Mercred’5

568 Mots
Mercred’5 En sortant du rade je traîne mon René au marchand de journaux. J’ai du mal à y trouver le présentoir de la presse, planqué entre Les Pokémon, la collection de petites culottes de stars du cinéma des Éditions Altas (dont le « numéro 1 », avec la petite culotte de Josiane Balesko, est vendu un euro seulement, splendide classeur collector compris) et la série vidéo Mille ans de Cinéma. Pas de chance l’édition du Parisien vendue à Vitry est celle du 94. On y évoque bien l’affaire Margueron, mais juste en quelques lignes et pas de photo. Un bonheur ne venant jamais seul on croise le commissaire dans la galerie. Il est accompagné d’un de ses collègues et discute avec le directeur de l’Inter. Il nous voit et nous adresse un bref salut. Il a l’air préoccupé, pépère. Mon instinct infaillible voit dans cette rencontre un signe du destin, je l’apostrophe donc : — Bonjour Monsieur le commissaire, il faudrait que je vous voie. Il s’écarte du groupe : — Maintenant ? — Non, ça peut attendre. Je dois filer et je suis déjà en retard. Et puis vous êtes occupé. — Mouais… Dommage… Ça m’aurait fait une récréation… Passez cet après-midi au commissariat, je bouge pas, je fais le planning du mois. — Merci, à tout à l’heure et… bon courage ! Il rattrape les deux autres et ils disparaissent derrière la caisse centrale. René m’interroge : — Tu vas y dire quoi ? — J’en sais rien encore, mais l’histoire de ton pote m’intrigue. En tout cas sois sans crainte j’y dirai pas tout. — J’te fais confiance. On va où ? — On passe chez moi. Finalement je vais demander à Félicité de garder la petite pour déjeuner car je dois voir un gus qui aurait besoin de mes services. Tu m’accompagneras. C’est à la cité Bernard-Henri Levy. — Wouah, c’est la zone, là-bas ! Y a un gonzier qu’a les moyens de se payer tes services ? C’doit pas être clair ! — J’en sais rien du tout. Il m’attend en fin de matinée. Je l’ai eu hier soir au bigo. Il m’a juste dit que c’était une petite affaire que je pourrais glisser entre deux affaires plus importantes. Il me reste plus qu’à trouver les deux affaires plus importantes. C’est mort en ce moment. Il se marre. On se marre. J’ai une idée : j’appelle de mon portable Brigitte, qui doit s’ennuyer dans sa pharmacie. Quelle belle invention ! — Pharmacie de la gare ! — Brigitte ? — Ben oui, t’as déjà vu une autre prépa, ici ? Bon, elle est en colère… Elle doit avoir ses bidules… Quoique non puisqu’on devait se voir aujourd’hui… Donc elle m’en veut d’avoir annulé à cause de ma fille. C’est à de telles déductions qu’on voit quel détective exceptionnel je fais. — Euh… dis-moi… à midi, tu rentres ? — Ben oui, je rentre, j’avais prévu autre chose, mais je rentre. Pourquoi cette question ? Tu cherches une baby-sitter ? J’avais raison, elle est en colère. — Non… Mais si tu me rends un petit service, je m’arrange pour qu’on se voie deux heures quand tu sors ce soir. — Quoi ? Il faut maintenant que je te rende des petits services pour que tu aies envie de me voir ? C’est la meilleure ! Merde ! Merde ! ! J’ai encore foiré ! Mais quel con ! — Mais non, c’est pas ce que je voulais dire. J’ai besoin de ton aide et j’ai aussi envie de te voir ce soir. — Raconte. — Tu m’achètes deux exemplaires du Parisien d’aujourd’hui à Athis. Il me faut l’édition de l’Essonne. Je passe les prendre à la pharmacie vers quinze heures. C’est très important. — Bon ben, j’vais voir… passe à quinze heures… j’ai du monde, je raccroche. Elle ne me laisse pas le temps de la remercier, mais je sais que c’est gagné. Elle est vraiment en colère. La soirée va être calvairéïque. René en rajoute : — Moi, la pharmacienne, je la verrais bien même si elle me rendait pas de service. — Et t’aurais raison. En attendant grouillons-nous !
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