves, de tracer leur propre chemin. Un soir, alors que je me sentais particulièrement seule, le silence de ma chambre pesant sur moi, j'ai décidé d'écrire une lettre à Jane, un acte simple pour combler le vide. « Chère Jane, Je t'écris ce soir, le cœur lourd de solitude. Callie est partie, tu es partie, et je me sens un peu perdue, comme une barque sans amarre. Mes frères essaient de me remonter le moral, mais rien n'y fait vraiment. Je pense à toi, à nos moments passés ensemble, à nos rires complices, à nos larmes partagées. Tu me manques tellement. Je me souviens de ce que tu m'as dit, de cette étincelle de vie qui brille en nous. Je vais essayer de la retrouver, de la laisser me guider à nouveau. Mais sans toi, c'est difficile. J'espère que tu es heureuse à Harvard, que tu réalises tous tes rêves les plus fous. Tu es une fille formidable, Jane, une inspiration. Tu vas devenir une avocate brillante, j'en suis sûre. Je t'embrasse fort. Beth » Quelques jours plus tard, j'ai reçu une réponse de Jane, une enveloppe porteuse d'espoir. « Chère Beth, Ta lettre m'a émue aux larmes. Je sais ce que tu ressens, je me sens seule aussi par moments, loin de tout ce que je connais. Mais je pense à toi tous les jours, à notre amitié inébranlable, à notre combat que nous avons mené ensemble. Tu es une fille forte, Beth. Tu as surmonté tant d'épreuves, les plus difficiles qui soient. Tu vas surmonter celle-ci aussi, j'en suis convaincue. N'oublie jamais que tu n'es pas seule. Tu as ta famille, tes frères protecteurs, tes parents aimants. Et tu m'as moi. Je serai toujours là pour toi, même à des milliers de kilomètres. Je te promets qu'on se reverra bientôt. En attendant, écris-moi, appelle-moi, raconte-moi chaque détail de ta vie. Je veux tout savoir. Je t'aime, Beth. Jane » La lettre de Jane m'a réchauffé le cœur, comme un rayon de soleil après la pluie. Je savais que notre amitié était plus forte que la distance, que le temps. Je savais que je n'étais pas seule, vraiment. Les années avaient continué de passer, apportant avec elles des joies inattendues, des peines fugaces, et des surprises qui jalonnaient mon chemin. J'avais appris à vivre avec la solitude, non pas comme un fardeau, mais à la transformer en une force tranquille. J'avais appris à apprécier les moments simples passés avec ma famille, à savourer chaque instant, chaque conversation, chaque éclat de rire. J'avais continué à écrire, à raconter mon histoire, à partager mon espoir avec le monde. J'avais compris que ma vie, malgré les épreuves redoutables, était un cadeau précieux, une chance inouïe. Et j'étais déterminée à en profiter pleinement, à chaque respiration. Je les appelais souvent, Jane et Callie. Nous parlions pendant des heures, partageant nos vies. Elles me racontaient leurs journées à l'université, leurs cours passionnants, leurs nouveaux amis. Je leur racontais ma vie à Lewiston, mes études, les dernières péripéties de mes frères. Les années avaient passé, et j'avais fleuri, m'épanouissant comme la "fleur fragile de l'Idaho". J'avais dix-huit ans, l'âge des choix cruciaux, des départs vers l'inconnu, des promesses d'avenir. J'avais obtenu mon diplôme de fin d'études secondaires avec mention, et j'avais été acceptée à l'université de l'Idaho, en littérature. Mon rêve d'écrire, jadis lointain, prenait enfin forme, tangible et excitant. J'étais impatiente de commencer ce nouveau chapitre de ma vie, d'explorer de nouveaux horizons, de rencontrer de nouvelles personnes, de me réinventer encore. L'université avait été une révélation, une explosion de savoir et de liberté. J'avais découvert un monde nouveau, rempli de connaissances fascinantes, d'idées stimulantes, et de passions partagées. J'avais rencontré des gens formidables, des professeurs inspirants qui allumaient des feux en moi, et des amis fidèles qui enrichissaient ma vie. J'avais continué à écrire, à explorer mon univers intérieur avec une curiosité insatiable. J'avais publié des poèmes, des nouvelles, des essais. J'avais participé à des concours littéraires, où j'avais eu la joie de remporter des prix, des petites victoires qui nourrissaient ma confiance. À l'université, j'avais plongé tête baissée dans mes études de littérature et d'écriture créative. J'avais rejoint un club d'écriture, où j'avais rencontré d'autres passionnés de mots, des âmes sœurs avec qui je pouvais parler des heures. J'avais participé à des ateliers d'écriture, à des lectures publiques, affinant ma plume, osant prendre la parole. J'avais trouvé ma voix, mon style, mon identité d'écrivaine, une vocation claire qui me définissait. La vie continuait, avec ses joies, ses peines, ses surprises constantes. J'avais appris à accepter les changements, à embrasser les nouvelles opportunités avec courage, à chérir chaque souvenir. J'avais compris que la solitude, loin d'être une faiblesse, pouvait être une force, une occasion précieuse de se reconnecter avec soi-même, de se découvrir en profondeur, de se réinventer sans cesse.
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