/!/ TRIGGER WARNING /!/
Ce chapitre contient des scènes à forte intensité émotionnelle et physique, incluant des relations de pouvoir marquées par la domination et la soumission, des actes sexuels explicites accompagnés de contrainte, ainsi que des violences physiques telles que des fessées et une certaine forme d’humiliation. Sont également abordés des thèmes sensibles comme la perte de contrôle, la manipulation psychologique, la vulnérabilité corporelle et la résistance brisée. Ces descriptions peuvent heurter la sensibilité des lecteurs. Il est conseillé de lire ce contenu avec prudence.
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Amberly
La lumière m’aveugle. Elle naît dans la roche, irradie entre mes doigts, court le long de mon bras. L’épée glisse hors de son socle dans un frisson métallique, sans la moindre résistance. Autour de moi, le silence est sacré. Arthur, dans toute sa royauté, me regarde. Merlin incline lentement la tête. A sa droite, une femme aux cheveux d’argent – la Dame – tend une main vers moi. Ses lèvres bougent dans un murmure presque inaudible, alors que je referme mes doigts sur le lourd pommeau glacé de la majestueuse épée.
—Tu es l’Elue.
L’écho de sa voix se réverbère autour de moi, vibrant dans l’air chargé d’énergie. La lumière devient insoutenable. Je ferme les yeux.
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Je me réveille en sursaut, le cœur battant à tout rompre. Des draps propres me recouvrent. Mon corps est douloureux, engourdi, mais intact. Une lueur orangée vacille au bord de mon champ de vision dans un craquement familier. L’odeur du feu de bois a remplacé celle du vin. J’inspire et expire lentement, consciente de l’endroit où je me trouve : le lit de la salle d’exécution.
Blaire et Délia sont à mon chevet. La première se penche vers moi, le regard doux mais inquiet. La seconde s’active, les bras chargés de linge et d’un baquet d’eau chaude. Ma sœur, Elena, est là aussi, recroquevillée dans un fauteuil près de la cheminée, les jambes repliées contre elle, une couverture jetée sur ses épaules. Ses yeux fixent les flammes sans vraiment les voir.
— Tout va bien, me souffle Blaire. Ils se sont tous absentés un moment.
Je hoche faiblement la tête. Elle m’aide à me relever et à m’installer dans la bassine d’où s’échappe une douce odeur de rose. Avec l’aide de Délia, elle m’aide à me laver, à redevenir quelqu’un, comme elles l’ont fait pour Elena. L’eau chaude me brûle d’abord la peau, puis la soulage. Elles lavent mes cheveux, frottent mes bras, m’épilent, me rincent les jambes. Je les laisse faire dans un calme tendu.
Fin propre, Blaire m’enroule dans une serviette douce avant de me faire revêtir une chemise de nuit blanche, fine, différente de celle que je portais plus tôt. Une robe de chambre couleur ivoire vient couvrir mes épaules. J’enfile une paire de ballerines assorties. Un frisson désagréable me court le long de l’échine. J’ai la désagréable impression d’être un fantôme dans mon propre corps. Le cœur lourd, je vais m’asseoir face à ma sœur. Le silence se fait entre nous. Long. Epais. Presque tangible – comme un linceul. Puis, sa voix s’élève enfin, comme un écho venu d’outre-tombe.
— Ils l’écorchent…
Je fronce les sourcils, confuse.
— Quoi ?
— Ils l’écorchent. Ils l’éviscèrent. (Sa voix me transperce comme une lame fine.) Je me suis réveillée plus tôt que toi, poursuit-elle.
Les sorcières parlaient…Je crois que papa n’était pas tout à fait mort quand ils l’ont emmené. Et depuis, ils le font souffrir sur la place publique improvisée dans les jardins.
Je me lève d’un bon, l’estomac noué. Blaire tente de me faire rasseoir, une main sur mon bras, mais je la repousse sans un mot. Mon corps entier vibre d’un trop-plein d’angoisse. Je titube jusqu’à la fenêtre, la poitrine au bord de l’implosion, le cœur cognant entre mes côtes comme s’il voulait fuir lui aussi. Et là, dehors, deux scènes se superposent sous mes yeux.
Sur la gauche, près du cercle druidique, s’élève une structure de bois monumentale. Au sommet repose le corps du roi Ludovic, vêtu de ses habits royaux, drapé dans la solennité des derniers instants. Il est entouré de fleurs, d’herbes sacrées et d’encens dont les volutes grimpent vers le ciel en un chant muet. Carlyne et Sabrina entonnent un hymne ancien, leur voix tissée de pouvoir. Autour d’elles, Aydan et Ethan veillent, statues de marbre aux regards impassibles. A leurs côtés, la reine Ludivine – brisée – semble s’être effondrée à l’intérieur. Ma mère, au bras de son nouveau beau, les Conseillers Royaux et quelques nobles triés sur le volet forment un cercle restreint, étouffant, autour du bûcher.
A peine quelques mètres plus loin, sur la droite, une autre scène se joue. Une estrade improvisée, encadrée de gardes comme un champ d’exécution. Et là, le chaos. Les gens s’y ruent comme des bêtes. Au centre, le corps de mon père – nu, ni tout à fait vivant, ni vraiment mort. On le frappe. On lui crache dessus. Certains le piétinent avec les bottes couvertes de boue, d’autres l’entaillent à l’épée. Ce sont des familles brisées, des mères aux yeux fous, des membres de la petite noblesse, humiliés par les actes des rebelles. Tous viennent réclamer leur dû.
Je détourne les yeux, le souffle coupé. Mes prunelles retrouvent le bûcher, s’y accrochent. Et là – son regard. Inflexible.
— Eloigne-toi de cette fenêtre, maintenant, mime-t-il du bout des lèvres.
Je recule d’un pas, le cœur au bord des lèvres, et retourne m’asseoir auprès de ma sœur. Elle attrape ma main sans un mot. Ses yeux brillent d’une tendresse désolée. Les minutes s’égrènent dans un silence de plomb. Puis, soudain, le glas retentit.
— C’est fini, souffle Elena, d’une voix presque inaudible.
Ma gorge se serre. Des larmes se mettent à rouler silencieusement sur mes joues. Mon cœur se comprime à m’en couper le souffle. Nous restons là, un long moment, nos doigts entrelacés, nos âmes en lambeaux. Dehors, la nuit s’installe. De gros flocons commencent à tomber sur les jardins du palais.
— La nature essaie de recouvrir les horreurs sous un linceul de pureté, murmure Elena, pensive.
J’émets un rire amer. Si seulement c’était aussi simple. Les pas feutrés de Carlyne et Sabrina résonnent sur les dalles froides. Elles s’approchent, sans un mot, et nous tendent chacune une tasse fumante. Une odeur douce-amère flotte dans l’air. Leurs regards nous somment de boire. Nous obéissons sans discuter. La main de ma sœur tremble légèrement. Nous échangeons une œillade. Sabrina nous observe comme deux expériences sous microscope. D’un claquement de doigt, elle efface mes larmes, comme si elles n’avaient jamais existé.
— Les traîtres royaux ne méritent pas que nous les pleurions, tranche-t-elle.
Je me mords la langue afin de ravaler la réplique cinglante qui me brûle les lèvres. Elena se raidit, les yeux rivés sur les flammes. J’en fais de même, malgré mon envie irrépressible de hurler. Derrière nous, Blaire, Délia et d’autres servantes refont les lits avec minutie. Tout semble orchestré avec une précision clinique. Les gestes sont mécaniques, les regards baissés, le silence pesant.
Une fois nos tasses vides, les domestiques les récupèrent avant de s’éclipser dans une révérence parfaitement synchronisée.
—Au lit, ordonne fermement Carlyne.
Ma sœur obéit sans un mot. Je reste figée. Je l’observe s’installer sur le grand lit, le regard perdu, absente. Puis je me tourne vers Carlyne, que je fixe longuement. La druidesse soutient mon regard, jusqu’à froncer les sourcils, agacée.
Moi, je reste assise, me contentant de l’observer s’installer sur le grand lit, son esprit visiblement à la dérive. Je reporte mon attention sur la druidesse debout devant moi. L’attitude parfaitement impassible, je la fixe, longtemps, jusqu’à ce qu’elle fronce les sourcils, agacée.
—J’ai dit : au...
— Dites-moi, Carlyne… (Ma voix claque, acérée comme un rasoir.) Est-ce que ça vous excite ? Est-ce jouissif d’avoir vu mon père mourir comme un chien ? De nous manipuler, ma sœur et moi, comme des poupées de chiffon ? Juste pour compenser l’échec de vos propres désirs ? Parce que vous n’êtes même pas capable d’évacuer votre frustration autre que par la vengeance, faute de n’avoir jamais été baisée correctement ?
Un éclair passe dans ses yeux. Une lueur sauvage, indomptée. Elle lève une main. Immédiatement, les racines rampent sur le sol, surgissant comme des serpents. Elles s’enroulent autour de mes chevilles, de mes poignets, de ma taille. Je me débats – par réflexe – avant que les lianes ne se resserrent.
— Espèce de c***n royale, crache-t-elle. Je vais te...
— Ça suffit.
Je sursaute. La voix d’Auden fend l’air comme une lame de givre. Il se tient à mes côtés, bras croisés, regard d’acier braqué sur la druidesse. Inflexible.
—Lâchez-la. Maintenant.
Un ange passe. Sabrina pose une main sur le bras de Carlyne encore en furie. Les lianes se dénouent lentement. Je me redresse, mes jambes et mes poignets engourdis. Auden s’avance d’un pas. Son ombre m’enveloppe. Je lève les yeux vers lui. Ses mâchoires sont contractées. Ses yeux brûlent. Pas contre moi – mais contre tout.
—Au lit, femme.
Sa voix claque comme un fouet. Je les défie encore une seconde. Une minuscule seconde. Puis je baisse les yeux. Je me lève et regagne docilement le lit. Aydan ne bouge pas, mais je le sens – son regard pèse sur ma peau. Il me suit comme une caresse brûlante. Je m’allonge sur les draps fraîchement tirés, étrangère à moi-même. Il me rejoint, sans un bruit. La salle se remplit déjà à nouveau. Murmures. Pas feutrés. Portent qui grincent puis se referment. Les voix chuchotent. Les regards pèsent.
Je fixe le plafond orné de fresques anciennes. Mon cœur bat à tout rompre. Aydan se penche. Ses doigts glissent sur ma hanche nue, juste sous l’ouverture de la robe de chambre. Son contact est brûlant.
— Combien de temps cela va-t-il durer ? je demande, si bas que lui seul peut m’entendre.
— Encore deux jours. Le deuil est écourté…par commodité. Et parce qu’on ne peut repousser les festivités. Mon anniversaire. Le bal. Nos fiançailles. Le double mariage. Le royaume attend.
Je hoche lentement la tête. J’ai envie de rire. Ou de hurler. Aydan se redresse au bord du lit, d’un geste fluide et se débarrasse de ses vêtements, pièce après pièce. Son corps, sculpté d’ombres et de lumière, m’apparaît puissant, habité. Le même qu’un peu plus tôt. Et pourtant, je ne peux m’empêcher de le regarder comme si je le voyais pour la première fois. Ses yeux brillent, mais ce n’est pas de tendresse. C’est du désir à l’état brut.
S’asseyant à califourchon sur moi, il ajoute :
— Les festivités seront somptueuses. Elles se dérouleront dans l’un de nos palais principaux : la Résidence aux Mille Facettes. Un banquet masqué, éclairé à la lueur des cierges, se tiendra dans la salle des miroirs, suivi de danses rituelles, d’un serment public…et du rite du sang devant l’autel sacré. Il y aura du vin en abondance, des mets à profusion… (Ses doigts se referment lentement sur le tissu de ma robe de chambre.) Et, très probablement, encore plus de sexe.
D’un mouvement rapide, il m’arrache le vêtement, le déchirant comme un voile inutile. Je proteste à peine. Il me retourne sur le ventre, me plaquant contre les draps.
—Aydan…
Des lianes surgissent aux quatre coins du lit. Elles rampent sur les draps, s’enroulent lentement autour de mes chevilles et de mes poignets, s’ajustent comme des bracelets végétaux. Elles me maintiennent, m’étirent, offerte.
Mon cœur cogne contre ma poitrine. Chaque battement pulse dans mes tempes. Mon ventre se contracte d’un mélange de peur, de honte…et d’envie. Ses doigts glissent sur mes cuisses, s’attardent sur la courbe de mes hanches, remontent lentement le long de mon dos. Ma peau réagit aussitôt. Chaque frôlement m’arrache un frisson, chaque caresse déclenche une onde de chaleur qui se diffuse entre mes jambes. Je serre les dents…Mon esprit résiste encore…mais mon corps, lui, se rend déjà.
Sa bouche suit la courbe de ma colonne vertébrale, semant une traîner de baisers ardents sur son passage. Il ne dit rien, mais son souffle seul suffit à me rendre folle. Il mord doucement l’arrondi de ma fesse, puis lèche la morsure comme s’il s’en amusait. Je ferme les yeux, honteuse de sentir mon bassin se soulever vers lui – comme un appel muet. Ma gorge se serre.
Je pense à mon père. A son exécution. A Elena, d’abord silencieuse dans son fauteuil, puis très probablement en train de subir un sort similaire au mien, quelque part dans la salle. Je pense à moi, nue, ligotée, offerte à l’homme responsable de tous ces bouleversements. Et malgré ça, une partie de moi apprécie d’être ainsi, à sa merci. Ce paradoxe me consume.
Un gémissement rauque m’échappe au contact de ses doigts qui glissent en moi, humides, précis, presque tendres. Ils tracent des cercles tortueux, insistent, trouvent sans mal le point exact. Mon dos se cambre. Un sanglot mêlé de désir franchit mes lèvres. Ma peau brûle. Mon ventre se tend. Derrière moi, mon fiancé se redresse, majestueux, impitoyable.
— Tu aimes ça, mmm ? souffle-t-il, la voix rauque, saccadée. Tu aimes que je t’honore ainsi devant tous. Même si tu m’en veux.
Je gronde :
— Ferme-là.
Il rit, doucement, et retire ses doigts dans un bruit humide qui m’arrache un gémissement de frustration. Il illustre son propos sans détour, cruel, méthodique. Ses mains se referment sur mes hanches et, sans prévenir, il me pénètre d’un coup sec – profond, brutal. Je hurle. De plaisir – ce maudit plaisir honteux, qui brûle au creux de mon ventre, incontrôlable et impur. Ses reins claquent contre mes fesses à un rythme féroce. Il me prend comme un animal en rut, mû par une rage ancienne, un instinct de domination. Un besoin de me posséder, de m’imprimer son empreinte jusque dans la moelle.
Mes seins s’écrasent contre les draps à chaque coup de boutoir. Je tire en vain sur les lianes tendues jusqu’à en blanchir mes poignets et mes chevilles. Aydan grogne au-dessus de moi, haletant. Il me pilonne avec une force qui me rend folle. Je le sens partout. En moi. Contre moi. Autour de moi. Il me comble et me détruit tout à la fois. Mes gémissements se changent en cris. Des cris brisés, fous. Ma jouissance monte comme une vague violente, brûlante, incontrôlable. Mes cuisses tremblent, mon ventre se contracte jusqu’à l’extrême, et quand l’o*****e m’emporte enfin, je me perds entièrement. C’est un cri d’abandon pur. Un éclat de plaisir si intense qu’il me fait presque pleurer.
Lui continue. Il n’a pas fini. Il grogne, m’empoigne par les cheveux, tire brusquement ma tête en arrière pour forcer mon visage à se tourner vers lui. Son regard me transperce – sauvage, noir. Il n’y a que la possession. La revendication.
— Tu es mienne, gronde-t-il entre ses dents. Seulement mienne.
Et il me prend encore, plus fort, plus profondément. Je m’abandonne à sa domination, telle une poupée désarticulée. La tête me tourne. Mon esprit se dilue. Je ne sais plus où je commence et où il finit. Dans un élan brut, il scelle ses lèvres aux miennes, m’étouffant dans un b****r aussi rauque qu’animal, au moment exact où il se déverse en moi. Son membre pulse dans mon bas-ventre, qui pulse à l’unisson – fusion sacrée. Aydan retombe contre mon dos, la respiration saccadée, ses mains crispées sur mes hanches.
Un murmure parcourt la salle. Quelques rires, des sifflements. Des messes basses. Mon corps s’apaise peu à peu, mais mes joues sont baignées de larmes silencieuses. Les lianes se relâchent lentement, comme si la nature elle-même expirait enfin après l’étreinte. Je me tourne sur le côté, les jambes lourdes, les cuisses endolories, le cœur battant. Aydan se colle aussitôt à moi, son torse brûlant contre mon dos.
Son souffle est lent, apaisé. Il glisse un bras autour de ma taille, pose son menton dans le creux de ma nuque. Un frisson me traverse malgré l’épuisement. Je suis vidée, brisée, consumée de l’intérieur et de l’extérieur. Tout mon corps appelle au sommeil, à la trêve. Je tente de me laisser aller contre lui, de fermer les yeux, de disparaître dans sa chaleur.
— Ne t’endors pas tout de suite, souffle-t-il à mon oreille.
Je geins, à peine consciente, incapable de former une phrase entière.
— Aydan…
— Encore un peu de patience, mon ange, murmure-t-il, ses lèvres frôlant ma tempe.
Mes paupières papillonnent. Ma gorge est sèche. Chaque fibre de mon être hurle de fatigue, mais je sens qu’il attend encore quelque chose. Que quelque chose attend. Autour de nous, la salle n’a pas changé. Les regards, les souffles contenus. Sabrina s’approche, le regard impassible.
Aydan se redresse lentement, sa main glissant sur ma hanche, puis sur le discret renflement de mon ventre. Un contact à peine appuyé, mais chargé de sens. Son pouce caresse ma peau, comme pour reconnaître l’existence encore secrète de ce qui grandit en moi.
La druidesse tend une première fiole en forme d’ampoule – remplie du liquide translucide familier – à Aydan. Puis elle me tend la seconde.
— Buvez, dit-elle doucement.
Je me redresse légèrement sur un coude, le regard chargé de défiance, malgré la fatigue.
— Merci, Maîtresse.
Elle arque un sourcil sans ciller. Un claquement sec retentit sur ma fesse nue.
— Moi aussi, je serais tenté de donner de telles fessées, si j’avais une femme avec un joli petit cul aussi bien rebondi ! s’exclame quelqu’un dans la foule.
Sa remarque suscite des rires, y compris celui d’Aydan. Je tente de me relever, outrée, mais il me tire à lui, mon corps prisonnier entre ses jambes parfaitement musclées, une main autour de ma gorge, l’autre tout proche de mon point sensible entre les cuisses.
— Attention, mon ange, me prévient-il.
Sabrina récupère les fioles. Son attention se reporte sur moi.
— Mains au-dessus de la tête, m’ordonne-t-elle calmement.
Je la fixe une seconde. Une part de moi veut l’insulter, lui cracher ma rage au visage. L’autre, plus lucide, sait qu’elle n’attend qu’une excuse pour me soumettre et m’humilier encore plus durement.
— Maintenant.
Je m’exécute, lève les bras sans lâcher son regard. Les lianes s’enroulent une fois de plus autour de mes poignets comme des menottes naturelles, puis autour de mes chevilles. Je suis offerte. De nouveau.
— Vous comptez compenser les erreurs de mon père en nous traitant comme des catins de guerre ? je demande froidement.
Aydan m’assène une nouvelle claque sur les fesses. Sabrina me fixe, sans joie.
— Non, princesse. Contrairement à ce que vous croyez, vous n’êtes pas traitées comme des putains de guerre, votre sœur et vous. Vos parents ne vous l’ont peut-être jamais expliqué, mais ici, dans le Nord, nous respectons les rites. Notamment celui de Reddition. Lorsqu’une lignée est vaincue, ses filles sont livrées aux descendants de la famille victorieuse. Pour les soumettre. Les purifier. (Elle marque une pause, puis ajoute d’une voix forte :) Continuez à bien écarter les cuisses.
Rires et sifflements font écho à son commentaire. Un sourire mauvais aux lèvres, elle s’incline et se retire. Mon être entier commence à trembler de colère. Mes bras tendus me brûlent, mes jambes s’alourdissent. Un grognement rauque résonne derrière moi, éveillant une chaleur sourde dans mon bas-ventre.
Aydan se colle à moi, ses mains retrouvant aisément leur place – l’une sur ma gorge, l’autre sur ma hanche. Il m’attire à lui, glisse un genou entre mes cuisses et, sans un mot, s’enfonce en moi, sans préambule. Je me cambre, sous le choc. Un gémissement m’échappe. Mon corps se contracte autour de lui, par réflexe. Ses doigts enserrent mon cou, juste assez pour m’imposer sa présence. Je suis sur le flanc, retenue, contenue, prisonnière de ce corps qui sait trop bien comment me faire réagir.
Il bouge avec une lenteur calculée. Ses coups de reins sont profonds, possessifs. Mes propres hanches répondent au rythme dans une danse provocante, sensuelle. Je ferme les yeux, me perds dans la brûlure. Dans l’écho du plaisir. Chaque va-et-vient efface un peu plus ma résistance. Chaque soupir qu’il m’arrache m’éloigne un peu plus de la jeune femme rebelle que je suis. Ma jouissance revient, sourde, humide, prête à exploser. Et – une fois encore – j’en pleure presque.
Je suis brisée. Et pourtant, je jouis. Je me tends contre lui une dernière fois. Mon corps se tord dans les lianes, mes jambes tremblent. L’o*****e me secoue, v*****t, honteux, inexorable. Ses mouvements ralentissent, deviennent plus appuyés. Il grogne contre ma peau, m’envahit encore et encore. Soudain – il se raidit, pousse un dernier râle – profond, primal – contre ma nuque. Puis se retire. Lentement.
Tout se dérobe. Mes muscles se relâchent, ma poitrine se soulève dans un soupir tremblant. Je suis vide. Etourdie. Perdue. Les lianes relâchent leur emprise, mais je ne bouge pas. Mon esprit ne suit plus. Tout flotte.
Je m’écroule les paupières lourdes. Le tissu froissé contre ma peau nue, l’odeur d’Aydan partout – sur mes cuisses, mes doigts, ma gorge. Son souffle chaud glisse contre ma nuque. Il me couvre d’un drap et me ramène contre lui, les bras enserrés autour de ma taille dans une étreinte possessive et protectrice à la fois. Je me tourne, dos à l’assemblée et enfouis mon visage contre son torse chaud, tremblante, fatiguée. Chaque battement de son cœur me cogne. Chaque battement du mien vacille.
— Comme c’est mignon, le petit agneau est fatigué, s’exclame un homme.
Les rires éclatent, gras, cruels. Comme des gifles supplémentaires sur ma dignité.
— Ma fiancée à de bonnes raisons de l’être, Lord Dickinson, réplique Aydan d’une voix calme, tranchante. Elle porte l’avenir de notre royaume en elle.
Le silence tombe, net. Je me blottis un peu plus contre lui. Mes paupières se ferment. Pas pour fuir. Mais parce que tout tangue. Mon corps est lourd. L’intérieur de mes cuisses me brûle. Sa voix résonne à travers moi comme une douce malédiction.
— Dors, mon ange. Je veille sur toi.
Je déglutis, à peine consciente de ma propre voix.
— Je n’arrive pas à te suivre, je souffle.
Il soupire :
— Je sais.
Il m’embrasse le front avec une tendresse déconcertante. Un geste qui fait plus mal que n’importe quel coup. Parce qu’il brouille les lignes. Parce qu’il fait trembler ce qu’il reste de mes défenses. Exténuée, je me cramponne à sa chaleur. A ce paradoxe. Je me cache dans ses bras. Je me laisse engloutir. Je laisse sa puissante carrure m’arracher au monde.
Et je sombre.
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