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1951 Mots
Brianna Hari se fige sur place. Quelque chose me dit qu'il ne voulait pas que je fasse la connaissance de l'homme en face de lui. Je peux le comprendre. Il y a quelque chose en lui qui me met mal à l'aise et me fait froid dans le dos. Je sais que le proverbe dit qu'il ne faut jamais se fier aux apparences, mais je pense que cet homme dont je ne connais pas le nom fait partie des quelques exceptions à la règle. J'attrape Hari par le bras et me colle contre lui, sans lâcher l'homme en face de nous du regard. — Retournons nous asseoir. — Je suppose qu'il s'agit là de ta nouvelle stagiaire ? demande l'homme. Je prends une grande inspiration et m'humecte rapidement les lèvres. — Je suis sa petite amie Monsieur. Maintenant si vous vouliez bien... — Oh je vois, me coupe-t-il, ce cher Hari ici présent est toujours aussi cachottier qu'à l'époque. Il cherche à me déstabiliser, c’est clair. Je reste de marbre me contentant de lui jeter un regard noir et tire sur le bras d'Hari afin que nous retournions nous asseoir avec Lewis et Eleanor. Je ne sais pas qui est l'abruti en face de nous mais je ne vais certainement pas le laisser pourrir notre soirée. — Nous nous reverrons ! — C'est ça, je rétorque froidement en accélérant le pas. L’homme me répond d’un rire mauvais. Je lui jette un dernier regard par-dessus mon épaule tout en me rapprochant de Hari. Je profite de notre proximité pour lui demander quelques renseignements sur cet homme. — Dan Stevenson. L'un des nombreux amants de mon ex-femme qui s'est mis en tête de continuer à me pourrir la vie. Connard prétentieux qui ne sait jamais où sont les limites. (Non sans rire.) C’est pour ça que j'ai pris la liberté de lui mentir quant à la nature de notre relation. — Il aurait fini par le lire dans les journaux, je lui fais remarquer. En partant du principe bien évidemment qu’il n’a pas lu « Les Amants de New York », ce qui, en toute honnêteté, me paraît peu probable. Cet homme semble apprécier foutre la merde. Clairement. — Que peux-tu me dire d’autre à son sujet ? je demande. — Eh bien, tout le monde le surnomme le requin à femmes. On ne peut plus les compter tellement il y en a eu. J’acquiesce. Le requin à femmes. Je comprends mieux maintenant pourquoi son nom m’était vaguement familier. — J’ai lu dans l’une des nombreuses revues achetées par une de mes amies, il y a quelques temps, qu’il avait tendance à draguer les compagnes de ceux contre qui il avait une dent, afin de se venger d’eux. C’est vrai ? — Oui c’est, vrai. Et je crois bien qu’il serait prêt à faire la même chose avec toi. (Je frissonne. Des sueurs froides me parcourent le corps à l’idée que ce goujat puisse oser espérer se venger de Hari en passant par moi. Eeeew.) Crois-moi Bree, il n'est vraiment pas net. Plus tu resteras loin de lui, mieux ce sera. Je ris jaune, peu amusée par l’idée d’être une cible potentielle pour ce pervers détraqué. Hors de question. — Ne t’en fais pas Hari. Il n’y a pas écrit Gwenaëlle numéro deux sur mon front. — Je sais bébé, je sais. ** A mon plus grand soulagement, le repas se déroule sans encombre. Nous passons la première partie du repas à parler du mariage de Lewis et Eleanor qui aura lieu probablement en juin prochain. Ils ne savent pas encore où, mais si possible ils aimeraient que cela se fasse en France ou en Angleterre. Le plat principal fini, nous sommes rejoints par Frédéric Hosmann et Charles Laroseraie. Le premier ne reste que quelques minutes afin de s'assurer que tout se passe bien et que nous profitons de la soirée, ce à quoi nous répondons que oui. Hors de question de laisser l'incident avec Dan venir ternir l'ambiance. Quant à Charles, il reste avec nous pour le dessert accompagné d'une énième coupe de Cristal Roederer de je ne sais quelle année. Je dois dire que j'ai arrêté de prêter attention à ce détail à partir de ma troisième coupe qui, je dois l'admettre, commence à me monter à la tête. Heureusement pour moi, je réussis tout de même à faire bonne figure le temps des présentations. Charles Laroseraie est un ami français des garçons. Pas aussi connu qu'eux mais tout aussi débrouillard. Il a commencé dans le domaine littéraire avant de se réorienter sur le domaine gastronomique. Il a fait quelques investissements en France et a décidé de venir quelques jours à New York, afin de voir comment il pourrait profiter de son influence grandissante pour faire la même chose ici et ainsi développer son affaire. Très ambitieux de sa part et très intéressant, mais cela le serait encore plus si ma vessie ne menaçait pas d'exploser à n'importe quel moment. N’y tenant plus, je prends congé quelques instants le temps de passer par la case « toilettes ». Cela m'apprendra à abuser du Champagne. Quoique d'un autre côté, je suis persuadée que n'importe qui à ma place se serait laissé prendre au jeu. Ce Champagne est une pure merveille et la soirée un véritable conte de fée contemporain. Supercalifragilistiexpialidocious. Un véritable conte de fée contemporain. C'est officiel. J'ai vraiment un bon coup dans le nez. Je sors de la cabine et me lave vivement les mains. J'aimerais bien me passer de l'eau sur le visage mais cela risquerait de faire couler mon maquillage et, avec la chance que j'ai, m'en mettre plein la robe. Donc non. J'en profite tout de même pour prendre une grande inspiration et remettre mes cheveux en place, tout en expirant l'air lentement. Je passe mes mains sur ma robe afin d'en lisser le jupon, voilà. Ça fera l'affaire pour la fin de la soirée. Dernier coup d'œil rapide dans le miroir et hop, je suis sortie. Je m'apprête à regagner notre table, mais c'est bien évidemment sans compter sur le Karma qui a décidé de me mettre dans une situation embarrassante. — Comme on se retrouve ! Je sursaute, prise d’un haut-le-cœur soudain. Dan Stevenson se tient face à moi, son sourire narquois au coin des lèvres. Je tente de le contourner tant bien que mal mais il m'attrape fermement par le bras, me bloquant le passage. Son souffle chaud qui empeste l'alcool vient effleurer ma peau me donnant envie de vomir. — Lâchez-moi, je dis d'une voix aussi calme et froide que possible. Mon regard croise le sien. Son sourire narquois s’agrandit sur son visage. — Voyons, je ne fais rien de mal, Mademoiselle Andrews. Un frisson désagréable me parcourt le long de la colonne vertébrale à l'entente de mon nom. Dit par Hari cela a quelque chose de sexy, dit par lui cela ne fait qu’empirer mon mal de cœur. — Lâchez-moi si vous ne voulez pas que je vide mes tripes sur vos chaussures. — Vous me faîtes rire, dit-il d'une voix moqueuse et hautaine, vous êtes tout aussi simplette et naïve que toutes celles qui sont passés par là avant vous, y compris ma cousine. Je me libère de son emprise d'un coup sec et fais demi-tour sur moi-même, prête à l'ignorer et faire comme si de rien n'était. Essayer de discuter avec un con comme lui, est une bagarre perdue d'avance, surtout lorsque le dit con a un coup dans le nez. — Hari vous a-t-il parlé de ses paris glorieux au lycée ? Je me stoppe net comme figée. Paris ? Quels paris ? Dan Stevenson profite de cet instant pour s'approcher de moi tout en continuant son attaque. — Des paris au cours desquels il devait coucher avec des filles avant une date butoir. La majorité d'entre elles ont perdu leur virginité à cause de ça. Elles le croyaient sérieux, alors que tout ce qu'il faisait c'était se payer leur tête, comme il le fait probablement avec vous. Je ferme les yeux et sers les mâchoires. Je sens mes poings se contracter le long de mon corps et mon être entier se tendre, alerte. — Arrêtez. — Vous n’êtes qu’un jouet pour lui. Un nouveau jouet avec lequel il va prendre du plaisir, jusqu’à l’usure, avant de vous jeter comme l’on jette un jouet cassé. Hari Stanford a toujours fonctionné de la sorte et ça n’est certainement pas vous qui… — La ferme ! Je me retourne face à lui, les joues en feu et les poings serrés. Ma poitrine monte et descend au rythme de ma respiration effrénée. Des bruits de pas résonnent derrière moi. En moins de temps qu'il n'en faut pour le dire, Hari et Lewis se tiennent à mes côtés. Les traits de Hari s’étirent en une expression furieuse tandis que son regard croise le mien. — Qu'est-ce que tu lui as dit Stevenson ? — La vérité, répond l’intéressé en haussant les épaules. Je lui ai dit que tu n’étais qu’un coureur de jupons qui se faisait du blé en pariant sur le dos de ses conquêtes, voilà tout. — Et toi tu ne seras jamais rien de plus qu'un bouche-trou, attaque Lewis sur un ton cinglant. Un bouche trou qui se fait b****r la gueule par tout le monde et en beauté. Gwenaëlle comprise. Le visage de Dan en face de nous se tord de douleur. Si je ne savais pas ce que je sais sur lui, je pourrais presque ressentir de la pitié. Le simple nom de Gwenaëlle semble avoir suffisamment d'impact sur lui pour lui faire péter les plombs. Un bruit de craquement sinistre se fait entendre tandis que son poing atterrit droit sur le nez de Lewis. Deux serveurs arrivent et attrapent Dan afin d'éviter que ce dernier ne se jette sur lui. Lewis encercle son nez ensanglanté à l’aide de sa main. Eleanor nous rejoint ainsi que d’autres personnes, probablement alertées par la voix portante de Hari et celle complètement hystérique de Dan. — Connard ! Je l'aimais ! — Visiblement ce n’était pas réciproque, rétorque Lewis. — Espèce de... — Dan ? Dan ! Je sursaute surprise, comme rappelée à la réalité après un rêve désagréable. Une jeune femme que je suppose être la petite amie de Mr. Stevenson nous rejoint. Elle ordonne aux deux serveurs de le relâcher avant de se tourner vers nous, le regard noir. — Qu'est-ce que vous lui avez fait encore ? Hari ouvre la bouche, prêt à la remettre à sa place, mais Dan le devance. — Laisse tomber chérie. Stanford et moi avions des comptes à régler. — Et votre petit ami ici présent a tenté d'y mêler ma petite amie, précise Hari. — Mais bien sûr. La jeune femme émet un rire dédaigneux son regard jonglant entre Hari et moi. Je réagis en la toisant le plus froidement possible. Rien qu'en prenant en compte sa réaction, je comprends mieux comment elle a pu être attirée par quelqu'un comme lui. Elle est tout aussi grave, si ce n'est pire. Pas étonnant qu'ils fassent la paire. — Allons-y chéri. Elle attrape son petit ami par le bras, non sans un dernier regard dans ma direction. Dan tourne la tête vers Hari, l'air grave et menaçant. — Tu finiras par te casser la gueule Stanford. Ce n'est plus qu'une question de temps. Sur ce, ils se retirent tandis que des bruits de pas retentissent un peu partout autour de nous. Je ne les lâche pas des yeux, l'esprit troublé par les mots que Dan m'a dit un peu plus tôt. Jouet. Paris. Hari s'est-il moqué de moi ? ** ** ** ** **
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