Chapitre 13 : L'imprévu

1324 Mots
Gabriel Je déambulais dans les rues humides, mon cœur lourd d’une douleur que je n’arrivais pas à apaiser. La pluie tombait sans relâche, se mêlant à mes pensées tumultueuses, chaque goutte glissant sur mon visage comme une larme que je n’arrivais pas à verser. J’avais cru que notre amour, cette étincelle si rare et intense, pouvait surmonter toutes les tempêtes. Mais aujourd’hui, je savais que j’avais tort. Sofía était partagée, et cette passion pour Luca la consumait. Je n’étais plus qu’un spectateur désespéré, accablé par une vérité que je n’avais jamais envisagée. Je m’arrêtais devant un petit parc, le murmure des gouttes de pluie se mêlant au chant des oiseaux coasseurs. Je m’assis sur un banc, fermant les yeux un instant, mais l’image de Sofía, ses lèvres sur les miennes, le goût salé de nos dernières larmes, me revenait sans cesse. Ce moment où elle m’avait avoué ses sentiments pesait comme un fardeau. Ces mots, ces derniers instants partagés avant qu’elle ne prenne cette décision dévastatrice, ils me hanteraient toujours. Elle m’avait choisi, elle m’avait aimé, et pourtant, elle s’était tournée vers Luca. Cette passion qu’ils avaient, elle ne pouvait pas la nier. Je sentis mes mains trembler en m’appuyant contre le dossier du banc. Mon corps semblait engourdi par la douleur, un poids lourd posé sur mes épaules. Le silence m’entourait, lourd et oppressant. La pluie tombait encore, sans relâche, comme un écho de mon désespoir. Je n’arrivais pas à trouver de réponse à mes questions. Pourquoi ? Pourquoi elle, pourquoi lui ? Qu’est-ce qui n’avait pas fonctionné entre nous ? C’est alors que j’aperçus Claire, ma meilleure amie, qui s’approchait d’un pas rapide. Ses cheveux blonds, habituellement impeccables, étaient désormais en désordre, comme si la tempête avait fait des ravages dans sa propre vie. Claire aurait dû s’inquiéter pour moi, mais je la connaissais trop bien. Elle était celle qui voyait au-delà des apparences, celle qui comprenait sans que je n’aie besoin de tout expliquer. — « Gabriel, » dit-elle, son regard scrutateur se posant sur moi. « Que fais-tu ici tout seul ? » J’hésitai à lui répondre. Je n’avais pas envie de parler, je n’avais pas envie de répéter cette histoire encore une fois, de lui dire à quel point j’étais brisé. Mais l’intensité de son regard, ce mélange de préoccupation et de compréhension, m’incita à me confier. J’étais épuisé, et Claire semblait être la seule qui pourrait comprendre ce que je ressentais. — « Sofía… » commençai-je, la voix à peine audible, comme si les mots me brûlaient en sortant. « Elle a choisi… Luca. » Claire blêmit à cette révélation, mais elle ne montra aucune émotion forte. Elle avait toujours su garder ses sentiments sous contrôle, et pourtant, je pouvais voir dans ses yeux qu’elle savait, au fond, ce que cela signifiait pour moi. Pendant des années, elle avait été ma confidente, la seule personne à qui je pouvais tout dire sans jugement. Mais ce soir, son regard avait changé. Elle n’était plus simplement l’amie attentive, elle devenait quelque chose de plus. J’aurais dû le voir avant, mais je n’avais pas voulu voir. — « Je suis désolée d’entendre ça, » dit-elle, s’asseyant à côté de moi. « C’est vraiment difficile, je le sais… » Elle posa une main sur mon bras, un geste qui me réchauffa un peu, mais qui me fit aussi mal, comme si ce simple contact m’éveillait à une vérité que j’avais longtemps ignorée. J’avais toujours cru qu’elle serait là pour moi, mais je n’avais jamais imaginé qu’elle serait la seule à pouvoir comprendre cette douleur. — « J’ai cru que… » Je m’interrompis, les mots s’étouffant dans ma gorge. « J’ai cru que notre amour suffirait. Mais elle est attirée par lui, cette passion qu’ils ont… Elle est incontrôlable. » Claire se mordillait la lèvre, hésitant. Elle semblait partagée entre son envie de me réconforter et la douleur qu’elle ressentait elle-même. Elle avait toujours été là pour moi, dans l’ombre, mais je savais maintenant que, pendant tout ce temps, elle avait nourri des sentiments plus profonds. Et pourtant, dans cet instant de vulnérabilité, ce n’était pas moi qui pouvais la réconforter. C’était elle qui était là pour moi. — « Parfois, les choses ne se passent pas comme on le souhaite, » reprit-elle avec douceur, sa main se posant sur mon bras. « Mais… tu as encore des options. » Je la regardai, surpris par ses mots. Des options ? Mais comment cela pouvait-il être possible ? Après tout ce que Sofía et moi avions vécu, comment pourrais-je envisager de passer à autre chose si rapidement ? Un silence s’installa entre nous, une tension difficile à ignorer. Claire avait toujours été la personne qui me poussait à faire ce qui était juste, mais aujourd’hui, il y avait quelque chose d’autre dans son regard, quelque chose de plus. — « Que veux-tu dire ? » demandai-je, cherchant une lueur d’espoir dans ses paroles. Peut-être qu’elle savait quelque chose que je ne savais pas, peut-être qu’elle avait une solution à me proposer. Mais dans cet état d’esprit, je n’étais même pas sûr d’être prêt à l’entendre. Elle hésita, ses mains tremblant légèrement. C’était le moment où elle devait tout risquer, tout dire, tout avouer. — « Gabriel… » Sa voix était douce, mais ferme. « J’ai toujours été là, même quand tu étais avec Sofía. J’ai toujours pris soin de toi de loin. Peut-être que… peut-être que je pourrais t’apporter un peu de ce que tu cherches ? » Je sentis une chaleur envahir ma poitrine. Elle avait enfin révélé ce que je soupçonnais depuis longtemps, mais que je n’avais jamais voulu affronter. Claire ne voulait plus être juste une amie. Elle voulait plus, et je le voyais maintenant, dans la lueur de ses yeux, dans la douceur de sa voix. Mais était-ce le bon moment ? Était-ce ce que je voulais ? — « Claire, je… » Mes mots restaient coincés dans ma gorge. J’étais encore trop marqué par Sofía, trop perdu dans cette histoire pour savoir ce que je ressentais. Elle prit une profonde inspiration avant de continuer, son regard se faisant plus intense. — « Je ne veux pas que ce soit un simple pansement, » ajouta-t-elle, frémissant légèrement. « Mais je veux être là pour toi. Je sais que c’est compliqué. » Je secouai la tête, incertain. « Je ne suis pas prêt à aller de l'avant. Je… je viens à peine de perdre Sofía. » — « Je comprends, » dit-elle doucement, « mais parfois, il faut apprendre à se relever. Tu as le droit de prendre ton temps, mais sache que je suis ici. » Elle se rapprocha un peu, sa chaleur envahissant l’espace entre nous. J’étais perdu. Un choix se dessinait devant moi, un choix que je n’avais pas anticipé. Claire était là, prête à m’aider, à me soutenir. Mais comment pouvais-je faire le choix de l’accepter, de franchir cette ligne entre l’amitié et quelque chose de plus, alors que je n’avais pas encore digéré la perte de Sofía ? Je pris une profonde inspiration, fixant le sol un instant. J’étais conscient que je devais faire face à mes émotions, que je ne pouvais pas rester enfermé dans cette douleur éternelle. Mais accepter Claire, accepter de tourner la page, c’était un pas difficile. Et pourtant, j’avais l’impression que, peut-être, c’était ce que j’avais besoin de faire pour avancer. Je la regardai, la décision suspendue dans l’air, et je murmurai enfin, presque pour moi-même : — « Peut-être que je devrais prendre le temps d’y réfléchir… » La pluie continuait de tomber autour de nous, créant une mélodie douce et mélancolique dans la nuit noire. Si je voulais avancer, je devais laisser la douleur derrière moi. Mais il y avait aussi une étincelle de vie qui commençait à se réveiller, un chemin que je n'avais pas encore exploré. Et peut-être qu’au bout de ce chemin, une nouvelle chance m’attendait.
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