06
« Nous allons garder la cérémonie rapide. Commençons par les bêtas, veuillez monter sur scène. »
Et c’est ainsi que cela s’est passé, nos pères ont mené toute la cérémonie en détournant autant que possible l’attention de nous, espérant éviter tout problème. Cela s’est terminé plus vite que je ne l’avais imaginé, et nous avons été conduits à leur maison de meute où nous sommes allés dans le bureau de Roger, enfin celui de Julian maintenant, je suppose.
« Alors les garçons, comment vous sentez-vous ? » Demande mon père après que nous soyons tous assis.
« Maudit. » Julian porte son doigt à sa bouche, je pourrais croire qu’il se ronge les ongles, mais il ne les ronge pas. Ils sont juste là.
« Ce qu’il a dit. » Réponds-je.
« Nous avons discuté et nous allons traiter ça comme n’importe quel autre couple de mates. » Dit Roger, me faisant froncer les sourcils. « Habituellement, vous emménageriez ensemble, mais vous venez de deux meutes différentes, pourtant nous ne pouvons pas nous permettre de vous séparer, c’est un lien récent. Vous pouvez décider entre vous deux ce qu’il va se passer à ce sujet. »
« Vous devez aussi décider ce que vous allez faire avec les meutes. Elles sont à vous maintenant, donc nous ne pouvons pas vous dire quoi faire, mais nous avons été sérieux plus tôt, la fusion est la meilleure option. » Dit mon père d’un ton sérieux.
« Nous allons vous laisser discuter de tout ça. » Et avec ça, ils partent en nous laissant seuls, Julian et moi. Je lève les yeux vers lui et je le trouve clairement perdu dans ses pensées, lui qui est un penseur, tandis que je suis plus du genre à « agir » tout de suite.
« Ils ont raison, on doit fusionner les meutes. » Je commence la conversation, ses yeux croisent les miens instantanément.
« Tu comprends bien que cela veut dire qu’on sera mates. » Dit-il en levant un sourcil.
« Tu comptais me rejeter ? »
« Non. » Répond-il rapidement.
« Alors c’est la seule option qu’on ait. » Réponds-je.
« Mais je ne suis pas gay ! » Crie-t-il en se levant.
« Moi non plus ! Tu crois vraiment que j’ai envie d’être lié à un mec ? Surtout à celui que j’ai détesté littéralement toute ma vie. Je n’en veux pas ! » Je lui réplique, et il se rassoit dans son siège en essayant visiblement de se calmer. « Maintenant, tu peux essayer d’être, je sais pas, un peu moins immature pour qu’on puisse résoudre tout ça. » Il hoche lentement la tête, comme si ça lui faisait mal, puis il ignore ça. Je continue. « Il y a des terres vacantes entre nos meutes, on les chercherait, on les déblayerait et ensuite, on les réclamerait. »
« On sera deux alphas à diriger une seule meute, ton ego peut supporter ça ? » Il me lance, une nouvelle pique. Je sens mes ongles s’enfoncer dans les accoudoirs du siège, la colère montante.
« Pourquoi tu cherches absolument à te battre ?! » Je crie en le regardant avec des yeux défiants. « Je cherche des solutions, toi, tu sembles pas en vouloir ! »
« Parce que je ne te veux pas ! » Hurle-t-il, et ça me fait m’effondrer en moins d’une minute. Ses mots me frappent comme un poignard, la douleur me submergeant comme jamais auparavant. Mon loup hurle de tristesse, moi, je le suis dans cette dépression grandissante.
« Je ne voulais pas dire ça comme ça. » Dit-il plus calmement après avoir vu ma réaction. « C’est juste que j’ai rêvé de mon mate plus longtemps que tu ne peux l’imaginer, et toi, tu n’étais pas dans le tableau. »
« Eh bien, tu n’étais pas dans le mien non plus. Les mates sont censés être faits pour toi, pour te comprendre et t’aimer. Mais je ne pense pas que ça puisse jamais arriver entre nous. » Il hoche la tête, d’accord avec ce que je dis, et on laisse tous les deux échapper un long soupir d’épuisement.
« Et pour les arrangements de logement ? » Demande-t-il après un long moment de silence.
« On pourra faire des allers-retours, je suppose. » Réponds-je en essayant de cacher mon dégoût à l’idée de vivre avec lui. « J’ai déjà emménagé dans mon appartement, donc on peut y aller ce soir. »
« Je viendrai plus tard, j’ai besoin de... réfléchir à tout ça. » Dit-il en fronçant les sourcils, ses mains se plongeant dans ses cheveux dans un signe évident de frustration. Sans dire un mot de plus, je me lève et quitte la pièce, fermant la porte derrière moi.
Un cri d’agonie s’échappe de mes lèvres alors qu’un raz-de-marée de misère m’envahit dès que je ferme la porte. Les hurlements de mon loup de douleur m’assaillent tandis que mon corps reste figé dans un état de paralysie douloureuse. Je sens mon cœur ralentir, mes poumons hurlent pour de l’air, j’essaie de faire un pas en avant, mais ça rend la douleur dix fois pire. Le sang dans mes veines est comme de l’acide, je sens quelque chose gratter en moi, essayant de sortir alors que je reste là, pris dans cette souffrance.
Luttant contre la douleur, je me retourne lentement, mon état me rendant inutile, j’ouvre la porte, mes yeux trouvent Julian à mi-chemin de la porte, dans le même état. Nous semblons être libérés de cette souffrance à la vue de l’autre.
Comme si c’était un réflexe, mon corps court vers lui et je l’enlace immédiatement. Une sensation d’électricité envahit mes veines affaiblies dès que nos peaux se touchent, me redonnant instantanément de l’énergie. Il me serre dans ses bras presque aussitôt, cette sensation grandissant encore. Je cache mon nez dans son cou, inhalant ce parfum envoûtant, le serrant pour ne pas le lâcher. Lui fait de même, ses mains serrant fermement mes épaules.
Se détachant à contre-cœur, sans briser l’étreinte qui me procure cette sensation incroyable de sa peau contre la mienne, je prends son visage dans mes mains, écartant ses cheveux pour le voir clairement.
« Ça va ? » Je demande en cherchant dans ses yeux un signe de douleur ou de blessure.
« Ça va. Et toi ? » Demande-t-il, l’inquiétude dans sa voix.
« Ça va. » Réponds-je en plongeant mes yeux dans les siens, ces magnifiques prunelles bleues. Je me laisse de nouveau enfouir dans le creux de son cou, ayant plus que jamais besoin de son parfum, et il fait de même.
« Qu’est-ce qui se passe ici ? » La voix de Roger me fait sursauter, et je lève la tête vers lui. Je garde Julian dans mes bras, incapable de le lâcher.
« Il a quitté la pièce pendant à peine une seconde et je ne pouvais pas respirer sans lui. » Répond Julian, son étreinte se serrant encore un peu plus. « Ça ne se passe pas comme ça avec les mates. Pourquoi ça se passe comme ça pour nous ? »
« Je ne sais pas... » Répond Roger, les yeux perdus dans ses pensées.
« Eh bien, vous n’êtes pas un couple habituel de mates. Mon avis, c’est que c’est lié au fait qu’on soit des hommes, des alphas, ou les deux. » Intervient mon père, ses yeux suivant nos corps joints. « Tout ça est nouveau, on devra tester les limites. »
« Qu’est-ce que tu veux dire ? » Demande-je, agité.
« Aiden, laisse Julian et fais quelques pas en arrière. » Dit-il calmement.
J’ai l’impression qu’on me déchire le cœur quand on se sépare lentement, je vois la douleur dans ses yeux alors qu’on s’éloigne. Ce n’est pas aussi insupportable que ce que j’ai ressenti dehors, mais ça fait toujours mal après avoir ressenti cette connexion de sa peau contre la mienne.