CHAPITRE 15

2399 Mots
JOSH Un vibreur résonnait autour de moi.  J’ouvrais un œil, la tête enfouie dans mon oreiller. Les vibrations ne s’arrêtaient pas. Je refermais les yeux, tournant la tête de l’autre côté pour éloigner les bruits de mes oreilles, mais plus j’essayais d’ignorer ces bruits qui résonnaient aussi fort qu’un marteau-piqueur dans ma chambre, pire c’était. Je me redressais sur mon matelas, envoyant valser ma couverture qui me tenait trop chaud.  Je saisissais mon portable sur ma table de nuit, soupirant bruyamment en découvrant le nom de Wayne s’afficher sur l’écran. Je ne savais pas pourquoi, mais je répondais.  - Allô. Dis-je, choqué d’entendre ma voix qui ne semblait pas être la mienne.  - Oh, Josh, tu as sucé trop fort ou quoi ? Je grimaçais avant d’éloigner le portable de mon oreille pour vérifier l’heure. Il était presque dix heures. Je ne savais même plus à quelle heure je m’étais couché, mais j’avais clairement dépassé mes limites. J’avais une méchante gueule de bois.  - Juste un peu trop bu et trop peu dormi. Ça va toi ? Dis-je en remettant le téléphone sur mon oreille.  - Oui, sûrement mieux que toi. Je souriais, ravie qu’il essaye de plaisanter malgré les lourds problèmes qu’il devait gérer en ce moment.  - Je sais que tu dois sûrement faire une sieste supplémentaire, mais, est-ce que tu voudrais passer cet après-midi pendant ma séance de rééducation ? Je retenais ma respiration. Je savais qu’il allait me demander de passer le voir, mais j’espérais au fond qu’il appelle juste pour prendre des nouvelles, ce que j’aurais dû faire normalement, car, contrairement à lui, j’allais très bien physiquement. Psychologiquement, c’était autre chose.  - À quelle heure ?  - Vers trois heures ?  - D’accord, je viendrais.  - Merci mec, je sais que c’est difficile aussi pour toi. À tout à l’heure. Il raccrochait et je jetais mon portable à côté de moi, relâchant tout l’air de mes poumons. Qu’est-ce que j’avais mal à la tête, et pire que tout, j’étais maintenant paniqué à l’idée de revoir Wayne. Je ne l’avais pas vu depuis des jours, et je ne savais même pas s’il allait déjà mieux. Sa rééducation allait être longue, et je savais qu’il avait besoin de moi pour aller mieux, mais c’était plus fort que moi, dès que je le voyais, je me sentais responsable de ce qui lui arrivait. Je m’en voulais de ressentir autant de pitié et de me demander chaque jour pourquoi j’avais eu plus de chance que lui… Je passais une main dans mes cheveux avant de me recoucher. Si je devais affronter une nouvelle fois tout ça, il fallait que je dorme encore trois bonnes heures pour être en forme.  *** Je me réveillais difficilement. Je ne savais pas quelle heure il était, mais je me sentais déjà mieux, même si j’avais encore un peu la tête en vrac. Je me penchais pour prendre mon portable et voyais qu’il était déjà bientôt deux heures. m***e. Je me relevais rapidement, découvrant que j’étais en boxer. Je ne me rappelais presque de rien après être redescendu avec cette fille Rachel. Je prenais des vêtements dans mon dressing avant de courir à la douche. Je devais me dépêcher si je voulais arriver à l’heure. Wayne devait tellement s’ennuyer qu’il devait attendre avec impatiente que j’arrive, et surtout, je ne voulais pas le faire attendre. Quand je descendais, j’étais surpris de découvrir la maison presque rangée. Aucun gobelet ne traînait par terre et je ne voyais aucune tâche d’alcool sur le carrelage. m***e, j’ai fait mon gros feignant.  - Salut Johnson, si tu es arrivé pour ranger, c’est un peu tard. Me disait Sam quand je rentrais dans la cuisine.  - Désolé, j’ai tapé ma meilleure nuit. Dis-je en inspectant le salon également rangé.  - Tu veux dire plutôt ta meilleure journée. Il est déjà bientôt deux heures trente. Me disait Steven en soufflant sur sa tasse de café fumante.  - Ouais. Je me grattais la tête tout en regardant sur la terrasse, où je voyais Josh numéro deux et Justin fumer, Holly debout contre le poteau. Elle avait dormi ici ? Alors Allison était rentrée toute seule dans l’état qu’elle était ? Je ne me rappelais même pas l’avoir vu partir. La dernière fois que je l’avais vue, elle parlait avec ce c*****d de Newell. J’entendais du bruit dans l’escalier. Je me retournais, découvrant Logan en train de descendre torse-nu, ses mains grattant ses yeux. Il venait de se réveiller, lui aussi.  - Tu sors, Johnson ? Me disait-il en entrant dans la pièce. Il tentait de passer son bras sur mes épaules, mais je l’esquivais. Le rire de Sam me faisait sourire. Je n’étais pas tactile, du moins pas avec les mecs.  - Ouais.  - Tu vas où ?  - Je vais voir un pote. Pour mon plus grand soulagement, il ne posait pas d’autres questions. Il me proposait un café et j’acceptais avec plaisir. J’avais besoin d’énergie pour affronter l’après-midi qui m’attendait. Une fois le café en main, je le buvais en moins de cinq minutes et sortais trouver ma voiture devant la maison. J’avais presque trente minutes de route, en comptant les bouchons. Je mettais la musique au maximum et essayais de ne pas m’inquiéter, mais c’était impossible. Je me chiais dessus à l’idée de revoir Wayne.  ***  Le centre de réadaptation fonctionnelle où était Wayne était plutôt grand, séparé en deux bâtiments blancs. Il était de l’autre côté de la route. C’étaient des bâtiments neufs qui ne me donnaient pas le moins du monde envie d’y entrer. J’avais rarement eu aussi peur. Je sentais que j’étais presque prêt à chialer à tout moment. J’entrais par les portes vitrées et une femme d’une trentaine d’années m’accueillait. Je lui demandais où était la chambre de Wayne Manning et elle m’indiquait qu’il était en salle de rééducation au deuxième étage.  - Merci. Je suivais les flèches jusqu’à trouver la salle en question, une salle entièrement vitrée et immense. Je ne mettais pas longtemps à chercher avant de trouver Wayne, qui était assis sur un banc au fond de la salle. Un homme en blouse bleue lui parlait pendant qu’il hochait la tête. Il avait meilleure mine que la dernière fois que je l’avais vu, même si le voir me serrait le cœur. Je tournais la tête vers le panneau qui m’indiquait que c’était la salle de rééducation fonctionnelle numéro deux. Il y avait tout type de matériel et seul un homme d’une soixante d’années se trouvait sur une espèce de vélo. J’entrais doucement dans la salle presque silencieuse et quand Wayne croisait mon regard, son visage s’illuminait, me donnant un peu plus la boule au ventre. Ce n’était pas juste.  - Oh, mec, tu es venu !  - Bah oui, je t’avais dit que je viendrais. Je m’approchais de lui alors qu’il levait son bras pour me taper dans la main. Ça me faisait plaisir de le voir toujours aussi souriant alors que je savais qu’il était au bout du rouleau. C’était le mec le plus fort que je connaissais.  - Bonjour, je vous laisse. Me disait l’homme à la blouse avant d’incliner la tête et de s’éloigner. Je le saluais, ne quittant pas le corset de Wayne des yeux qui lui maintenait le dos droit. Il portait un T-shirt noir en dessous et un survêtement gris des Chargers. Il n’avait pas l’air d’avoir repris les cinq kilos qu’il avait perdus. - Alors, comment tu vas ? Dis-je en faisant mon possible pour ne pas être gêné devant lui.  - Comme d’habitude, je me bats chaque jour pour sortir d’ici. Et toi alors, comment tu vis ta nouvelle vie ? J’avalais difficilement ma salive. Comment lui dire que bien que je pensais chaque jour à ce maudit jour, j’avais exactement la vie dont j’avais toujours rêvé ?  - Ça peut aller.  - Oui, tu dois enchaîner soirée sur soirée dans ta fraternité. Et les cours, comment ça se passe ? Et les entraînements ?  - Les entraînements c’est cool, mon équipe est cool. Les cours, je n’ai pas encore vraiment commencé, mais le Campus est immense, c’est plutôt cool.  - Et c’est tout ?  Je haussais les épaules. Il posait les mains de chaque côté du banc sur lequel il était assis avant de se pencher un peu en avant. Ses cheveux foncés avaient beaucoup poussé.  - Tu m’aides à me lever ? J’ai dit à mon kiné de me laisser pour cette séance. Je compte sur toi pour m’assister.  - Pas de soucis, mais, je dois faire quoi ?  - Aide moi juste à me lever et à marcher jusqu’à ces barres. Il me montrait les barres qui se trouvaient à quinze mètres de nous et je me baissais pour l’aider à se relever. Il mettait tout son poids sur moi alors qu’il mettait bien dix secondes avant de réussir à tenir à peu près debout. Le voir à moitié paralysé dans mes bras me donnait envie de m’excuser pour tout ce qu’il traversait. J’avais toujours cette impression que tout était de ma faute.  - Merci mec, aide moi à marcher jusqu’à là. Il me montrait une fois de plus les barres du doigt et je l’aidais à marcher au ralenti. Ses pieds mettaient un temps fou à avancer et il n’avait aucun équilibre, ce qui me brisait un peu plus à chaque seconde. Voir mon pote dans cet état me donnait envie de chialer.  - C’est bon, tu peux me lâcher. Me disait-il alors que ses mains s’écrasaient sur les deux barres. Tu peux allumer le tapis et le mettre sur deux, s’il te plaît ? Il me montrait l’écran à ses pieds et je me baissais pour l’allumer une fois qu’il était dessus. Ses pieds s’animaient au ralenti alors que ses bras appuyés sur les barres semblaient retenir tout son poids. Je profitais qu’il soit de dos pour soupirer. C’était trop dur d’être ici. - Tu as revu Alec ?  - Non, il faut que je retourne le voir. Et toi, tu as eu des nouvelles ?  - Oui, presque tous les jours. Il est venu avant-hier. Il aimerait que tu viennes le voir.  - Et comment allait-il ?  Il tournait la tête vers moi et je retenais ma respiration.  - Il est bourré tous les jours, que ce soit la journée ou la nuit. Il boit tout le temps et ne sait plus quoi faire de sa vie. Tu sais à quel point tout ça l’a affecté.  - Oui… Je baissais la tête. Alec était au fond du trou depuis l’accident. Il s’était réfugié dans l’alcool et n’avait revu presque personne. Son père ne s’occupait pas de lui et il était seul dans son appartement toute la journée. Si je n’avais pas aussi peur, je l’aiderais. Mais depuis l’accident, j’étais un p****n de lâche.  - Et toi aussi, ça t’a affecté. Je ne savais pas quoi répondre. C’était inutile de lui mentir.  - Je sais que tu fais comme si tout allait bien et que tu ne viens pas me voir ici parce que tu as peur.  - Peur ?  - Oui, parce que maintenant, tu ne me vois plus comme avant.  - Ce n’est pas du tout ça.  - Alors c’est quoi ? Je n’avais même pas remarqué que le tapis s’était arrêté et que Wayne me regardait toujours.  - C’est juste que c’est tombé sur toi.  - Quoi ?  - J’aurais pu être à ta place, et Alec aussi. Mais c’est tombé sur toi.  - Oui, mais ça aurait pu être pire, j’aurais pu finir comme Matt. C’était comme un coup de Teaser qu’on m’envoyait directement en plein cœur. - Mais il a eu encore moins de chance que moi. Mais bon, on ne peut pas choisir. C’est arrivé et il faut l’accepter. Encore une fois, je ne trouvais rien à redire.  - Arrête de t’en vouloir, Josh. Rien n’est de ta faute. Je prenais une grande inspiration avant de soupirer. J’avais envie de fuir d’ici en courant. C’était trop douloureux de parler de tout ça.  - Pourquoi est-ce que tu t’en veux ? Tu es en vie, alors profites de la chance que tu as eue. Je relevais les yeux alors que son tapis se remettait en marche. Il fixait ses pieds qui s’animaient doucement au rythme du tapis.  - Comment tu veux que je profite alors que je pense à ce p****n de jour chaque seconde de ma f****e vie ? Je n’ai pas été affecté physiquement, mais mentalement oui.  - Je le sais, ne t’inquiète pas. C’est dur pour tout le monde. Sinon, tu vas à l’anniversaire d’Aria ? J’avais oublié cette histoire. L’anniversaire était dans deux semaines et je n’avais toujours pas confirmé ma présence. Liam voulait que j’y aille avec lui, mais je ne savais pas comment j’allais pouvoir supporter cette soirée sans Matt ou Wayne. Alec allait sûrement venir pour se bourrer la gueule et cela me donnait encore moins envie d’y aller.  - Je ne sais pas.  - Pourquoi tu n’irais pas ? Moi, j’aimerais bien y aller. Je pense que le centre me laissera sortir pour le week-end. Je ferais mes exercices chez mes parents et je viendrais en fauteuil.  - Vraiment ? Dis-je, choqué.  - Bien sûr. Je ne vais pas manquer ça. Viens avec moi, s’il te plaît ?  - Je vais y réfléchir. Il s’arrêtait une nouvelle fois sur son tapis avant de se tourner vers moi pour me sourire. Comment pouvait-il encore être debout avec tout ce qui lui arrivait ? Je laissais Wayne moins d’une heure plus tard, après sa séance qui m’avait semblé durer une éternité. Je m’en voulais de ne pas avoir réussi à lui parler comme autrefois, avant l’accident, quand je le regardais autrement que comme mon pote qui était devenu handicapé par ma faute. Tout ce que je pouvais faire, c’était être là pour lui, mais même ça, j’en étais presque incapable. Le voir me faisait tellement de mal que j’avais maintenant le moral à zéro. Je n’avais qu’une envie : rentrer chez moi pour faire la sieste. Je devrais me rendre chez Alec pour prendre des nouvelles et l’aider à remonter la pente, mais je n’y arrivais pas. Je ne pouvais pas y aller aujourd’hui. Il fallait à tout prix que je rentre et que je m’enferme dans ma chambre pour ne pas péter un plomb.
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