suite

638 Mots
– Alina Je ferme les yeux une seconde, juste pour retarder le moment. Comme si, dans cet infime sursis, je pouvais faire disparaître ce qui m’attend. Mais je sais que ça ne sert à rien. Mes mains tremblent. Mon souffle se bloque dans ma poitrine. Et pourtant… je finis par tourner le test vers moi. Deux barres. Nettes. Foncées. Indiscutables. Elles me frappent comme deux coups portés en plein ventre. Mon cœur rate un battement. J’ai l’impression que les murs se rapprochent, que la salle de bain rétrécit d’un mètre à chaque seconde. L’air est lourd, épais, presque collant dans ma gorge. Une chaleur étrangère me grimpe le long de la nuque, m’inonde le visage. Mes yeux piquent. Je cligne. Trop tard. Les larmes roulent déjà. — Non… non… non, je souffle à voix basse, comme un mantra qui devrait tout effacer. Mes doigts se crispent sur le plastique au point que mes phalanges blanchissent. C’est idiot, mais une part de moi pense que si je le serre assez fort, les traits disparaîtront. Que c’est peut-être une erreur. Une illusion. Mais je sais lire. Et je sais que c’est vrai. Je suis enceinte. De lui. Les images affluent sans que je puisse les arrêter. Les mains de Liam qui se posent sur moi comme sur un objet qu’il possède. Sa voix, tranchante, quand il me parle comme à une chose. Les humiliations, les coups de pression. Les nuits où je me suis sentie moins qu’humaine. Et maintenant… il y a ça. Une vie. Son sang dans mes veines, dans mon ventre. Mon corps entier se tend. Une part de moi hurle : Fuis. Sors d’ici. Pars avant qu’il ne sache. Mais l’autre, la plus lucide, murmure : C’est déjà trop tard. Parce que Liam sait tout. Il voit tout. Il anticipe toujours. Et au fond… j’ai la certitude qu’il a déjà vu. Je ferme les yeux et j’imagine sa réaction. Pas de joie pure. Pas de tendresse. Juste cette lueur froide dans ses yeux quand il comprend qu’il tient une arme supplémentaire. Cet enfant… il va s’en servir. Il va le transformer en chaîne. Une chaîne invisible mais si lourde que je n’aurai plus jamais la force de bouger. Ma gorge se serre à m’en faire mal. Je me sens piégée dans un cauchemar où même respirer devient un effort. Les secondes s’étirent, gluantes, pendant que je fixe encore ce foutu bâtonnet. Chaque fois que je cligne des yeux, je revois les deux barres. Elles sont gravées dans mes paupières. Je finis par me lever. Mon reflet dans le miroir me fait peur. Les yeux rouges, le visage pâle, les cheveux en désordre. Je ne veux pas que Liam me voie comme ça. Pas aujourd’hui. Pas avec cette nouvelle brûlante encore entre mes mains. S’il doit lire quelque chose sur mon visage, ce sera autre chose que la panique. Je range le test tout au fond de mon sac, sous la doublure. Là où même moi je ne le verrai pas facilement. Je me passe de l’eau sur le visage, mais l’eau froide n’efface pas la brûlure dans ma poitrine. Je respire profondément. Une fois. Deux fois. Trois. Comme si compter pouvait remettre de l’ordre dans mon chaos. Comme si je pouvais me reprogrammer pour agir normalement. Je ne veux pas lui donner la satisfaction de voir la peur. Pas encore. Je quitte la salle de bain et marche lentement dans le couloir, comme si rien ne s’était passé. Mais à chaque pas, j’entends encore mon propre cœur battre dans mes oreilles. Je sens chaque pulsation jusque dans mon ventre. Je sais que quelque chose a changé. Que ma vie vient de basculer. Et que je n’ai encore rien dit. Ce soir, je ne craquerai pas devant lui. Mais à l’intérieur… je suis déjà en train de hurler.
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