Chapitre 3

1358 Mots
Chapitre 3 Clochette ne savait pas quoi faire d’autre. Lorsqu’elle avait vu le garçon tomber et l’iguane s’apprêter à le couper en deux, elle avait réagi sans réfléchir. Prenant son marteau à sa ceinture porte-outils, elle avait franchi l’ouverture pour se positionner derrière l’homme-iguane au moment où il était passé devant. Quand il avait levé son épée, elle avait su qu’elle ne pouvait pas laisser le garçon mourir, elle avait donc fait ce que n’importe quelle fille qui se respectait aurait fait dans la même situation : elle avait mis un coup de marteau à l’arrière de la tête de l’homme-iguane. Elle ignorait que son crâne se fendrait comme noix et qu’une substance visqueuse verte dégoulinerait dans son dos. — Dégueu ! Elle abaissa son marteau recouvert de liquide gluant vert et se pencha en avant pour l’essuyer sur les vêtements de la créature. Baissant les yeux vers le garçon au sol, Clochette enjamba avec précaution le cadavre de l’homme-iguane afin de vérifier l’étendue de ses blessures. À en juger par la quantité de sang, cela semblait mal engagé. Elle remit lentement son marteau dans sa ceinture porte-outils et enleva les bandoulières de sa guitare et de son énorme sac à main de ses épaules. Elle les posa près du mur et tendit les mains, les paumes tournées vers le plafond. Elle ne voulait surtout pas effrayer le pauvre garçon et qu’il l’attaque. — Tout va bien. Je ne vais pas te faire de mal, dit doucement Clochette. Je veux juste voir si on peut arrêter le saignement. Elle afficha un sourire rassurant et fit un pas hésitant vers le garçon. Derik regarda la belle créature qui s’avançait vers lui. Il ne comprenait pas ce qu’elle disait, mais il devinait qu’elle essayait de le rassurer. J’ai dû mourir et je suis dans le monde des dieux et des déesses. C’est ce qui s’est passé, pensa-t-il. Il n’aurait pas cru souffrir autant que cela dans le plan de vie suivant, mais c’était la seule explication. Autrement, comment une déesse aurait-elle pu apparaître soudainement pour lui sauver la vie ? Derik la regarda tirer son plus petit sac vers elle. Elle semblait chercher quelque chose dedans. Dès qu’elle trouva ce qu’il lui fallait, elle se tourna vers lui, un sourire triomphant aux lèvres. Il eut le souffle coupé ; son visage était encore plus beau quand elle souriait. Elle disait quelque chose, mais il n’en comprit pas un mot. Il savait seulement qu’elle pouvait faire ce qu’elle voulait de lui. La regarder suffisait à son bonheur. Clochette tira son sac à main géant vers elle. Elle transportait toujours une trousse de premiers secours avec elle. Lorsqu’on était mécanicienne et travaillait sur des machines, on se faisait toujours de petits bobos. Elle sortit le petit sac en plastique contenant des bandages et des crèmes antibiotiques avec un sourire triomphant. — Et les gars disent que je suis paranoïaque ! marmonna-t-elle entre ses dents. Se tournant vers le garçon, qui continuait de la dévisager comme s’il n’avait jamais vu de femme, Clochette sourit doucement et tenta de lui expliquer ce qu’elle faisait. Il est vraiment adorable, pensa-t-elle en regardant ses yeux suivre le moindre de ses mouvements. — Je vais voir si je peux arrêter le saignement. Ça va peut-être faire un peu mal, mais tout ira bien quand on t’aura assez rafistolé pour aller à l’hôpital. Par contre, je ne sais vraiment pas comment je vais expliquer monsieur Iguane à la police. Clochette prit une paire de gants bleus sans latex et sortit ensuite des bandages fins, de la gaze, des bandages plus larges et de la crème antibiotique. Puis elle s’avança à genoux jusqu’à se trouver à côté de la jambe de Derik et dit doucement : — Regardons d’abord ta jambe. Sortant son couteau, elle coupa son pantalon du genou jusqu’en haut de la cuisse. Clochette prit une brève inspiration en découvrant combien la blessure était profonde. Elle devait mesurer au moins dix centimètres de long et un centimètre et demi de profondeur. Elle prit de la gaze, nettoya la plaie du mieux qu’elle put et rapprocha lentement les bords de la blessure, enduisant l’entaille de crème antibiotique puis utilisant presque tous ses bandages fins pour en maintenir les bords ensemble. Après cela, elle sortit des carrés de gaze, les posa délicatement sur la blessure puis prit un rouleau de gaze et la passa autour de la jambe du garçon afin de s’assurer que les bandages ne bougeraient pas. À plusieurs reprises, Clochette leva brièvement les yeux afin de s’assurer qu’elle ne faisait pas trop mal au garçon. Sans cesser de s’affairer sur sa jambe, elle lui sourit doucement. Il était vraiment adorable avec ses cheveux noirs qui lui retombaient sur le front et ses yeux argentés — argentés ? — qui l’observaient avec une pure adoration. Il lui faisait penser à un chiot perdu qui regardait quelqu’un qui avait décidé de le ramener chez lui. — Bon, pour ta jambe, j’ai fait du mieux que je pouvais dans l’immédiat. Je vais regarder ton bras. Tu sais, tu n’aurais vraiment pas dû énerver quelqu’un de plus grand que toi sans personne pour couvrir tes arrières, dit Clochette d’une voix taquine dans le but d’essayer de distraire le garçon. Le fait qu’il la dévisage de la sorte commençait à la mettre mal à l’aise. Désignant son bras d’un doigt, elle lui sourit gentiment de nouveau. — Il faut que je regarde ton bras. Derik baissa les yeux. Comprenant qu’elle montrait son bras, il le lui tendit afin qu’elle puisse s’en occuper. Elle sortit un couteau aiguisé de son étrange ceinture et coupa la manche de sa chemise du coude à l’épaule. Elle lui adressa un nouveau sourire et prépara le même genre de matériel qu’elle avait utilisé pour sa jambe. Il se rendit compte que celle-ci ne lui faisait plus autant mal qu’avant. La belle déesse lui sourit de nouveau tout en commençant à nettoyer et à b****r son bras. Lorsqu’elle eut fini, elle se pencha en avant et repoussa une mèche de cheveux de son front avec douceur. Derik eut le souffle coupé en la sentant poser sa paume contre sa joue. — Fini. Je pense qu’on devrait essayer de te sortir de là au cas où d’autres de ces choses reviendraient chercher leur ami, dit Clochette en désignant du menton le Juangan mort. Elle nettoya rapidement les restes de son matériel de soins, les remit dans le sachet puis dans son sac à main. Après avoir passé la sangle de son sac en bandoulière, Clochette se déplaça du côté intact du garçon. Pliant les genoux, elle se pencha en avant et l’aida à se relever lentement. Il vacilla un peu puis se redressa. Après avoir pris sa guitare dans son autre main, elle passa un bras autour de sa taille et ils entamèrent une lente progression dans le couloir. Derik avait passé un bras autour de l’épaule de Clochette et tenait son épée et le mur de l’autre. Dans toute la confusion de la situation, elle ne s’était même pas rendu compte que la « porte » qui l’avait conduite dans cet étrange couloir avait disparu. Clochette s’arrêta à l’endroit où elle était arrivée un peu plus tôt. Clignant rapidement des yeux, elle regarda autour d’elle dans la mesure du possible, entravée dans ses mouvements par le poids du bras du garçon. Elle étudia le couloir qui devait bien s’étendre sur trois mètres de chaque côté. Il n’y avait aucune ouverture ! Impossible de voir le labo de Cosmos où même un éclat de lumière de la porte par laquelle elle était passée. Sentant poindre la panique, Clochette prit une profonde inspiration. Le garçon qui se tenait à elle dit quelque chose et pointa l’extrémité du couloir. Elle ne comprit pas un mot, mais se dit qu’il savait où elle devait l’emmener. Après l’avoir laissé entre de bonnes mains, elle reviendrait trouver l’ouverture. Acquiesçant de la tête afin de montrer au garçon qu’elle comprenait ce qu’il essayait de lui dire, elle lança un dernier regard autour d’elle avant de se diriger vers ce qui semblait être une porte.
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