Chapitre 6

870 Mots
**Chapitre 6 — Une lueur dorée filtrait à travers les rideaux, caressant les traits encore endormis d’Amélie. Les rayons du matin vinrent chatouiller sa peau, la forçant à émerger lentement du sommeil. Un élancement lui traversa les membres, vestige d’une journée harassante et d’une nuit bien trop longue. Peu à peu, les images de la veille se glissèrent dans sa mémoire. Des éclats de sensations, des fragments de chaleur, un vertige qui avait balayé son chagrin le temps d’un instant. Elle inspira profondément, chassant la confusion qui la gagnait. — Bonjour, Amélie. Cette voix grave et posée, elle l’aurait reconnue entre mille. En se tournant vers l’origine du son, elle découvrit Gabriel, impeccablement vêtu d’un costume noir qui soulignait la prestance naturelle de ses gestes. Sa silhouette, dressée dans la lumière, semblait presque irréelle. Le cœur d’Amélie se serra. Elle resserra les draps contre elle, barrière dérisoire face à ce regard d’acier. Gabriel s’approcha, ses pas mesurés résonnant dans le silence feutré de la chambre. — Tes affaires sont prêtes dans la salle de bain. Habille-toi, nous devons partir, déclara-t-il, d’un ton calme mais sans appel. Elle hésita, avalant difficilement sa salive. — Tu pourrais sortir, le temps que je me change ? demanda-t-elle, la voix tremblante mais résolue. Un rictus effleura les lèvres de Gabriel, un mélange de moquerie et d’amusement. — Comme tu veux, souffla-t-il avant de tourner les talons. Mais inutile de dissimuler ce que j’ai déjà exploré. Dès qu’il eut quitté la pièce, Amélie bondit hors du lit. La froideur du sol la ramena brutalement à la réalité. En entrant dans la salle de bain, elle s’immobilisa net devant le miroir. Les traces rouges sur sa peau lui arrachèrent un frisson. Les souvenirs qu’elles évoquaient la troublaient profondément — il n’avait rien fait de brutal, mais son empreinte semblait gravée dans sa chair. — Mon Dieu… qu’est-ce que j’ai fait ? murmura-t-elle, effleurant les marques du bout des doigts. La panique monta, vive et suffocante. S’il s’attendait à ce qu’elle lui cède chaque nuit, que deviendrait-elle ? Elle fit quelques pas nerveux dans la pièce, tirant sur la ceinture de sa robe de chambre. Une idée germa dans son esprit : *l’argent*. Peut-être pourrait-elle le convaincre de la laisser partir en le payant. Oui, vendre quelques bijoux, le dédommager. Tout le monde a un prix, non ? Mais l’espoir s’éteignit aussi vite qu’il était venu. — Non… il n’en a pas besoin, murmura-t-elle. Cet homme nage dans l’opulence. Son regard dériva autour d’elle : marbre poli, robinetterie dorée, linge d’une blancheur éclatante. Tout respirait la richesse et le contrôle. Elle n’avait même pas remarqué hier la splendeur de cet endroit — trop occupée à fuir, à survivre. — Ce n’est pas le moment d’y penser. Il faut que je parte, souffla-t-elle pour se donner du courage. Elle se lava rapidement, enfila les vêtements impeccablement pliés sur le comptoir. Un frisson la parcourut lorsqu’elle réalisa que tout semblait à sa taille. Comment pouvait-il connaître la moindre mesure de son corps ? Rougissante, elle termina de se sécher les cheveux et reprit contenance avant de ressortir. Gabriel était là, allongé sur le lit, bras croisés derrière la tête, l’observant comme s’il l’attendait depuis toujours. — Trente-cinq minutes, constata-t-il d’une voix tranquille. Tu projetais de t’enfuir ? Amélie sursauta. — Non ! Non, bien sûr que non, répondit-elle trop vite. Le léger sourire qui se dessina sur ses lèvres trahit qu’il n’en croyait pas un mot. Il se redressa, se leva lentement et s’approcha d’elle. À chaque pas, elle sentait son assurance la comprimer. — Viens, Amélie, dit-il simplement. N’oublie pas l’accord passé entre nous. Elle croisa les bras, cherchant un semblant de courage. — Je pensais que c’était sans lendemain, murmura-t-elle. Une erreur, une nuit et rien de plus. Gabriel s’immobilisa, dos tourné. Sa voix, lorsqu’elle s’éleva à nouveau, était basse, presque glaciale. — Tu m’as mal comprise. Je ne prends pas ce que je ne veux pas garder. Je t’ai prévenue : tu resteras tant que je le déciderai. Je n’offre rien sans raison, surtout pas ma protection. Amélie sentit sa gorge se nouer. Les mots qu’il prononçait étaient sans détour, tranchants comme des lames. Il ajouta, plus doucement, presque comme une menace voilée : — Si tu veux rester en vie, tu ferais mieux de ne pas me quitter. Celui qui t’a rejetée ne s’arrêtera pas avant d’avoir effacé toute trace de toi. Ses jambes faillirent céder. L’idée que l’Alpha la traque encore lui glaça le sang. Peut-être Gabriel avait-il raison. Peut-être était-il sa seule chance. — Très bien, dit-elle enfin, dans un souffle. Allons-y. Elle traversa la pièce sans le regarder, mais sentit son ombre la suivre à chacun de ses pas. En sortant dans le couloir, une silhouette familière se dessina : un homme grand, aux traits marqués par la discipline. — Karmen, ma Beta, annonça Gabriel d’une voix neutre. Avant qu’elle puisse répondre, sa main vint se poser sur son épaule, ferme et assurée, la guidant vers la sortie. Et alors qu’elle se laissait entraîner, une pensée traversa son esprit, froide et limpide : *Je n’ai peut-être plus d’échappatoire… mais au moins, tant qu’il est là, mon enfant a une chance de survivre.*
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