Chapitre 4 : Amyliana

1259 Mots
Chapitre 4 : Amyliana Cela fait cinq jours que j’ai la sensation d’être suivie, à chacun de mes pas, à chaque sortie que je fais. Même à la Fac, j’ai l’impression d’avoir une paire d’yeux braquée sur moi. Et mes soupçons se confirment lorsqu’à chaque fin de service, un homme au visage camouflé m’observe, au loin. Il m’effraie. Il est présent en permanence, il ne me parle pas, ne tente aucune approche. Je suis là, pressant mes pas, et le cœur palpitant à tout rompre dans ma poitrine. Que me veut-il ? Pourquoi me suit-il si ce n’est pas pour venir m’accoster ? Et je repense à ces films où de jeunes femmes sont prises pour cible par un tueur en série. En est-ce un ? J’ai tellement la trouille que je ne rentre plus seule, j’accepte chaque demande de Milo, ou celle de Denis. Je suis dans le flou total, je ne comprends pas grand-chose à ce qu’il m’arrive. Sans compter les présences que je ressens dans mon appartement. Chaque nuit, c’est pareil : je me couche, ferme les yeux pour me réveiller quelques heures plus tard. Et à chaque fois, c’est à cause d’un bruit, d’un souffle, d’un rire. Quand j’allume, personne. Je deviens folle. Les fantômes et tout ce qui va avec, je n’y ai jamais cru. Lorsqu’on meurt, nous sommes enterrés, brûlés, et rien d’autre. Mais qui est cet homme ? J’ai beau creuser, je ne vois pas qui il pourrait être. Alors je me tiens sur mes gardes, ma bombe de spray aux poivres sagement logée dans mon sac à main au cas où il déciderait d’attaquer. Aujourd’hui, nous sommes dimanche. Et comme chaque dimanche, je vais chez Carla, mon amie et collègue. Toutes les deux avons une trentaine d’années de différence, mais qu’est-ce qu’on s’aime. Elle n’est pas un modèle, loin de là, ni même une mère de substitution, mais je l’admire pour le courage dont elle fait preuve depuis toujours. À seize ans, Carla a été mise à la porte de chez elle parce que sa mère l’accusait de draguer son beau-père, ce qui était faux évidemment. Mais elle s’est prise en main, sans jamais se laisser abattre par les épreuves de la vie. Trimballée de foyer en foyer, elle se faisait de l’argent de poche en offrant sa bouche aux plus pervers qui traînaient dans les rues. Des fellations, elle est passée rapidement à la sodomie, pour laisser son hymen vierge au cas où un mari voudrait d’elle. Sauf que l’argent a été plus fort que ses convictions, et qu’elle est tombée enceinte d’un sale type qui l’a prise contre les vieilles façades d’une ruelle où elle faisait le tapin. C’est seulement quand son fils a eu cinq ans qu’elle a rencontré Ernie, qui — même s’il reste un mac — lui offrait une sécurité, en lui fournissant un lieu fermé, surveillé et des capotes. Je traverse la route, la boule au ventre lorsque j’aperçois encore ce type me suivre. Son visage est caché d’un bandana aux couleurs d’un gang de la ville. Je n’ose pas trop regarder, et accélère la cadence de mes pas. Et s’il m’avait choisi comme p**e pour leur gang ? Oh putain... Ça doit être ça... Je suis dans une merde phénoménale et je dois en parler à Carla, pour qu’elle me dise ce que je suis censée faire. Je flippe. Parce que ces mecs-là n’ont rien de rigolo. Ils ne se cachent pas de leurs meurtres ni de leurs ventes de stup’. Et moi... Au milieu de tout ça... Merde ! ∞ Lorsque j’arrive au pied de la tour, je soupire, soulagée d’enfin être arrivée à ma destination. J’avance dans l’allée, quand un type louche m’accoste. — Hep mad'moiselle. Il se poste devant moi, me barrant le passage et instinctivement, je resserre mon sac devant moi. — Tu recherches quelque chose ? — Non. J’aimerais passer par contre. — s**t, éro ou... — Ou rien, le coupé-je. Je viens voir une amie alors barre-toi. Il se rapproche de moi, mais je ne me démonte pas. Vivre ici vous donne des couilles quand vous êtes une femme, pour les mecs, ça n’arrange pas grand-chose. Dommage. — Oh la meuf, comment tu m’parles ? Apparemment, j’ai touché à son égo. Il me bouscule, mais un bref regard par-dessus mon épaule m’apprend que le mystérieux inconnu est toujours bien là, à observer la scène. — Écoute-moi bien, dis-je bassement. Tu vois le mec, là-bas, derrière moi ? Je le vois regarder par-dessus mon épaule, avant qu’il ne refixe ses pupilles injectées de sang aux miennes. — Il est avec moi. Si tu me touches, il te flingue. — T’es dans la merde ma fille. Être des Cobra et te trimballer ici est inconscient. — Je t’emmerde. Laisse-moi passer où je fais signe à mon ami. Il me fixe encore, l’espace de quelques secondes, puis finit par s’écarter pour me laisser passer et je respire enfin. Merde. Les Cobra. Je ne sais pas qui ils sont exactement, mais les rumeurs disent que ce gang est un des plus durs, un des plus cruels qu’il puisse exister. J’avance, pétrifiée. Je suis dans un merdier incommensurable. Faut que je me renseigne, Carla doit bien avoir entendu parler d’eux, enfin, j’espère. Ou peut-être son fils, Steven. S’ils me suivent, ce n’est pas pour rien. Je vais devenir malade, à force de cogiter, mais faut que je sache. La montée des escaliers est fastidieuse. Six étages, sans ascenseur. Je ne suis pas sportive, et c’est là que je le ressens le plus. C’est à bout de souffle que je frappe à la porte numéro 25, et presque tout de suite, mon amie m’ouvre. — Hey, t’es bien essoufflée ! Elle me taquine, je le sais, alors je lui tire la langue. — Je me demande comment ça se fait que tu vives toujours sans bombonne d’oxygène, je lui réponds en entrant dans l’appartement. Elle m’embrasse avant de m’indiquer la direction du salon, comme s’il y avait vingt mille chemins. C’est un appartement assez petit, au couloir étroit et aux nombreuses portes. J’avance tout droit, pour accéder au séjour et jette mon sac sur l’énorme table en chêne, qui prend une place de dingue. — Ç’a été le trajet ? — Oui, oui... Je tire une chaise et m’y assois, tandis qu’elle file dans sa cuisine. — Comme d’hab’ ? — Oui, merci. Tu sais, je crois que je suis bien suivie. — Il t’a encore amené une robe ? J’aimerais mieux même si ça en reste flippant. — Non. Carla, ce mec me suit vraiment. Pour du vrai. Je ne ris pas. — Pourquoi tu ne vas pas lui demander son problème ? Je fronce les sourcils, et soupire en même temps. — T’es folle ? Tu sais que ce mec appartient à un gang ? Le silence prend place et quand je relève la tête, Carla est dans l’embrasure de la porte, en train de me regarder, l’air inquiet. — Tu plaisantes, Amy ? — Non. — Comment tu sais ça ? — Un mec... En bas, enfin ça, on s’en fout du comment je l’ai su. Tout ce qui m’inquiète c’est que je suis suivie par un gangster. — Oh mon dieu... Elle disparaît dans sa cuisine avant de revenir, chargée de deux tasses de cappuccino. — Amy, ne leur adresse pas la parole. Jamais. T’es armée ? — Euh... Oui, évidemment, réponds-je sarcastique, je me balade chaque jour avec ma kalachnikov dans mon sac à main. Elle rouspète, mais ne peut réprimer son rire. — J’ai une bombe aux poivres, dis-je plus sérieusement. Je bois une gorgée et toussote en grimaçant tant le cappuccino est brûlant. — Qu’est-ce qu’ils me veulent, à ton avis ? — Je n’en sais rien, Amy... Tu me fous la chair de poule. Elle frictionne ses bras, et je décide de lui parler de mon hypothèse. — Tu crois qu’ils me veulent comme prostituée ? Elle écarquille les yeux d’effroi et secoue rapidement la tête. — Amy, ces mecs-là ne vont pas venir gentiment te proposer un contrat. Leurs putes, ils les enlèvent, les droguent, les battent et les b*****t, inlassablement. C’est comme ça que ça marche, dans ces milieux où ils considèrent les femmes comme des brebis galeuses. Alors je ne sais pas ce qu’ils te veulent, mais ne reste plus seule. — Mais il est rentré chez moi ! Tu vas venir dormir dans mon pieu pour me défendre ? Elle soupire et j’en fais de même. En gros, je suis dans la merde. J’ai d’autres ambitions, j’ai d’autres projets que les leurs, et je ne sais pas de quel côté aborder les choses sans empirer mon cas.
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