Sofia
La nuit était tombée, enveloppant la ville d'une obscurité douce et silencieuse. Je me tenais debout devant la fenêtre, regardant les rues en contrebas, comme si j’espérais y trouver une réponse, une direction. Mais rien. La ville continuait son rythme, indifférente à la tourmente qui faisait rage en moi. La lumière des réverbères dansait sur le pavé humide, projetant des ombres longues et vacillantes. Tout semblait flou, comme si le monde autour de moi perdait sa clarté.
Je n’avais pas bougé de l’appartement depuis le départ de Luca. Les mots qu’il m’avait laissés résonnaient encore dans mes oreilles, comme un écho qui n’avait pas cessé de me hanter. « Sois honnête avec toi-même. » Chaque fois que je les repensais, une nouvelle vague de confusion m’envahissait. Était-ce possible ? Était-il vraiment le bon pour moi ?
Je serrai les poings, les ongles enfoncés dans la paume de mes mains. J’avais l’impression que le sol se dérobait sous mes pieds à chaque instant. La vérité semblait aussi insaisissable que l’air. Je ne savais plus si je poursuivais une chimère ou si je cherchais simplement une échappatoire. Ce que je ressentais pour Luca était indéniable, d’une intensité que je n’avais jamais connue, mais cela justifiait-il tout ?
Je me tournai brusquement en entendant la sonnerie du téléphone. Mon cœur s’emballa. C’était Gabriel. Un frisson parcourut ma peau alors que j’hésitais à décrocher. Je savais que ce moment finirait par arriver, que je devrais le confronter à nouveau. Mais étais-je prête ? Ne craignais-je pas de raviver les blessures que j’avais infligées à notre relation ?
Finalement, je pris une profonde inspiration et appuyai sur le bouton pour répondre.
— « Sofia ? » La voix de Gabriel était calme, mais un peu distante. Il semblait avoir trouvé une certaine maîtrise de lui-même, comme si l'émotion qui l'avait envahi avait été remplacée par une retenue glaciale.
— « Oui ? » répondis-je, ma voix faible, presque cassée.
— « Je… je voulais savoir si on pouvait se voir. J’ai besoin qu’on parle. »
Je fermai les yeux un instant. Le ton de Gabriel était empreint de sérieux, mais aussi de tristesse. Il ne cherchait pas à m’accuser, mais plutôt à comprendre, à démêler le nœud de ce que je lui avais révélé.
— « Gabriel, je… » Je m’interrompis, cherchant mes mots. Comment expliquer tout cela ? Comment lui dire que je me sentais perdue, déchirée entre des sentiments contradictoires ? Comment avouer qu’une partie de moi brûlait pour un autre, tout en sachant que j’avais trahi la confiance de celui que j’avais promis d’aimer ?
— « Je ne sais pas si c’est une bonne idée… » répondis-je, mon ton faiblissant.
— « Tu crois vraiment qu’il est possible de tout ignorer ? De tout effacer ? » Il marqua une pause. « Je te connais, Sofia. Et je sais que tu n’es pas quelqu’un qui fuit. »
Je sentis un coup de poignard dans ma poitrine. Comment pouvait-il être si sûr de lui, de mon comportement, de mes attentes ? Gabriel n’était pas du genre à céder à la colère, à la rancœur. Il était plus subtil que ça, plus complexe. Mais tout cela ne faisait qu’alourdir mon dilemme. Il avait raison. Je ne fuyais jamais, j’affrontais toujours. Mais comment pourrais-je affronter la vérité maintenant ?
— « Et si je ne savais plus quoi faire ? » soufflai-je finalement.
— « Alors on prendra le temps, ensemble, de comprendre ce qu’il nous reste à faire. » Gabriel répondit avec calme, une chaleur dans la voix que je n’avais pas entendue depuis longtemps. « Je crois encore en nous, Sofia. Mais il faut qu’on parle. »
Ses mots m’envahirent, mais ils semblaient à la fois une bouée de sauvetage et une menace. Si je le rejoignais, je risquais de raviver cette douleur que je ne savais plus comment gérer. Si je restais ici, seule, je risquais de tout perdre, mais peut-être aussi de me perdre moi-même.
Je posai le téléphone, me laissant tomber sur le canapé, le regard perdu. Je n’avais pas de réponses. Aucun choix ne semblait être le bon. L’homme que j’avais choisi de ne pas quitter, et celui que je ne parvenais pas à quitter, étaient désormais les deux faces d’une même pièce que je ne pouvais retourner.
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Dans un élan de doute, je me levai finalement, me dirigeant vers la porte. Ce n’était plus une question de logique, mais de confrontation. Je devais savoir. Je devais comprendre ce que je ressentais, et pour qui. Gabriel m’attendait, et je ne pouvais pas continuer à le repousser. Mais une autre partie de moi, une voix douce mais insistante, me disait que la conversation avec lui ne réglerait rien. Il y avait trop d’incertitudes, trop de non-dits entre nous.
Dans le taxi qui me conduisit à notre ancien café, je me sentis soudain envahie par un vertige. Ce lieu, autrefois empli de souvenirs heureux, me semblait désormais étranger. Le simple fait de revoir Gabriel dans cet endroit allait raviver des souvenirs, mais aussi des blessures que je n’étais pas sûre de pouvoir guérir.
Je entrai dans le café. Gabriel était là, assis à une table près de la fenêtre, un regard pensif et distant, comme s’il m’avait attendue depuis une éternité. Lorsqu’il me vit, il se leva immédiatement, et nos regards se croisèrent. Il n’y avait ni colère, ni reproche dans ses yeux, juste… une profonde tristesse.
Je m’assis en face de lui, sans savoir par où commencer. Gabriel me fixa longuement avant de parler, sa voix basse mais ferme.
— « Je veux que tu saches quelque chose, Sofia. Peu importe ce qui s’est passé entre nous, j’ai toujours cru que tu étais l’une des seules personnes en qui je pouvais avoir confiance. Mais là… je vois bien que tout ça a changé. » Il marqua une pause. « Ce n’est pas juste une question de toi et moi. C’est une question de ce que tu veux vraiment, et de ce que tu es prête à sacrifier. »
Je baissai les yeux, sentant une bouffée de chaleur me traverser, mais aussi une angoisse insurmontable. J’avais toujours eu la certitude que l’amour était simple, qu’il suffisait de vouloir être avec l’autre. Mais la vérité se dressait devant moi, implacable : l’amour, parfois, n’était pas suffisant. Pas quand il y avait des fragments d’autres vies à reconstruire, des choix à faire.
Je soupirai profondément, prête à répondre, mais mon cœur n’était plus sûr d’avoir les mots pour exprimer toute la complexité de mes émotions.
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Ce chapitre met en lumière l’intensité de mon dilemme intérieur. Je fais face à Gabriel, qui semble aussi désemparé que moi, et cherche à comprendre ce qui peut encore nous lier. Mais cette confrontation révèle l’étendue de la souffrance que nous partageons, et l'incertitude de l’avenir de notre relation. Toujours hantée par mes sentiments pour Luca, je dois affronter mes peurs et mes désirs. Je suis désormais à un carrefour, incapable de tourner définitivement une page sans perdre l’autre.