Bomber le torse

781 Mots
J'ouvre brusquement les yeux : mes rideaux ont été tirés. Je sens que je vais me taper une de ces gueules de bois. Chaque fois que j'essaie de me rappeler comment j'ai atterri dans ma chambre... c'est le trou noir. 17 h 55, affiche mon réveil. J'ai dormi la moitié de la journée. Je ne suis pas vraiment un adepte de la grasse matinée. Mais il faut bien un début à tout. Attendez un instant... 17h55 ?! — m***e ! m'exclamai-je, en sortant précipitamment du lit. Mauvaise idée. Ma vue se brouille. Je me suis rassi aussitôt. Plus jamais d'alcool. Rappelez-le-moi, sérieusement. Une fois sûr d'avoir les idées en place, je file sous la douche, rapide, puis enfile le costume soigneusement préparé par les domestiques. J'ai déjà raté la cérémonie, et la réception commence à 19h. — Majesté, le véhicule est prêt. Me signale Aziz, mon chauffeur attitré, en me voyant dévaler les escaliers. — Très bien. — Votre père est déjà sur les lieux, ajoute-t-il en m'ouvrant la portière arrière. Il démarre aussitôt après avoir rejoint sa place. Quatre berlines grises forment mon convoi, encadrant ma limousine. J'essaie de me détendre, de vider mon esprit. Sinon, je risque de péter un câble. Quelques minutes plus tard, nous entrons dans l'allée du domaine. Et évidemment, l'arrivée ne passe pas inaperçue. Beaucoup de véhicules sont déjà garés, y compris ceux de différentes chaînes locales et internationales. — J'aurais peut-être dû prendre un calmant pour la migraine, marmonné-je, en mettant mes lunettes de soleil aux verres noirs. Aziz m'ouvre la portière. J'inspire un bon coup. Torse bombé, visage fermé, sourire de façade activée. À peine ai-je posé le pied dehors que les flashs m'assaillent de toutes parts. Heureusement, j'ai mes verres teintés. Plusieurs journalistes tentent de m'approcher, mais mes gardes du corps leur barrent le passage. Je lève une main pour les photos. — Prince Al Chabat ! S'il vous plaît, une minute ! — Votre Majesté, avez-vous une déclaration à faire suite aux récents événements ? — Que pensez-vous de ce mariage ? — Que ressentez-vous face à l'union de votre cousin et de votre ex-fiancée ? — S'il vous plaît, Majesté ! Un mot ! Leurs questions fusent dans tous les sens, se perdant dans le vacarme ambiant. Sérieusement... Ma migraine empire. Mes gardes me font avancer rapidement, sans perdre de temps. Une fois le seuil du hall franchi, les portiers referment aussitôt les grandes portes derrière moi, me coupant enfin du tumulte extérieur. — Altesse ? Dit une voix d'homme près de moi. Je tourne la tête. Un valet m'accueille, torse incliné dans une révérence. L'une de ses mains tendues vers moi, je lui tends mon manteau. Il m'adresse un sourire, me souhaite une bonne soirée. Je le remercie d'un signe de tête. Une musique à faible volume m'enveloppe alors que je pénètre dans la grande salle de réception. En descendant les marches, mes yeux balayent la salle. Beaucoup de visages familiers. La décoration est somptueuse, centrée sur le thème « Or blanc », la couleur préférée de la mariée. — Alors Amir, comment vas-tu ? Me demande le Cheikh Jamel en me tendant la main en bas des escaliers. L'une des rares personnes que j'apprécie. Un ami de mon père. En temps normal, j'évite ce genre de soirée où se retrouvent les hypocrites en habits de luxe. — Bien, et vous ? Lui répondis-je en serrant sa main. — Très bien ! — Sarah, vous êtes resplendissante, dis-je en baisant la main de sa femme. — C'est flatteur, merci Amir, sourit-elle. Et je le pense sincèrement. Sa longue robe bleu nuit épouse parfaitement sa silhouette et fait ressortir son teint mat. Ses cheveux noirs, striés de quelques mèches blanches, sont retenus par une broche discrète qui dégage son visage. Son sourire doux et ses yeux noisette font le reste. Elle a toujours eu une aura maternelle pour moi. Après quelques politesses échangées, je m'excuse pour faire le tour des invités, ignorant certains regards insistants. Ils ne s'attendaient sûrement pas à me voir ici. Je tends la main pour prendre une coupe de cocktail sans alcool sur le plateau d'un valet. J'ai eu ma dose hier soir. — Sage décision ! Fait mon père en tapotant mon épaule. Je grimace, dégoûté. À son sourire, je devine que c'est lui qui m'a ramené dans ma chambre la veille. Soudain, un silence s'abat sur la salle. Tous les regards se tournent vers l'escalier. Je fais de même. Un couple se tient en haut des marches, bras dessus, bras dessous, sourire éclatant aux lèvres. — Son Altesse Rahim Al Chabat et son épouse, la princesse Salma Al Chabat, annonce un majordome.
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