Voilà, ma chère Eugénie, comme raisonnent ces gens-là, et moi, j’y ajoute, d’après mon expérience et mes études, que la cruauté, bien loin d’être un vice, est le premier sentiment qu’imprime en nous la nature : l’enfant brise son hochet, mord le téton de sa nourrice, étrangle son oiseau bien avant que d’avoir l’âge de raison ; la cruauté est empreinte dans les animaux chez lesquels, ainsi que je crois vous l’avoir dit, les lois de la nature se lisent bien plus énergiquement que chez nous. Elle est chez les sauvages bien plus rapprochée de la nature que chez l’homme civilisé ; il serait donc absurde d’établir qu’elle fût une suite de la dépravation ; ce système est faux, je le répète, la cruauté est dans la nature, nous naissons tous avec une dose de cruauté que la seule éducation modifie ;


