Alina

812 Mots
Point de vue Alina La porte s’est refermée derrière lui. Et le silence… ce silence écrasant s’abat sur moi comme un couvercle. Je ne bouge pas. Je ne respire même plus. L’odeur de cette femme flotte encore dans la chambre, lourde, écœurante. Un parfum sucré, artificiel, qui colle à ma peau sans l’avoir touchée. Mes doigts serrent le drap jusqu’à blanchir. Mon corps tremble, mais pas de froid. De rage. D’humiliation. De cette douleur sourde qui bat dans ma poitrine. Mes yeux me brûlent, ma gorge se serre. Et la première larme tombe. Puis une autre. Puis toutes. Je me redresse, vacillante, mes talons claquant à peine sur le sol. Je me dirige vers la salle de bain. Je tourne le robinet de la douche à fond, sans réfléchir, et l’eau glaciale se met à tomber en un jet brutal. Je retire ma robe, mes bijoux, tout tombe dans un bruit métallique ou un froissement sec. Quand mes pieds touchent le carrelage froid, un frisson v*****t remonte ma colonne. Je passe sous le jet. L’eau est glaciale, chaque goutte est une lame sur ma peau brûlante. Je veux que ça me coupe le souffle. Je veux que ça efface ce qu’il a fait. --- Je me parle à voix basse, mais les mots sortent comme des coups. — p****n… il a recommencé… Ma voix se brise. Mes mains viennent se poser sur le carrelage devant moi. — La première fois… c’était… le lendemain de notre mariage… juste parce que j’avais refusé… de coucher avec lui… Les images reviennent, vives. Lui, debout, la même froideur dans les yeux. La porte qui s’ouvre. Une autre femme qui entre. Moi, figée, incapable de bouger. La douleur de comprendre que ce n’était pas une impulsion… mais une punition. — Il est… horrible, sangloté-je, l’eau se mélangeant à mes larmes. Je lève les yeux vers le plafond, le jet glacé me fouettant le visage. — Pourquoi j’ai si mal ? Mon poing se serre. Je le frappe contre le mur. Le choc résonne dans mes os. Une fois. Deux fois. Encore. La douleur physique se mélange à celle qui est déjà là, dans ma poitrine, dans mon ventre. — Je ne veux plus souffrir !!! --- Je frappe encore. Le carrelage est lisse et dur sous ma peau. Mes jointures commencent à brûler. L’eau coule, se fait torrent, emportant mes larmes, mes cris, mais rien ne part vraiment. Mes pensées se bousculent. Pourquoi je suis encore là ? Pourquoi je n’ai pas fui la première fois ? Pourquoi… malgré tout… une part de moi réagit encore à lui ? Cette idée me dégoûte. Je veux arracher de moi tout ce qu’il a laissé. Sa voix. Son regard. Ses mains. Tout. Je m’adosse au mur, l’eau glacée me frappant la peau jusqu’à m’engourdir. Mes mains se glissent dans mes cheveux trempés, tirent, comme si je pouvais arracher les souvenirs. — Tu ne m’auras pas… je murmure, la voix étranglée. Mais à l’intérieur, une autre voix ricane : Il t’a déjà. --- Je me laisse glisser lentement jusqu’au sol. Mes genoux heurtent le carrelage. Je me replie sur moi-même, la tête entre les bras. Mes sanglots deviennent irréguliers, haletants. Je respire par à-coups. Des éclats de mémoire reviennent : La table du dîner. Sa main sur ma cuisse. Son ordre de regarder. La brune, sur ses genoux. Son parfum. Son sourire, quand il m’a dit que je devais m’habituer. Je me mords la lèvre jusqu’au sang. L’eau glacée m’abrutit, mais pas assez. Pas encore. --- Je relève la tête et fixe mon reflet déformé dans la paroi de verre embuée. Mes yeux sont rouges, gonflés. Ma bouche tremble. Je ne me reconnais plus. Je me parle à moi-même, comme pour me forcer à entendre : — Tu n’es pas faible. Tu n’es pas… à lui. Tu es à toi. Les mots sonnent creux. Mais je les répète. Encore. Encore. Jusqu’à ce qu’ils deviennent presque vrais. Je me relève, chancelante. Mes poings cognent encore le mur, cette fois moins fort, mais plus vite. Une pluie de coups, comme pour noyer tout ce qui reste en moi de cette soirée. Je sens mes mains s’engourdir, mes muscles brûler. Mais j’ai besoin de cette douleur-là. Parce que celle qu’il laisse, elle, ne part pas. --- Je ferme enfin l’eau. Le silence qui suit est assourdissant. Je reste debout, trempée, mes cheveux collés à ma peau glacée. Le miroir est flou, mais je sais qu’il me faudra des heures pour me sécher… à l’intérieur. Je prends une serviette, la serre autour de moi comme un bouclier. Je marche jusqu’au lit sans le regarder, sans sentir l’odeur de cette femme que Liam a laissée là comme une marque. Je me glisse sous les draps froids. Je ferme les yeux. Et je me promets que la prochaine fois… ce ne sera pas moi qui pleure.
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