Sofia
Le silence qui suivit ma confession sembla durer une éternité. Gabriel, debout devant moi, fixait mon visage avec une intensité nouvelle, une sorte de crainte qui déformait ses traits pourtant toujours empreints de bienveillance. Il n’avait pas anticipé que notre dîner se terminerait ainsi. L’espace entre nous semblait infiniment large, comme un abîme qu’aucun de nous n’osait franchir.
Je ressentais un poids écrasant sur mes épaules. Je n’avais jamais imaginé que la vérité, même partielle, serait aussi difficile à dire, encore moins à entendre. "Je suis perdue", avais-je dit. Mais ce n’était pas seulement de la confusion, non. J’avais franchi une ligne invisible, et mon cœur, autrefois sûr et calme, s’était égaré dans des eaux tumultueuses. La douleur de cette réalisation était palpable, comme une lame qui s’enfonçait dans ma poitrine.
Je cherchais à détourner mon regard, mais Gabriel, d’un mouvement lent, s’assit à côté de moi, posant ses mains sur ses genoux, comme pour m’ancrer à la réalité.
« Pourquoi, Sofia ? » demanda-t-il, sa voix calme mais tremblante d’une émotion qu’il avait du mal à contenir. « Pourquoi m’éloigner de cette façon ? Tu sais que tu peux tout me dire, n’importe quoi. Mais tu n’as pas… tu n’as pas l’air d’être honnête avec moi. »
Je fermai les yeux un instant, essayant de rassembler les mots, de trouver une explication à ce chaos que je portais en moi. Mais rien ne venait. Il fallait que je lui dise, mais comment pourrais-je lui expliquer l’inexplicable ? Comment lui avouer que j’aimais un autre homme ? Comment lui dire qu’en dépit de l’amour que je ressentais pour lui, une partie de moi s’était perdue dans les bras de Luca, cet homme qui ne cessait de m’envahir, de me consumer, même à distance ?
Je respirai profondément et me tournai vers lui. « Gabriel… » Ma voix était brisée, faible. « Je ne suis pas celle que tu crois. »
Ces mots résonnèrent dans la pièce comme un cri. Je me mordis la lèvre, sentant une nouvelle vague de culpabilité déferler sur moi. Gabriel me regarda sans dire un mot, ses yeux remplis de confusion et de douleur.
« C’est quelqu’un d’autre… » Je poursuivis, la voix tremblante. « J’ai… j’ai rencontré quelqu’un, Gabriel. Et… et tout a changé. Je ne sais plus qui je suis. »
Il se figea, et son regard devint désespéré, incompréhensif. Il avait entendu des choses qu’il ne pouvait pas comprendre, des vérités qu’il n’aurait jamais imaginées. Il se leva brusquement, marchant lentement à travers la pièce, comme si l’air lui manquait.
« Pourquoi ne pas m’en avoir parlé plus tôt ? » Sa voix était rauque, presque étranglée. « Si c’était si difficile, pourquoi m’as-tu laissé dans l’ignorance ? »
Je baissai les yeux, honteuse. Il avait raison. Je n’avais pas d’excuse. J’aurais dû lui parler avant, j’aurais dû ne pas attendre ce point de rupture. Mais la peur de le perdre m’avait paralysée. J’avais tenté de m’accrocher à notre amour, à la stabilité qu’il m’offrait, mais plus le temps passait, plus la vérité éclatait, plus mon cœur se dérobait.
« Parce que je ne voulais pas… » Je respirai profondément. « Parce que j’avais peur. Peur de te faire souffrir. Peur de tout détruire. »
Gabriel tourna lentement la tête vers moi. Ses yeux, autrefois pleins de tendresse, étaient désormais marqués par la douleur. Il n’était plus sûr de rien. « Et maintenant ? Que veux-tu, Sofia ? » demanda-t-il, sa voix tranchante comme une lame. « Est-ce que tu veux être avec lui, cet homme ? Ou veux-tu essayer de réparer ce que tu as brisé entre nous ? »
Je sentis mes jambes trembler, mon corps envahi par une confusion insurmontable. Je ne savais pas. Je ne savais plus. Tout ce que je savais, c’était que je ne pouvais pas le laisser partir, et en même temps, je ne pouvais pas me forcer à oublier Luca. Ce désir, cette passion, cette folie douce qu’il éveillait en moi étaient des sensations que je n’avais jamais connues, mais qui, chaque jour, me poussaient à la dérive.
Je baissai la tête. « Je… je ne sais pas ce que je veux. » Ma voix se brisa. « Tout ce que je sais, c’est que je te fais souffrir. Et je… je n’ai jamais voulu ça. »
Gabriel me regarda un instant, un regard exprimant une douleur muette, puis détourna les yeux. « Je crois qu'il est temps pour nous de prendre du recul, Sofia. » Il s’éloigna, marchant jusqu’à la porte. « Si tu veux partir vers lui, fais-le. Mais sache une chose : je ne peux pas continuer dans l’incertitude. Je mérite plus que ça. »
Le son de la porte qui se fermait derrière lui fut un coup de poignard dans mon cœur. Je restai là, seule dans l’appartement, mon souffle saccadé, les larmes coulant sans pouvoir s’arrêter. J’avais perdu Gabriel. Peut-être pour toujours. Et l'autre, Luca, attendait quelque part, dans l’ombre, prêt à m’embrasser dans sa folie.
Je me laissai tomber sur le canapé, mes mains tremblantes enfouies dans mes cheveux, prise dans une tempête intérieure qui semblait n’avoir aucune fin.
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Dans ce chapitre, je fais face aux conséquences de mes actions et de mes sentiments contradictoires. Je dévoile enfin la vérité à Gabriel, mais cette confession vient trop tard, et le fossé entre nous devient inévitable. Gabriel, brisé par cette révélation, ne sait plus quoi croire et prend la décision de s’éloigner, me laissant dans un état de confusion et de douleur profonde. Je suis désormais à un carrefour, forcée de choisir entre Gabriel, que j’ai perdu, et Luca, qui incarne la tentation, mais qui n’est peut-être pas une solution à mes tourments.