La pomme d’Adam ou Comment une bosse est venue au cou des hommesQuand le serpent a tendu la pomme à Ève, Ève a pris la pomme : c’était une belle grosse pomme rouge et brillante, appétissante et parfumée. Et Ève a croqué la pomme. Hum ! Elle était savoureuse, juteuse, le jus coulait lentement dans sa bouche au fur et à mesure qu’elle mâchait doucement la pomme, qu’elle la savourait… Et elle l’a avalée. Et la pomme était si bonne qu’elle a voulu la partager avec son homme. Et Ève a tendu la pomme à Adam. Mais Adam avait mauvaise conscience. Il y avait une petite voix qui lui disait :
– N’y touche pas, malheureux ! C’est un fruit défendu !
Mais une autre voix lui disait :
– Mais vas-y, goûte-la, tu en meurs d’envie… Que veux-tu qu’il t’arrive … Regarde Ève, la pomme ne lui a fait aucun mal…
Et Adam était terriblement partagé, entre ces deux voix qui lui disaient : « Ne fais pas ça » et « Laisse-toi tenter ». Finalement, il n’a plus pu résister, et il a croqué dans la pomme. Mais il était si mal à l’aise, il avait tellement mauvaise conscience, qu’il n’a pas pris le temps de la goûter, de la mâcher, il l’a avalée tout rond ! Mais il l’a avalée de travers. Et un petit morceau de la pomme lui est resté coincé dans le gosier. Et ce petit bout de pomme n’est pas non plus passé dans le gosier des fils d’Adam, ni dans celui des fils de ses fils…
C’est depuis ce temps-là que les messieurs portent au milieu du cou un petit rebond, une bosse, ou un fort promontoire qui est le souvenir de leur premier péché.
Quant aux filles d’Ève, elles ont le cou rond et lisse, qui semble narguer les hommes et demander avec une arrogante innocence : « La pomme, quelle pomme ? »
Oui, je sais, il y a des messieurs qui n’ont pas de pomme d’Adam, qu’ils ne s’inquiètent pas : c’est qu’ils n’ont pas, en eux, le moindre sentiment de culpabilité ! Et ça, ils l’ont hérité de leur mère.