Kieran
La forêt était encore plus sombre ce soir-là, une obscurité épaisse qui s’imprégnait dans chaque recoin de mon être. Je pouvais entendre mon souffle rauque, le bruit de mes pas précipités, mais au fond de moi, une autre présence s’éveillait. Une présence que je ne pouvais plus ignorer. La bête. Mon loup. Il se réveille toujours quand je me sens perdu, quand la douleur devient trop forte à porter seul. Et ce soir, il était plus que jamais présent.
« Va la voir. » La voix résonna dans ma tête comme un rugissement sourd, un grondement qui venait de très loin, comme une bête captive cherchant sa liberté. Je fis une pause dans ma course, mes jambes tremblant sous l’intensité de ses paroles. C’était Kyle, mon loup, celui qui partageait mon âme, celui qui me possédait chaque nuit sous la pleine lune. Mais ce soir, il n’était plus une simple ombre. Il était une force en moi, une force qui me poussait à agir, à ne pas fuir, à ne pas hésiter.
Je me figeai, mes poings serrés. Je savais que la bête qui m’habitait n’était pas que le reflet de ma malédiction, elle était aussi une partie de ce que j’étais devenu. Elle me guidait, me poussait à chercher ce dont j’avais besoin pour survivre. Et ce dont j’avais besoin ce soir, c’était Amy.
Je fermai les yeux, luttant pour reprendre le contrôle. La rage, la frustration, tout cela s’agitaient dans mon ventre, tourbillonnant comme un cyclone. Je savais que Kyle avait raison, qu’il me poussait à la retrouver, à la convaincre, mais une partie de moi hésitait encore. Est-ce que je devais vraiment lui demander de revenir dans cette vie de chaos et de ténèbres ? Est-ce que c’était juste ? Est-ce que c’était juste pour elle ?
« Elle est la seule. Tu le sais, tu le sens. Sans elle, tu n’es rien. » La voix de Kyle s’intensifia, comme un grondement du plus profond de mes entrailles. Il n’était plus question de douter, de réfléchir. C’était une urgence. Il me forçait à comprendre ce que je ne voulais pas voir : Amy était la clé. Sans elle, je ne pouvais pas me sauver.
Je rouvris les yeux, fixant la lueur d’argent de la lune qui filtrait à travers les arbres. Elle était là, quelque part. Je pouvais la sentir, comme une lumière lointaine, mais présente. C’était elle qui m’apaisait, elle qui me complétait. La bête ne s’apaisait que par elle. Je savais qu’il était trop tard pour retourner en arrière. Il me fallait la voir, la toucher, lui dire ce que je ressentais.
Sans un mot de plus, je me mis à courir. Les arbres semblaient flous autour de moi, comme si la forêt elle-même était en mouvement, me guidant vers elle. Le vent me frappait le visage, mais je ne m’en souciais pas. Mon corps était tout entier tendu vers un seul objectif : Amy.
La voix de Kyle, à la fois rassurante et impérieuse, ne cessait de résonner dans ma tête.
« Elle t’attend. Tu sais qu’elle t’attend. » La force de ses mots m’électrisait, me poussait à aller plus vite. C’était comme si tout ce qui m’entourait, tous mes doutes, se dissipaient sous l’emprise de ses ordres. Il n’y avait pas de place pour la peur. Pas de place pour l’hésitation.
J’atteignis l’auberge en un éclair, mon cœur battant dans ma poitrine. Il n’était plus question de savoir si elle m’accepterait ou non. Il n’était plus question de savoir si je devais la laisser partir ou la retenir. Elle était ma destinée.
Je m’arrêtais devant la porte, ma respiration saccadée. Je n’osais même pas frapper. La bête en moi rugissait, elle avait besoin d’elle, et je savais que je ne pouvais pas la laisser fuir à nouveau. J’étais à bout de forces, mais il y avait encore cette lueur d’espoir, aussi fragile soit-elle. Amy.
Finalement, mes doigts se posèrent sur la poignée. Un instant d’hésitation… puis je poussai la porte.
Elle était là, dans le salon, seule, le regard posé sur le feu mourant. Son dos était tourné vers moi, mais je pouvais sentir qu’elle savait que j’étais là, qu’elle m’avait attendu. Les mots me manquaient. Je voulais lui crier tout ce que j’avais sur le cœur, mais je ne trouvais pas la force de parler. Tout ce que je savais, c’était que j’avais besoin d’elle. Plus que jamais.
Je fermai la porte derrière moi, mes yeux ne quittant pas sa silhouette. Elle se tourna lentement, ses yeux s’ancrant dans les miens. Il y avait toujours cette lueur de tristesse, de doute, mais aussi une douce résignation. Elle ne bougeait pas. Elle me regardait, mais je voyais dans son regard qu’elle était prête à écouter.
"Amy…" Ma voix tremblait, mais je n’étais plus capable de me cacher. "Je… je ne peux pas vivre sans toi."
Elle resta silencieuse un instant, comme si elle cherchait à comprendre mes mots, à sonder mon âme, à voir si ce que je disais était sincère. Je pouvais sentir la bête en moi hurler. Elle aussi l’entendait, elle aussi ressentait cet appel, mais peut-être avait-elle trop peur de ce que cela signifiait.
Puis, lentement, elle s’avança vers moi. Je pouvais voir l’hésitation dans ses gestes, cette crainte qu’elle ne pouvait dissimuler. Mais elle venait, elle était là, proche, plus proche de moi. Je tendis la main, tremblant de la brûlure de cette distance qui séparait nos corps.
"Je te supplie," murmurai-je, la voix brisée. "Ne me laisse pas…"
Elle s’arrêta juste devant moi, si proche que je pouvais presque la toucher, mais elle resta figée. Ses yeux plongèrent dans les miens, cherchant la vérité. Peut-être que, tout comme moi, elle savait que nous ne pouvions pas fuir ce que nous étions. Elle savait que l’appel de la bête n’était pas juste une question de désir, mais de survie. Elle le sentait, tout comme moi. Nous n’étions pas faits pour être séparés.
"Tu sais ce que je suis, Kieran." Sa voix était faible, presque un murmure, mais il y avait quelque chose de plus résolu dans ses mots cette fois. "Tu sais ce que cela signifie, être avec toi."
Je n’avais pas de réponse, pas cette fois. Je savais ce qu’elle voulait dire. Ce qu’elle redoutait. Mais je n’avais pas la force de la repousser. La bête m’avait déjà réclamée. Et moi, je n’étais plus capable de vivre sans elle.
"Je… je sais."
Les mots me quittèrent à peine. Mais je savais qu’il ne s’agissait plus d’un simple choix. C’était un appel, celui d’une bête en moi, celui d’une âme qui se battait pour exister. Et je savais que ce soir, plus que jamais, nous serions ensemble.