Le lendemain de leur nuit empreinte de vérité et de douceur, Alexandre tenait sa promesse. Trois jours, loin de tout. Il l’avait annoncé au petit matin avec une simplicité désarmante : "Prépare-toi. On part demain." Lyana, surprise, n’avait pas argumenté. Elle savait qu’Alexandre n’était pas un homme d’évasion ou de légèreté. Alors, pour lui, décider de mettre tout de côté — ses responsabilités, ses croyances, ses défenses — était une déclaration en soi. Une preuve qu’il voulait essayer. Qu’il voulait vraiment lui montrer une facette différente de lui-même.
Trois jours s’étaient écoulés depuis cette promesse, et ils étaient maintenant arrivés dans ce coin de paradis qu’il avait choisi. Une petite île isolée, à des kilomètres de tout ce qui définissait leur quotidien. L’endroit semblait sorti d’un rêve. Le ciel, vaste et bleu, reflétait une mer cristalline qui semblait s’étendre à l’infini. Les palmiers dansaient légèrement sous la brise, et l’air était chargé du parfum salé et apaisant de l’océan.
Alexandre, vêtu de manière plus décontractée qu’elle ne l’avait jamais vu — un simple pantalon en lin et une chemise ouverte — se tenait immobile sur la plage, les mains dans les poches. Lyana, elle, savourait la sensation du sable fin sous ses pieds nus. Elle le regarda, captant dans son allure quelque chose qu’elle ne voyait que rarement : une vulnérabilité tranquille. Ici, loin des attentes et des regards, il semblait presque apaisé, comme un homme tentant de se redécouvrir.
"Tu es sûr que tu vas survivre ?" plaisanta-t-elle, rompant le silence d’un ton léger. "Trois jours sans empire… Pas de bureaux, pas de partenaires, pas de réunions à dominer ? C’est presque un défi pour toi, non ?"
Alexandre détourna son regard de l’horizon pour le poser sur elle. Une lueur amusée dans ses yeux tempérait la gravité naturelle de ses traits. "Peut-être. Mais je pense pouvoir relever celui-ci. Avec toi, ça devrait être… supportable."
Lyana éclata de rire, un rire clair et sincère qui brisa définitivement la tension. "Supportable ? On va voir si tu tiens parole, Solis."
Un nouveau rythme
La villa où ils logeaient était tout simplement magnifique. Construite en bois et perchée sur l’eau, elle semblait être une extension naturelle de l’océan lui-même. Les grandes baies vitrées donnaient sur une terrasse privée où des escaliers descendaient directement dans l’eau claire. Chaque détail, de la simplicité des meubles aux teintes apaisantes des tissus, invitait à la sérénité.
Pourtant, Alexandre avait encore du mal à abandonner ses habitudes. Le premier jour, il s’était réveillé tôt, comme à son habitude, et avait passé la matinée à lire sur la terrasse, une tasse de café à la main, regardant l’océan avec un regard pensif. Lyana, quant à elle, avait pris les choses différemment. Elle avait décidé d’embrasser pleinement l’idée de ces trois jours : se perdre dans l’instant présent.
"Tu sais," dit-elle en s’installant à ses côtés sur un transat, un verre de jus tropical à la main, "c’est un peu frustrant. Je pensais que tu serais un peu plus… décontracté. Mais non, tu es là à analyser l’horizon comme si c’était une affaire urgente."
Alexandre leva un sourcil, amusé par son commentaire. "Ce n’est pas une affaire urgente. Juste une… observation."
Lyana roula des yeux, avant de poser son verre et de lui prendre doucement le livre des mains. "Observation ou pas, on est ici pour se déconnecter. Alors, Solis, je te propose un défi : laisse ce livre, et viens te baigner avec moi."
"Se baigner ?" Il sembla décontenancé par l’idée. "Maintenant ?"
"Oui, maintenant. Et pas de ‘je n’ai pas le temps’ ou de ‘je vais réfléchir.’ On est ici pour profiter. Alors, bouge-toi."
Lyana lui tendit la main, et après un court moment d’hésitation, Alexandre la prit, un sourire presque imperceptible naissant sur ses lèvres.
Un instant de légèreté
L’eau était tiède et douce contre leur peau, et Lyana, riant, éclaboussait Alexandre avec une joie enfantine. "Viens, Solis ! Arrête de rester figé et amuse-toi un peu !"
Alexandre, qui d’habitude abordait tout avec maîtrise et contrôle, sembla relâcher un peu. Il nagea doucement vers elle, ses mouvements gracieux mais calculés. Pourtant, lorsqu’il atteignit Lyana, son sérieux fit place à une étincelle malicieuse. "Amuse-toi, hein ? Très bien."
Et avant qu’elle ne comprenne ce qu’il faisait, Alexandre l’attrapa par la taille et la souleva légèrement hors de l’eau. Lyana laissa échapper un cri de surprise, suivi d’un éclat de rire. "D’accord, d’accord ! Tu sais être spontané ! Je l’admets."
Leur éclat de rire résonna autour d’eux, mêlé au bruit des vagues. À cet instant, Alexandre ne pensait plus à Clara, à l’empire, ou à ses peurs. Il était simplement là, avec Lyana, dans un moment de pur bonheur.
La réalité revient doucement
Mais le soir venu, alors qu’ils s’installaient sur la terrasse pour admirer le coucher du soleil, les ombres de ses doutes revinrent hanter Alexandre. Il était assis, un verre de vin à la main, fixant l’horizon alors que Lyana s’étendait sur une chaise longue à côté de lui.
"Tu réfléchis encore," dit-elle doucement, rompant le silence. "Tu sais que tu peux parler, Alexandre. Je ne suis pas là pour te juger."
Il tourna la tête vers elle, ses traits assombris par une expression qu’elle reconnaissait bien. "Je pense à tout ce que j’ai laissé derrière. Et une part de moi se demande si je peux vraiment m’éloigner de ça, même pour trois jours."
Lyana s’approcha, posant une main réconfortante sur son bras. "Tu peux. Peut-être pas facilement, mais tu peux. Regarde ce que tu as fait aujourd’hui. Tu t’es amusé, Alexandre. Et tu n’as pas pensé à Clara ou à ton empire pendant ces quelques instants. C’est un début."
"Un début," répéta-t-il, un soupir traversant ses lèvres. "C’est encore difficile de croire que je peux être comme ça. Mais toi… tu rends ça possible."
Lyana sourit, ses doigts effleurant son avant-bras. "Alors fais-moi confiance, Alexandre. Continue d’essayer. Parce qu’ensemble, on peut trouver un équilibre. Ici, maintenant, c’est tout ce qui compte."
Dans la lumière dorée du crépuscule, Alexandre baissa les yeux vers elle, une chaleur inattendue brillant dans son regard. Et à cet instant, il sentit que peut-être, juste peut-être, lâcher prise était moins effrayant que de ne jamais vivre pleinement ce qu’ils partageaient.