Une fois le déjeuner terminé, je m'apprête à prendre congé. Mais le prince m'arrête, puis se dirige vers la bibliothèque de ses appartements. D'ailleurs, ceux-ci sont deux fois plus vastes que les miens. Dans des tons beiges, ils abritent un grand lit à baldaquin, entouré de voilages blancs et transparents, accessible par un escalier de quatre marches. L'ensemble reste sobre, décoré de quelques tapis brodés accrochés aux murs et posés au sol. Une large baie vitrée offre une vue plongeante sur l'étendue désertique. Une autre porte donne, je le suppose, sur la salle de bain. Mes joues s'empourprent lorsque l'image de son torse nu me revient en mémoire, il faut reconnaître qu'il est plutôt bien bâti. Je dois admettre ne pas avoir longuement réfléchi en demandant à une servante de me laisser porter moi-même le plateau destiné au prince. Je voulais voir comment il allait, cela fait une semaine depuis son départ.
Il revient alors, d'un pas lent et calculé, tel un prédateur s'approchant de sa proie.
Je déglutis et baisse instinctivement les yeux. Il s'arrête derrière mon siège, frôle mon épaule, puis dépose un dossier devant moi. Je cesse de respirer lorsqu'il pose ses mains de part et d'autre des accoudoirs et se penche à mon oreille. Son parfum m'enveloppe aussitôt. Son souffle tiède effleure ma peau, me donnant des frissons. Ma température monte d'un cran — et ce n'est pas à cause de la chaleur ambiante.
— Je souhaite que tu signes ceci.
— Qu'est-ce que c'est ? demandai-je d'une voix faible, presque inaudible.
— Un contrat.
— Un... contrat ? répète-je.
— Exact. Prends-le, lis-le attentivement et signe-le. Tu me le remettras ce soir, au dîner.
Il se redresse, puis tire ma chaise vers l'arrière, mettant ainsi un terme à la discussion. Je me lève, le cœur noué, emportant le document avec moi. Mes pas me mènent inconsciemment jusqu'à la bibliothèque. Je m'installe près de la fenêtre, posant le dossier devant moi. Je l'observe un instant avant de me résoudre à l'ouvrir. Mes yeux s'écarquillent dès les premières lignes, mon esprit se fige. Un contrat... matrimonial ? Poussée par la curiosité, je parcours la première page dans son intégralité. Un sentiment d'impuissance m'envahit à mesure que je lis. Je ne comprends pas. Pourquoi souhaite-t-il m'épouser ? Et puis... même si cela me coûte de l'admettre, j'ai déjà un époux. Que suis-je censée faire ? Si je lui révèle la vérité, il m'accuse de trahison envers la couronne. Je finirai mes jours en prison ou pire. Quant à Raphaël, il n'aura plus aucune chance de s'en sortir vivant. D'un autre côté, si je signe, au risque de passer pour une femme vénale lorsque tout sera révélé, Raphaël sera sain et sauf, loin d'ici.
Le prix à payer reste élevé, mais il aura la vie sauve. Et moi ? Je resterai, comme toujours, prisonnière d'un destin qui ne m'a jamais laissé libre. Esclave des hommes. D'abord Nash, désormais l'héritier. L'un se soucie de son peuple et serait prêt à tout pour le protéger. L'autre ne pense qu'à satisfaire ses propres désirs, sans jamais se soucier des conséquences.
Je referme brusquement le dossier, incapable d'aller plus loin. Mais déterminée à sauver mon ami, je saisis un stylo placé au centre de la table et signe le contrat. Des larmes perlent au coin de mes yeux, tandis que la sensation amère de sombrer dans un gouffre sans fin me submerge. Mon seul espoir désormais, c'est que le prince finira, tôt ou tard, par se lasser de moi. Ce jour-là, je serai enfin libre. Libre de quitter ce pays qui ne m'a apporté que douleurs et souffrances.