Depuis la fenêtre de sa chambre, Amira pouvait observer l’armée du sultan, qui était arrivée avant-hier. Les soldats, revêtus de leurs armures étincelantes, se tenaient devant l’entrée de Jedda, dont les grandes portes étaient grandes ouvertes. L’atmosphère était chargée d’émotion, alors que certains soldats prenaient le temps de dire au revoir à leurs familles, des larmes aux yeux et des promesses murmurées.
- Qu’est-ce que tu fais là, ma fille ? lui demanda sa mère, qui venait de rentrer dans la pièce, le visage marqué par l’inquiétude.
- Le sultan et son armée repartent, répondit Amira d’une voix tremblante.
Elle redirigea son regard vers la fenêtre, où l’armée, avec laquelle le sultan était revenu, se tenait toujours. Elle n’avait cessé de réfléchir à la proposition qu’il lui avait faite, et après de longues heures de méditation, elle en était arrivée à une conclusion : elle n’allait pas accepter cette offre, car elle aspirait à autre chose.
Quelque chose de plus grand.
Amira observa le sultan depuis sa monture. Bien que son visage fût dissimulé par un shemagh qui ne laissait entrevoir que ses yeux perçants, elle savait que c’était lui. Elle l’avait observé attentivement avant-hier, scrutant chaque détail de son allure majestueuse. Son pied frappait nerveusement contre le sol, tandis qu’elle jetait un coup d’œil à sa mère, qui s’était allongée sur son lit, épuisée par les événements. Celle-ci s’était déjà endormie, le visage paisible mais marqué par le souci.
Marchant sur la pointe des pieds pour ne pas la réveiller, Amira lança un dernier regard à sa mère avant de s’extirper de l’habitacle. Elle se dirigea vers les quartiers de son père, mais celui-ci n’était pas dans sa chambre. Il était sûrement sorti pour se promener un peu dans la cité, pensa-t-elle, connaissant son esprit aventurier.
En entrant dans la pièce de son père, elle observa les maigres affaires qu’il avait ramenées lors de leur embarquement. Instinctivement, elle chercha l’armure qu’il avait portée pour se battre aux côtés du feu sultan. Amira savait que c’était une idée folle, surtout en tant que femme dans cette société patriarcale. Elle n’avait pas le droit de faire cela.
Cependant, depuis son plus jeune âge, elle avait toujours rêvé de vivre des aventures, de combattre pour une cause qui lui tenait à cœur. Elle s’était souvent cachée pour observer son père et son frère s’entraîner, admirant leur force et leur détermination. Au fil des années, elle avait acquis une certaine expérience, apprenant les mouvements et les techniques de combat, même si cela restait un secret bien gardé.
Amira attrapa ses cheveux et les attacha en une queue de cheval serrée, déterminée. Elle retira ses vêtements et enfila l’armure de son père, qui lui semblait un peu trop grande mais qui lui donnait une sensation de puissance. Elle pouvait encore voir, par la fenêtre de la chambre de son père, que le sultan et son armée n’étaient pas encore partis. Ils étaient toujours aux portes de Jedda, prêts à partir mais attendant peut-être un dernier signe, un dernier adieu.
Le cœur battant, Amira se tenait là, à la croisée des chemins, tiraillée entre le devoir familial qui l'appelait et son désir ardent de liberté qui brûlait en elle. Elle savait que cette décision pourrait changer le cours de sa vie, mais elle était prête à prendre ce risque, consciente que chaque choix qu’elle ferait la rapprochait de son rêve de s’affranchir des contraintes qui pesaient sur elle.
Sortant de l’habitacle, elle ne se dirigea pas vers sa chambre, mais plutôt vers l’enclos qu’elle avait aperçu la veille. Cet enclos, situé à l’arrière de la maison, abritait des chevaux robustes, des montures dignes des guerriers qui composaient l’armée du sultan. Elle avait toujours été fascinée par ces créatures majestueuses, symbole de force et de liberté. En s'approchant, elle sentit une montée d'adrénaline, mais aussi une nervosité croissante. Il y avait un garde qui surveillait l’enclos, un homme imposant avec une stature qui inspirait le respect.
Alors qu’elle s’approchait, elle se sentit nerveuse, ses mains moites trahissant son anxiété. Elle savait qu’elle devait agir avec prudence. Elle inspira profondément, ajusta son casque sur sa tête, qui masquait son visage et sa chevelure, et d'une voix ferme mais respectueuse, elle s'adressa au garde :
- Je vous en prie, mon seigneur.
Le garde, surpris par la présence d'une silhouette encapuchonnée dans un lieu où seules des figures militaires étaient attendues, s’écarta, pensant sûrement qu’elle faisait partie de l’armée du sultan. Cette opportunité, bien que risquée, était exactement ce qu’Amira espérait. Si tout le monde pensait ainsi, elle pourrait très bien se faufiler parmi les rangs de l’armée du sultan sans que personne ne fasse réellement attention à elle, persuadés qu’elle était un homme.
Amira se glissa lentement dans l’enclos, son cœur battant à tout rompre. Les chevaux, sensibles à sa présence, renaclaient légèrement, mais elle s’approcha d’un magnifique destrier noir, dont la crinière flottait au vent. Elle caressa doucement son encolure, ressentant une connexion immédiate avec l’animal. C’était comme si, à cet instant, ils partageaient un même désir de liberté.
Elle se retourna furtivement pour vérifier que le garde ne la surveillait pas trop attentivement. Son esprit était en ébullition, oscillant entre l’excitation et la peur. Elle savait qu’elle prenait un risque immense, mais l’adrénaline qui parcourait ses veines ne faisait qu’intensifier son désir de s’échapper. L’idée de rejoindre l’armée, de combattre aux côtés des hommes, de prouver sa valeur, lui semblait désormais à portée de main.
Avec une détermination renouvelée, elle monta sur le cheval, réalisant que c’était un acte audacieux. Elle ajusta son armure, un peu trop grande, et se mit en position, prête à galoper vers l’inconnu. La sensation de la selle sous elle, le vent fouettant son visage, tout cela lui donnait l’impression de vivre un rêve éveillé.
Alors qu’elle se préparait à quitter l’enclos, elle jeta un dernier regard en arrière. Elle savait que cette décision marquerait un tournant dans sa vie. Elle se remémora les visages de sa mère et de son père, leurs sourires, mais aussi leurs inquiétudes. Elle se promit de revenir, mais pas avant d’avoir prouvé qu’une femme pouvait être plus que ce que le monde attendait d’elle.
Le garde, distrait par un bruit venant de l’extérieur, tourna la tête, lui offrant une occasion en or. Amira profita de ce moment d’inattention pour donner un coup de talon et faire avancer le cheval. Le galop résonna dans l’air, et elle se sentit libre, enfin. Les portes de Jedda se dessinaient devant elle, et avec chaque foulée, elle s’éloignait de son ancienne vie, se rapprochant de l’armée du sultan .