Le salon privé était baigné d’une lumière tamisée, idéale pour se détendre après une matinée intense. Pourtant, l’atmosphère entre Alexandre et Lyana n’avait rien de paisible. Alexandre, assis près de la fenêtre, contemplait les jardins de l’hôtel, tandis que Lyana était plongée dans ses notes. Le silence était lourd, mais pas dénué de subtilités.
"Tu étais impressionnante tout à l’heure," finit-il par dire, brisant le murmure des horloges. Ses mots, inhabituels, étaient à mi-chemin entre sincérité et fierté contrôlée.
Lyana releva les yeux, visiblement surprise par le compliment. Elle posa son stylo sur ses notes. "Merci. J’ai fait ce que je devais faire pour rendre les discussions plus productives." Sa réponse était mesurée, presque prudente, comme si elle attendait l’autre chaussure de tomber.
"Tu sais que certains de ces hommes te regardent comme si tu étais leur prochaine conquête, pas juste une partenaire d’affaires," ajouta-t-il, détournant le regard pour masquer l’intensité de ses émotions.
Lyana soupira, croisant les bras avec un geste de dédain calculé. "Et toi, tu sais que ce genre de propos n’a pas sa place ici, pas vrai ?"
Alexandre esquissa un sourire crispé, comme s’il essayait de désamorcer l’échange. "Je dis juste ce que je vois." Mais au fond, il savait que sa remarque reflétait plus ses propres insécurités que la réalité.
Le malentendu prend forme
Lyana, en pleine inspiration pour répliquer, fut interrompue par un serveur qui entrait dans le salon avec un plateau. Ce dernier, visiblement intimidé par la prestance d'Alexandre mais enchanté par le sourire de Lyana, déposa un thé devant elle avec une maladresse charmante, renversant légèrement quelques gouttes sur la table.
"Oh, pardon !" s'exclama-t-il. "J’espère que je n’ai rien abîmé !"
Lyana, toujours calme, lui sourit. "Ne vous inquiétez pas, ça arrive à tout le monde."
Alexandre, les bras croisés, observait la scène avec un mélange de méfiance et d’agacement. "C’est vraiment une pause thé ou une conférence ?" lança-t-il, son ton mordant attirant le regard nerveux du serveur.
Lyana éclata de rire. "Peut-être qu’il pourrait t’apprendre à être un peu plus convivial, Alexandre. Mais cela demanderait des miracles."
Le serveur, ne sachant s'il devait rire ou partir en courant, s’inclina rapidement avant de quitter la pièce. Alexandre roula des yeux, mais un sourire involontaire passa sur son visage. "Très drôle. Tu te crois vraiment meilleure que moi dans le rôle d’ambassadrice ?"
Lyana répondit en haussant les épaules. "Disons que je fais ce que je peux pour équilibrer ton arrogance naturelle."
Une touche d’humour inattendue
Alors qu’ils continuaient leur pause, Alexandre sembla un instant oublier ses tensions. "Tu sais, Lyana, tu pourrais écrire un manuel intitulé : ‘Comment survivre à l’empereur Solis.’ Je suis sûr qu’il serait un best-seller."
Lyana éclata de rire. "Peut-être, mais les critiques diraient : ‘Trop de contenu sur la tyrannie, pas assez de conseils pratiques.’"
Alexandre leva les yeux au ciel, son sourire s’élargissant malgré lui. "Et je suppose que le chapitre 1 serait intitulé : ‘Ne jamais dire oui sans négocier.’ Tu sembles avoir maîtrisé cette partie."
"Je dirais plutôt : ‘Ne jamais montrer qu’on a peur.’ C’est la clé," rétorqua-t-elle avec un clin d'œil.
Le léger humour entre eux détendit l’atmosphère, mais Alexandre, toujours en proie à ses propres émotions, revint rapidement à un ton plus sérieux. "Je suis sérieux, Lyana. Tu es brillante, mais il y a une limite. Ces hommes, ils n’ont pas tous l’intention de respecter cette ligne."
Lyana posa son carnet, le regard fixé sur lui. "C’est toi qui dessine cette ligne, Alexandre. Peut-être que si tu arrêtais de tout voir comme une menace, tu comprendrais que c’est toi qui complique les choses."
Un moment de sincérité
Alexandre se passa une main dans les cheveux, visiblement troublé. "Je ne veux pas compliquer les choses. Mais tu dois comprendre quelque chose : le monde dans lequel nous évoluons est fait de pouvoir, de manipulation, et de jeux d’intérêts. Ce que je fais, c’est te protéger."
Lyana secoua doucement la tête, un sourire triste sur ses lèvres. "Je n’ai pas besoin de protection. Ce que j’ai besoin, c’est d’un partenaire. Et si tu ne peux pas être cela pour moi, alors cette collaboration va devenir insupportable."
Il resta silencieux, ses yeux fixés sur elle comme s’il cherchait une réponse qu’il ne pouvait formuler. Lyana, voyant qu’il n’ajouterait rien, se leva lentement.
"Bon, si je reste ici plus longtemps, je vais rater le déjeuner. Et crois-moi, je ne veux pas affronter des investisseurs affamés." Elle lança cette remarque avec un sourire joueur avant de sortir, laissant Alexandre seul, plongé dans ses pensées.
Alexandre resta seul un moment après le départ de Lyana, son regard toujours fixé sur la porte par laquelle elle venait de sortir. Il se leva finalement, se dirigeant vers la fenêtre, les mains dans les poches. Un léger sourire, à peine perceptible, se dessina sur ses lèvres. Malgré sa frustration et sa jalousie, il ne pouvait nier que Lyana l’impressionnait. Mais plus encore, elle le déstabilisait. Elle ne jouait pas selon ses règles, et cela faisait vaciller l’empire de contrôle qu’il avait bâti autour de lui. Pour la première fois depuis longtemps, il se demanda si, pour avancer, il ne devrait pas apprendre à changer les siennes. Dans ce salon baigné de lumière, Alexandre, cet homme si sûr de lui, se trouva face à une question qu’il n’avait jamais osé formuler : et si Lyana, avec sa force tranquille, était exactement ce dont il avait besoin pour devenir une meilleure version de lui-même ?