Le gala battait son plein, une mer de rires et de conversations feutrées s’élevait dans la somptueuse salle de bal. Les lustres scintillaient comme des étoiles accrochées au plafond, et Elena Moretti se tenait en retrait, un verre de champagne à la main, observant la scène avec une acuité acérée. Elle était là, mais son esprit vagabondait, prisonnier de pensées sombres. La musique valsait autour d'elle, mais elle n'entendait que le bruit sourd de son propre cœur.
Dario Mancini, l’héritier du clan rival, était présent dans la foule. Le simple fait de penser à lui faisait frémir sa détermination. Son père lui avait appris à haïr les Mancini depuis sa plus tendre enfance, à les considérer comme des monstres responsables de la mort de sa mère. La légende familiale disait que l’assassinat avait été orchestré par un Mancini, et à chaque fois qu’elle voyait son visage angélique et ténébreux, elle se remémorait le vide laissé par cette perte. C’était une haine qui pulsait en elle, aussi vive que les flamboiements des bougies ornant les tables.
Mais alors que les lumières se reflétaient dans ses yeux, elle ne pouvait pas ignorer cette énergie inexplicable qui semblait l'attirer vers lui, comme un papillon vers une flamme. Elle secoua la tête, frustrée par ces pensées indésirables. « Non, Elena, reste concentrée », murmura-t-elle à elle-même. Ce soir, elle devait jouer son rôle, espionner, recueillir des informations pour son père. Ce gala était plus qu’une simple fête ; c’était une couverture pour une guerre qui grondait sous la surface.
Elena se déplaça gracieusement dans la pièce, son regard scrutant les invités. Elle s’était habillée avec soin, une robe noire qui soulignait sa silhouette élancée, des perles délicates ornant son cou. Elle devait être à la fois séduisante et invisible. Le clan Moretti avait besoin d’elle pour réussir ce coup, et elle ne pouvait pas échouer. Elle se dirigea vers une table où un groupe d’hommes discutait à voix basse, leurs visages marqués par l’inquiétude. Elle se pencha légèrement pour écouter.
« ...Les Mancini préparent quelque chose, je le sens. », disait l’un d’eux, un homme au regard dur et aux mains calleuses. « Il faut qu’on soit prêts. »
Le cœur d’Elena se mit à battre plus fort. Elle savait que chaque mot échangé était un potentiel indice, un pas de plus vers la révélation des plans de l’ennemi. Avec précaution, elle sortit son téléphone, prenant des notes discrètement sous la table.
Soudain, elle ressentit un frisson, comme si une ombre la frôlait. Elle leva les yeux et croisa son regard. Dario Mancini. Son cœur se serra. Il était là, au milieu de la foule, une silhouette irradiante de charisme et d’assurance, son sourire misanthrope illuminant son visage. Leur regard se fixa pendant une fraction de seconde, une étincelle d’électricité traversant l’espace entre eux. Puis, il tourna les talons, s'éloignant, comme si son propre pouvoir de séduction l'avait déjà emporté.
Elena déglutit, troublée par cette rencontre fugace. Elle secoua la tête pour chasser ses pensées. Ce n’était pas le moment de céder à la faiblesse. Avec détermination, elle se remit au travail, s’approchant d’un groupe de femmes qui discutaient des dernières rumeurs dans le milieu mafieux.
« Vous avez entendu parler de la cargaison de Dario ? », demanda une brunette, ses yeux pétillants de curiosité. « Ils disent que c’est gros, plus gros que tout ce qu’ils ont fait jusqu’à présent. »
Elena hocha la tête, feignant l’intérêt. Elle avait besoin d’informations, et chaque détail comptait. Pendant qu’elle écoutait, elle se sentait piégée dans le labyrinthe de ses émotions. Elle savait que chaque sourire échangé, chaque parole murmurée à Dario serait une trahison envers son père. Et pourtant, ses pensées la trahissaient. La vérité, c’était que quelque chose en lui la fascinait.
Le gala se poursuivait, mais son esprit était en proie à un combat interne. Dario, avec son regard perçant, ne semblait pas être le monstre qu’on lui avait décrit. Il dégageait une aura de mystère, et Elena ne pouvait s’empêcher de ressentir une connexion inexplicable, une attraction qu’elle voulait ignorer. Elle devait rester concentrée, ne pas céder à la curiosité.
Et puis, sans crier gare, le chaos éclata. Un bruit assourdissant retentit, suivi de cris. Des coups de feu. La panique s’empara de la salle, les invités cherchant refuge, se bousculant, perdant toute notion de bienséance. Elena, prise au dépourvu, se retrouva projetée contre un mur. Les lumières clignotaient, la musique avait cessé. Elle pouvait sentir son cœur battre la chamade, la peur s’insinuant dans ses veines.
Dario apparut alors, son visage grave, l’air déterminé. Ses yeux scrutaient la pièce, cherchant à évaluer la situation. Elena s’accrocha à sa présence, comme si sa force pouvait lui donner le courage qu’elle avait besoin de trouver en elle. Il se rapprocha d’elle, et pour un instant, tout le reste disparut.
« Elena, reste près de moi, » ordonna-t-il, sa voix basse et ferme. Elle hocha la tête, émue par l’urgence de la situation. Au fond d’elle, une part de son esprit luttait, se demandant si elle pouvait vraiment lui faire confiance.
À ce moment-là, l’adrénaline coulant dans ses veines balayait la haine inculquée par son père. Ils étaient tous deux piégés dans ce chaos, et quelque chose de plus grand que leur rivalité familiale semblait émerger. La peur, la tension, et cette attraction qu’elle avait tant essayé d’ignorer se mêlaient dans un tourbillon d’émotions.
Ils se frayèrent un chemin à travers la foule, Dario protégeant Elena de son corps. Chaque pas qu’ils faisaient semblait les rapprocher davantage, effaçant les frontières que leurs familles avaient dessinées. Ils étaient deux âmes perdues dans une tempête, cherchant refuge l’une dans l’autre.
« Nous devons sortir d’ici, » murmura-t-il, et à cet instant, Elena comprit. Ce n’était pas seulement une question de survie, mais aussi une question d’allégeance. Elle était en train de choisir, sans même s’en rendre compte.
Leurs mains se frôlèrent, et un frisson électrique traversa son corps. La lutte entre loyauté et désir s’intensifia. Était-ce possible de commencer à ressentir quelque chose pour son ennemi ? Dans ce monde de violence, d’ombres et de secrets, leur amour pouvait-il réellement exister ?
Alors qu’ils atteignaient la sortie, la lumière des lampadaires s’infiltrait à l’extérieur, un aperçu de la liberté. Mais à l’intérieur, la guerre continuait de faire rage. Elena devait prendre une décision, et elle ressentait déjà le poids de son choix. Sa loyauté envers son père ou ses sentiments naissants pour Dario ? Dans ce décor chaotique, la question restait en suspens, comme une promesse de danger et de passion.
Le monde extérieur les attendait, et tout ce qu’elle savait allait être remis en question. La danse entre loyauté et amour venait à peine de commencer, et Elena se tenait à la croisée des chemins, prête à embrasser ce qui pourrait être une flamme dangereuse.
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