Scène IIGérard.
Ouf ! Dieu, quel dîner, quel dîner ! Étaient-ils assommants à m’embrasser tous ! Je ne suis pas fâché de me desserrer un peu. Voici donc un endroit où l’on peut respirer à l’aise. Pas mal installés tout de même, les beaux-parents et je crois qu’à tant faire que de se marier, je ne pouvais tomber mieux. Oui, mais bien ennuyeux leurs dîners : il y a des cousins et des tantes qui ont de drôles de têtes ; c’est par trop faubourg Saint-Denis. On ne se figure pas jusqu’où on va dénicher des parents un jour de fiançailles. Ma parole, je crois qu’on a invité des fournisseurs !
Par contre, ma fiancée est tout à fait distinguée. Éducation anglaise… très correcte… m’a dit le beau-père – un Monpavon de la rue du Sentier. Et je n’épouse pas la famille. Ainsi une fois marié, finis les dîners de famille ! Est-ce que par hasard je me marie pour faire la fête et m’amuser, ah mais non ! c’est pour être sérieux. Au fait, je me le demande quelquefois, pourquoi je me marie ? Quand madame de Tanzy m’a quitté, sous prétexte de se remettre avec son mari, – le malheureux ! – tous mes amis m’ont dit : « Il faut te marier. » J’ai dit comme eux : « Oui, il faut me marier. » Mais à vrai dire, je ne saisis pas le rapport. Parce que madame de Tanzy cesse de tromper son mari et que c’est moi qui suis trompé à mon tour, tout comme si j’étais marié, c’est une raison pour que… Oh non, au moins, avec celle-ci je ne risque rien de ce côté, c’est doux, c’est candide, ça ne se doute de rien. Je la crois même un peu naïve et timide. À dîner elle ne disait rien. Il est vrai que je ne lui répondais pas davantage. (Il arrange sa cravate devant la glace, tournant le dos à la porte de côté.) Ma foi tant pis ! Pour les jeunes filles il n’y a pas besoin de faire tant de frais !
Juliette entre sur ces derniers mots.