L'empereur Solis

1093 Mots
La chambre d’hôtel semblait presque suspendue dans le temps, enveloppée d’un silence gênant. Alexandre était allongé sur le lit, le dos appuyé contre les oreillers, les bras croisés derrière la tête. Son regard était fixé sur le plafond, mais son esprit était un tumulte de pensées contradictoires. Lyana, quant à elle, s’était installée sur le canapé près de la fenêtre, enveloppée dans un plaid. Sa posture était calme, mais son air résolu montrait clairement qu’elle n’était pas prête à céder à ce qui se passait entre eux. Alexandre jeta un coup d’œil vers elle, sa mâchoire se serrant légèrement. "Lyana, je croyais qu’on avait dépassé tout ça. Pourquoi tu fais ça ?" Lyana ne leva même pas les yeux. Elle resta concentrée sur son téléphone qu’elle faisait défiler, comme si ses réponses étaient insignifiantes. "Peut-être toi, Alexandre. Mais moi, je ne suis pas encore prête à oublier ce qui s’est passé aujourd’hui." Il se redressa, prenant appui sur ses coudes, son regard devenant plus appuyé. "Tu sais que je ne supporterai pas de te voir dormir dans un canapé. Ce n’est pas digne de toi. Ce n’est pas… nous." Lyana finit par lever les yeux vers lui, et un sourire ironique étira ses lèvres. "Et moi, Alexandre, je ne supporterai pas d’être sur le même lit que Solis, l’empereur. Le grand maître des réunions où tout le monde tremble, sauf moi." Un duel d’émotions Alexandre grimaça face à sa réponse. Il se leva du lit, traversant la pièce avec une énergie déterminée avant de se planter devant elle. "Tu exagères, Lyana. Je ne suis pas un empereur." Elle haussa un sourcil, visiblement amusée par son ton. "Ah oui ? Pourtant, je t’ai vu aujourd’hui agir comme si tout devait tourner autour de toi. Et ces investisseurs ? Ils savent exactement comment te pousser à bout, et ça marche à merveille." Sa remarque, bien qu’amusante, n’éclipsait pas le défi dans son regard. Alexandre prit une grande inspiration avant de répliquer : "Ils savent que tu es ma femme, Lyana. Que tu es à moi. Et c’est leur manière de me tester. De voir combien de temps je tiendrais avant de perdre mon aplomb." Lyana croisa les bras, ses yeux brillants de malice. "Alors c’est ça ? Ils te testent, et moi je suis censée rester là, docile, sans rien dire ?" Alexandre, visiblement déstabilisé, recula légèrement. "Ce n’est pas de la jalousie, Lyana. C’est… c’est de la protection. Je veux m’assurer que tu sois respectée." Elle éclata de rire, un rire sincère et clair qui résonna dans la pièce. "De la protection ? Alexandre, ce que tu veux, c’est le contrôle. Tu ne protèges pas, tu surveilles. Et c’est ça qui te rend ridicule." Un moment comique et vulnérable Alexandre cligna des yeux, surpris par sa remarque. "Ridicule ? Moi ? Tu ne sais pas de quoi tu parles, Lyana." Elle se pencha légèrement en avant, un sourire joueur sur les lèvres. "Non, ce qui est ridicule, Alexandre, c’est ce duel entre ce que tu ressens et ce que tu prétends ressentir. Tu veux jouer le rôle du Solis intouchable, mais ton cœur te trahit à chaque instant." Il passa une main sur son visage, comme pour effacer les tensions. "Je ne suis pas ridicule. Je suis réaliste. Ces réunions, ces gens, ils voient ce que je suis. Et ils savent qu’une faille, même infime, pourrait tout détruire." Lyana le regarda fixement, ses bras croisés. "Et tu penses qu’en étant toujours sur la défensive, tu peux tout garder sous contrôle ? Alexandre, le vrai ridicule, c’est de croire que tu peux tout contrôler." Alexandre secoua légèrement la tête, sa voix se faisant plus basse, presque murmurée. "Je ne suis pas sûr de pouvoir changer. Mais je peux essayer." Un échange qui s’échauffe Lyana leva les yeux au ciel, son sourire devenant légèrement moqueur. "Essayez. Alexandre Solis, l’empereur, veut essayer de se montrer humain." Alexandre, touché par le sarcasme, plissa les yeux. "Ce n’est pas que je ne veux pas… c’est que je ne sais pas comment faire. Tu as toujours été différente, Lyana. Tu es la seule à ne pas me craindre, à ne pas te courber devant moi. Et ça me déstabilise." Lyana se redressa, le plaid glissant de ses épaules. "Et ça, Alexandre, c’est ce qui me pousse à rester ici. Pas pour te suivre aveuglément, mais parce que malgré toute ton arrogance, tu montres parfois des failles. Et ce sont ces failles qui te rendent humain." Il baissa les yeux, troublé par ses paroles. "Je ne suis pas habitué à ce genre de confrontation, Lyana. Mais ce que je sais, c’est que je ne veux pas que tu sois loin de moi. Pas ce soir." Alexandre, malgré sa frustration et son instinct de contrôle, resta immobile devant le canapé. Ses épaules semblaient lourdes, comme si le poids de ses émotions le clouait sur place. "Tu sais, Lyana," finit-il par murmurer, sa voix oscillant entre vulnérabilité et défi, "je ne suis pas doué pour ce genre de chose. Essayer de réparer ce qui est cassé… Je suis meilleur pour construire, pour diriger. Pas pour comprendre ce que je ressens." Il fit un pas en avant, son regard perçant cherchant celui de Lyana. "Mais ce que je sais, c’est que je déteste ce canapé. Pas parce qu’il est inconfortable, mais parce qu’il te garde loin de moi. Et ça, Lyana, je ne peux pas le supporter." Lyana le regarda enfin, ses yeux brillants de cette combinaison rare de douceur et de défiance. Elle secoua la tête légèrement, un sourire ironique se dessinant sur ses lèvres. "Ce n’est pas le canapé qui est le problème, Alexandre. C’est toi. Tu veux m’avoir près de toi, mais uniquement selon tes règles, dans ton monde où tout doit être maîtrisé, contrôlé. Et ce que tu refuses de voir, c’est que je ne suis pas comme ça. Je ne suis pas un élément de ton empire. Et tant que tu ne comprendras pas ça, tu continueras à me repousser." Un silence pesant s’installa, où seuls leurs respirations se faisaient entendre. Alexandre, pour la première fois, détourna le regard, ses doigts crispés contre ses hanches. Il savait qu’elle avait raison, mais l’admettre revenait à dévoiler la faille qu’il s’efforçait de masquer depuis toujours. Dans ce moment suspendu, Alexandre prit enfin un siège sur le bord du canapé, ses épaules s’affaissant légèrement. "Peut-être que tu n’as pas tort, Lyana. Mais ce soir… je veux juste essayer de ne pas te perdre." Un murmure, presque inaudible, mais chargé d’une sincérité brute.
Lecture gratuite pour les nouveaux utilisateurs
Scanner pour télécharger l’application
Facebookexpand_more
  • author-avatar
    Écrivain
  • chap_listCatalogue
  • likeAJOUTER